La Bible amusante
- Автор: Таксиль Лео
- Год: 1904
- Язык: французский
- Жанр: Прочее юмористическое
Электронная книга - «La Bible amusante». Краткое содержание книги:
Sur ce terrain-là, c’est Samuel, d’ailleurs, qui détient le record. En effet, Moïse s’est borné à narrer ses obsèques et le deuil du peuple et à indiquer le lieu de sa sépulture, tandis que le récit posthume de Samuel comprend la fin du règne de Saül et tout le règne de David, son successeur; trente-huit chapitres d’événements dont l’écrivain fut spectateur, quoique défunt. Ça, c’est un miracle!… Comment Samuel, voyant tout cela avec les yeux de son âme qui était dans l’autre monde, put-il en écrire sur terre la narration avec la main de son corps, mort et enterré? Ça, c’est un mystère!
Ne cherchons donc pas à approfondir, et contentons-nous d’être très heureux que le prophète défunt ait bien voulu continuer à être l’historien des deux rois qu’il avait oints.
C’est ainsi que feu Samuel nous apprend, sans s’en indigner, que
«David passa, avec les six cents hommes qui étaient avec lui, chez le roi de Gath, Philistin, fils de Mahoc.» (27:2)
Akis lui assigna pour résidence la ville de Ciceleg, et l’oint chéri de Jéhovah demeura un au et quatre mois parmi les ennemis de sa nation (v. 6-7).
«Or, pendant ce temps-là, David partait souvent en expédition chez les gens de Gessur, de Guerzi et d’Amalec (qui étaient des alliés d’Akis, soit dit en passant), et il semait la désolation dans ces pays; il ne laissait ni homme ni femme en vie, et il s’emparait des brebis, des bœufs, des ânes, des chameaux et des vêtements. Il s’en retournait alors chez les Philistins et venait vers Akis. Et lorsque le roi Akis lui disait: Où as-tu fait tes courses aujourd’hui? David lui répondait: J’ai pillé, dans la région du Midi, les gens de Juda (Israélites); ou bien, les Jérahméliens et les Kéniens (ennemis des Philistins). Et David, au lieu de faire des prisonniers qu’il aurait amenés à Gath, tuait tous ceux qu’il pillait, afin que personne ne pût élever la voix contre lui. Akis se fiait donc à David et disait: Il fait bien du mal à Israël et se rend ainsi très odieux aux Juifs; c’est pourquoi il me sera toujours fidèle.» (27:8-12)
Eh bien, comment trouvez-vous l’oint chéri?… Les critiques rappellent que d’abord David contrefit le fou et l’imbécile devant le roi Akis, chez lequel il devait se réfugier pendant seize mois, et ils font remarquer que ce n’est point là une excellente manière d’inspirer confiance à un monarque qu’on se propose de servir à la guerre, comme on le verra plus loin mais, ajoutent-ils, la manière dont David sert ce roi, son bienfaiteur, est encore plus extraordinaire: il lui fait accroire qu’il exerce son brigandage contre les Israélites, alors qu’il pille et massacre les alliés d’Akis; il tue tout, il extermine tout, jusqu’aux enfants, de peur qu’ils ne parlent. Mais comment ce roi put-il rester seize mois dans l’ignorance de la réalité des faits? Il fallait que ce roi Akis fût plus imbécile que David n’avait feint de l’être devant lui… Quant aux théologiens, la conduite de l’oint chéri ne les embarrasse pas; ils disent que, dans cette guerre civile, David ne ravageait plus ses compatriotes, et qu’il importe peu qu’il ait trahi et égorgé ses alliés, puisque c’était des infidèles; plusieurs vont même jusqu’à le regarder comme l’exécuteur des vengeances divines, et ils l’absolvent de tout péché en cette circonstance.
Au chapitre suivant, les Philistins s’arment en guerre pour combattre les Israélites, et David, d’écuyer et de gendre de Saül son roi, devient capitaine des gardes du roi philistin (28:1-2).
Nous voici arrivé à l’épisode, si connu, de la pythonisse d’Endor. Pour nous conformer à l’usage, nous appellerons ainsi la sorcière que consulta Saül, quoique, à vrai dire, le texte hébreu de la Bible ne contienne pas un mot qui ressemble à Python ou à pythonisse. Littéralement, il faut lire: «une femme ayant un Ob»; c’est la Vulgate, c’est-à-dire la traduction de saint Jérôme, qui a transformé «Ob» en «esprit de Python»; ce qui est un anachronisme.
«Or, les Philistins s’étant assemblés en armes à Sunam, Saül réunit à son tour l’armée israëlite qui campa à Gelboé; et il fut saisi de crainte. Puis, comme il consulta l’Éternel, il n’en obtint aucune réponse, ni par les songes, ni par les prêtres, ni par les prophètes. Alors, Saül dit à ses serviteurs: Cherchez-moi une femme qui ait un esprit de Python (dans le texte hébreu: une femme qui possède un Ob), afin que j’aille vers elle et que je sache par son ministère ce qui doit m’arriver. Ses serviteurs lui répondirent: Il y a à Endor une pythonisse (dans le texte hébreu: une femme qui possède un Ob). Saül se déguisa et se rendit à Endor, en se faisant accompagner par deux de ses serviteurs.» (v. 4-8)
Nous avons déjà constaté les emprunts religieux faits par les Juifs aux Egyptiens et aux Syriens. Ob était une divinité, syrienne, dont les statues rendaient des oracles d’une voix sourde et creuse qui semblait sortir de terre; en d’autres termes, les prêtres et prêtresses d’Ob étaient de vulgaires farceurs qui se livraient à l’exercice de la ventriloquie, de sorte que leur idole avait censément une voix prophétique que les badauds entendaient plus ou moins bien. Les pythonisses ne pratiquaient pas de même: c’était elles-mêmes qui parlaient, dans un accès de folie sacrée. La plus célèbre de toutes était établie à Delphes, au temple d’Apollon, où se trouvait la peau du serpent monstrueux, nommé Python, que le jeune dieu, âgé de quatre jours seulement, tua, dit-on, à coups de flèches; il y avait là un trou très profond, d’où s’exhalaient on ne sait quelles vapeurs, naturelles ou produites par quelque subterfuge des prêtres, et ces vapeurs avaient la réputation d’inspirer la prêtresse assise sur un trépied en fer placé au-dessus du trou; cette femme, choisie avec soin dans une famille pauvre, était attachée spécialement au service du temple de Delphes; une fois sur le trépied, elle avait une crise que l’on ne saurait mieux comparer qu’à une attaque d’hystérie et pendant laquelle elle prononçait, souvent avec l’écume aux lèvres, des paroles incohérentes, que les prêtres transcrivaient aussitôt; ils les rassemblaient tant bien que mal, leur donnaient un sens, et c’étaient là les fameux oracles d’Apollon, qui avaient auprès des foules autant de valeur qu’une bulle du pape au moyen-âge. A raison de ce que le trépied était recouvert de la peau du serpent Python, la prêtresse inspirée de Delphes se nommait la «pythie». Le temple de Delphes ne tarda pas, on le pense bien, à avoir des concurrences nombreuses dans tous les pays où la religion était le paganisme grec; les imitatrices de la pythie furent appelées «pylhonisses».
On ne comprend donc guère pourquoi saint Jérôme a qualifié de pythonisse la sorcière d’Endor, prêtresse du dieu syrien Ob; car, dans la consultation qu’elle donne à Saül, elle n’opéra aucunement à la mode delphique; elle n’entre pas en crise, elle n’a pas le moindre trépied; une pythonisse sans trépied, c’est comme une cartomancienne sans jeu de cartes. En outre, le terme employé par la Vulgate, «une femme ayant l’esprit de Python», n’a aucun sens, puisque le soi-disant esprit qui inspirait les pythonisses était celui d’Apollon, et non celui du serpent qu’il avait tué.
Ces observations faites, voyons le récit biblique, selon la traduction de saint Jérôme.
«Saül arriva de nuit chez cette femme et lui dit: Je t’en prie, sois devineresse pour moi par ton esprit de Python, et fais monter devant moi le mort que je te désignerai. Mais la femme lui répondit: Ignores-tu donc que Saül a exterminé ceux qui ont l’esprit de Python et qu’il condamne à mort les devins? pourquoi me tends-tu un piège pour me faire mourir? Alors, Saül lui lit ce serment: Aussi vrai que Dieu est vivant, il ne t’arrivera aucun mal à cause de ceci. Et la pythonisse lui dit: Eh bien, qui veux-tu que j’évoque? Il répondit: Fais-moi monter Samuel. Or, lorsque cette femme eût vu paraître Samuel, elle s’écria, en interpellant Saüclass="underline" Pourquoi m’as-tu trompée? car tu es Saül. Le roi lui répondit: Je te le répète, ne crains rien; mais dis-moi ce que tu as vu? Alors, la femme lui dit: J’ai vu comme un dieu qui sortait de la terre. Il l’interrogea encore: Comment est-il fait? Elle répondit: C’est un vieillard qui monte, et il est couvert d’un grand manteau. A ce signe, Saül comprit que c’était bien Samuel que la pythonisse voyait; et il se prosterna, en tenant sa face contre terre.» (v. 8-14)