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Электронная книга - «Felicia au soleil couchant». Краткое содержание книги:

Аннотация

Belle et riche héritière d’une famille de banquiers morts dans des circonstances mystérieuses, Hortense de Lauzargues a su résister au désespoir qui l’attendait dans la demeure de son oncle et déjouer les manœuvres de ce châtelain féodal. Le destin a fini par la délivrer d’un mari épousé sous la contrainte alors que son cœur et ses sens appelaient Jean de la Nuit, le sauvage meneur de loups rencontré dans les environs de Lauzargues. Fuyant une province hostile, elle a retrouvé son rang dans le Paris tumultueux et révolutionnaire de 1830, lutté pour protéger son enfant et même, aux côtés de sa vieille amie Felicia, comtesse de Morosini, défié le pouvoir.
Au moment où s’ouvre le troisième volet de ses aventures, le destin d’Hortense semble menacé de toute part. Est-ce la fin d’un rêve ? Le dernier acte avant la conquête du bonheur ?
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Quatre jours et quatre nuits passèrent encore et Hortense sentit qu’elle était à bout. Elle n’en pouvait plus d’attendre et son comportement s’en ressentait : elle devenait nerveuse, irritable. Ses nuits sans sommeil inscrivaient leurs cernes sur son visage et commençaient à inquiéter sérieusement son entourage. François alla jusqu’au village de Lauzargues pour y voir Sigolène, la sœur de Godivelle et la mère adoptive de Jean mais il revint sans avoir rien appris de plus. Ni Jean ni Godivelle ne se montraient au village. Sigolène s’était contentée de remarquer : « Il a bien changé, mon Jean. C’est comme s’il essayait d’endosser la personnalité du défunt marquis et, à présent, plus personne n’ose aller vers ce maudit château. »

C’était peu encourageant. Néanmoins, François, exaspéré, était décidé à voir celui qu’il appelait toujours son ami. Du village il descendit au château mais, comme Hortense l’autre jour, il se heurta à Godivelle et à la même antienne : Jean n’était pas là… Il s’absentait souvent pour quelques jours… On ne savait quand il rentrerait… Avait-il eu la lettre d’Hortense ? Oui, il l’avait eue et même il l’avait lue puis il l’avait fourrée dans sa poche sans rien dire. Et quand François avait demandé si, de l’avis de Godivelle, on pouvait l’espérer à Combert, la vieille femme avait haussé les épaules avec une sorte de dédain tout nouveau pour elle :

— Il vaudrait mieux que Mme Hortense oublie ceux d’ici. Elle n’a plus rien à faire de nous et on n’a plus rien à faire d’elle.

— C’est nouveau cela. Pourquoi ?

— Quel homme peut s’accommoder d’une femme qui s’en va courir les grands chemins pour un oui ou pour un non ? Une femme qui ment comme elle respire ?

— Je commence à croire, riposta alors François furieux, que vous êtes tous fous, ici. Ce maudit château vous tourneboule les idées et vous vous croyez le droit de juger tout le monde. Vous jouez à quoi ? Au seigneur féodal enfermé dans sa tour et que les manants n’ont pas le droit d’approcher ? Vous oubliez un peu vite que le maître d’ici, même si ça ne vous convient pas, c’est M. Étienne et que s’il prenait fantaisie à Mme Hortense de vous faire déguerpir au nom de son fils, elle en aurait tous les droits. Quant à Jean, si d’aventure vous le voyez un de ces jours, Godivelle, dites-lui que je le croyais homme de meilleur sens et de plus grand cœur… De plus de courage aussi ! A-t-il donc si peur de la regarder en face, cette femme qu’il trouve commode d’accuser de péchés imaginaires ? En tout cas, moi je ne lui ai rien fait et il pourrait au moins venir me voir. J’aurais deux mots à lui dire…

— On lui fera savoir !

François était parti en claquant la porte, emportant avec lui l’image de Godivelle, debout devant le petit feu de sa cheminée, les mains croisées sur son giron et le visage hermétiquement fermé, la bouche serrée comme si elle craignait de laisser échapper des paroles imprudentes ou dangereuses.

— Cela ne peut pas durer, ajouta François quand il eut achevé son récit. J’ai, à présent, l’impression qu’un drame se passe là-bas.

— Quel drame ? fit Hortense avec lassitude. La passion de Jean pour ce vieux château qui matérialisait toutes ses espérances a rejoint celle de Godivelle pour le défunt marquis. Rien de plus ! A eux deux, avec l’aide des loups que Jean mène comme il veut, ils sont en train de refaire une légende à Lauzargues : celle du dernier seigneur semblable aux premiers qui furent de vraies bêtes sauvages et gardé par des bêtes sauvages. Il n’y a pas de place pour moi dans ce conte que l’on se redira à la veillée et Jean a choisi le premier prétexte pour m’écarter. Peut-être qu’après tout il ne m’aimait pas autant qu’il le croyait… et que je le croyais…

Sa voix se brisa sur les derniers mots comme un cristal sur la pierre d’un dallage. Le regard de François s’emplit de compassion :

— Vous ne me ferez jamais croire ça. Jean vous aimait… et vous aime sans doute encore chèrement. Peut-être trop. Peut-être mal. Si vous avez raison – et c’est tout à fait possible –, s’il a choisi de vivre d’une vie rude d’animal en tanière auprès de ses ruines bien-aimées, il doit refuser de vous entraîner dans sa misère, vous qui avez connu la grande richesse et qui, ici même, possédez une douce maison.

— Je ne lui reconnais pas le droit de choisir pour moi, lança la jeune femme avec violence. Pour être auprès de lui, j’accepterais bien des souffrances…

— Mais lui n’accepte pas de vous voir les endurer. Parce qu’il vous aime. Un seigneur de cette sorte n’a que faire d’une châtelaine !

— Que dois-je faire alors ?

— Sincèrement, je n’en sais rien. Mais je crois que le mieux est d’attendre, de laisser faire le temps. Jean ne résistera peut-être pas éternellement au désir de vous revoir dès l’instant où il sait que vous êtes là et que vous l’attendez…

— Dieu vous entende !

Mais plusieurs jours passèrent encore sans qu’aucune nouvelle de Jean parvînt à Combert. Hortense faisait tous ses efforts pour essayer de vivre normalement, comptant sur la routine de la vie quotidienne pour retrouver un semblant d’équilibre mais le chagrin grandissait dans son cœur. Et aussi la révolte ! Si elle était accusée, elle devrait avoir le droit de se défendre et Jean l’enfermait dans une coquille de silence où elle commençait à étouffer. Et puis, dans les premiers jours d’octobre, il arriva quelque chose.

Ou plutôt quelqu’un. C’était vers la fin de l’après-midi. En compagnie de Jeannette, Hortense était en train de préparer sa plus belle chambre d’amis pour le chanoine de Combert qui s’était annoncé pour le lendemain. Elles avaient sorti de l’armoire une belle parure de lit de fine toile brodée fleurant bon les sachets de roses séchées que l’on glissait entre les piles de draps. A la cuisine, Clémence, connaissant la gourmandise du cher homme, s’activait à rassembler les éléments d’un superbe coq au vin de Chanturgue et à préparer la pâte pour une tourte au saumon dont François, le matin même, lui avait rapporté l’élément principal. Cette activité donnait à la maison une teinte de gaieté qui faisait du bien à Hortense.

En outre, elle aimait beaucoup le chanoine et était heureuse de le recevoir.

Elle en était à examiner la chambre pour voir si rien ne manquait lorsque Clémence, tout agitée, vint lui dire que Pierrounet demandait à lui parler.

— Ça doit être important, ajouta Clémence. Le gamin est venu à pied et il a la figure de quelqu’un qui se sent pas dans son état normal. Je lui ai donné une belle tranche de pâté et un pichet de vin pour le remettre…

Mais sans en écouter davantage, Hortense, rassemblant ses jupes, était déjà dans l’escalier et se précipitait vers la cuisine où, en effet, elle trouva le jeune garçon attablé et y dévorant avec l’appétit de qui vient de fournir une longue course. François, qui remontait du jardin avec un panier de légumes, était auprès de lui et le regardait manger avec ce respect que portent à la nourriture ceux qui travaillent la terre mère. Mais, en voyant surgir Hortense, Pierrounet se leva, un morceau de pâté piqué sur son couteau. François sourit :

— Si j’ai bien compris, il vient vous chercher, madame Hortense…

Le cœur de celle-ci battit plus vite :

— Restez assis, Pierrounet, et dites-moi qui vous envoie !

Le garçon, dont l’honnête visage traduisait un véritable bouleversement intérieur, devint tout rouge :

— Personne ne m’envoie, madame la comtesse. C’est moi tout seul…

— Vous seul ? Mais pourquoi ?

— Parce que, depuis des jours et des jours il s’en passe de drôles au château et que je ne peux pas comprendre que vous ne soyez pas au courant. Vous avez le droit de savoir. Alors moi, je suis venu vous chercher…

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