La Bible amusante
- Автор: Таксиль Лео
- Год: 1904
- Язык: французский
- Жанр: Прочее юмористическое
Электронная книга - «La Bible amusante». Краткое содержание книги:
C’est ainsi que David récupéra son épouse n° 1, à laquelle il tenait beaucoup, comme on voit; mais il n’en garda pas moins les six autres. Quant à Abner, sa trahison envers Isboseth ne lui porta pas bonheur. Lorsqu’il se rendit à Hébron pour traiter avec le fils d’Isaï, il s’était fait accompagner par vingt de ses officiers; David donna un festin en son honneur, puis le congédia en ami, afin qu’il allât convaincre les Israélites que lui seul était le roi légitime. Mais Joab, ayant su cela, manda des gens à lui, qui rattrapèrent Abner en route et le ramenèrent à Hébron, sous prétexte que David avait encore quelque chose à lui dire. «Alors, Joab prit Abner à part, pour lui parler en secret, et il le tua en le perçant par les parties génitales.» La mort d’Hasaël était vengée. David, à la nouvelle de ce meurtre, proclama qu’il n’y était pour rien. Que le sang d’Abner, s’écria-t-il, retombe sur la tête de Joab! Il fit même de splendides funérailles au général en chef de l’armée de son rival. (v. 20-39)
La situation n’était pas gaie pour Isboseth; un grand nombre de ses partisans l’abandonnaient. Deux de ses capitaines, nommés Récab et Bahama, entrèrent dans sa chambre, un jour qu’il faisait très chaud et qu’il dormait après son repas de midi, et ils l’étouffèrent sur son lit. Fiers de ce bel exploit et comptant sur une récompense, ils apportèrent sa tête à David. David les récompensa, en leur faisant couper les mains et les pieds, d’abord; puis, Récab et Bahama furent pendus à une potence qu’on dressa au-dessus de l’étang d’Hébron. Enfin, David fit déposer la tête d’Isboseth dans le tombeau d’Abner. (ch. 4).
Après avoir régné sept ans et demi à Hébron, David régna trente-trois ans à Jérusalem, qui appartenait aux Jébusiens, et dont il s’empara grâce à l’union définitive de tous les Israélites sous son sceptre. «David habita dans la forteresse, à laquelle il donna le nom de cité de David, et il bâtit des édifices tout autour. Hiram, roi de Tyr, lui envoya des ambassadeurs, ainsi que des charpentiers et des maçons, avec du bois de cèdre, pour lui faire construire un palais.» Rappelons que les annales de Tyr ne font aucune mention de cette ambassade et ne citent même pas le nom de David.
Quoi qu’il en soit, le véritable établissement du peuple juif commence à la prise de Jérusalem; jusque-là, les Israélites n’avaient été qu’une horde vagabonde, vivant de rapine, courant de montagne en montagne et de caverne en caverne, sans avoir pu s’emparer d’une seule place considérable. Jérusalem est située auprès du désert, sur le passage de tous les Arabes qui allaient trafiquer en Phénicie; la position était bonne. Le terrain, à la vérité, n’est que de cailloux et, ne produit rien; mais les trois montagnes sur lesquelles la ville est bâtie en faisaient une place très importante. On voit que David manquait de tout pour y bâtir des maisons convenables à une capitale, puisque Hiram, roi de Tyr, lui envoya du bois, des charpentiers et des maçons; mais on ne voit pas comment David put payer Hiram, ni quel marché il fit avec lui. David était, dit Voltaire, à la tête d’une nation longtemps esclave, qui devait être très pauvre; le butin qu’il avait fait dans ses courses ne devait pas l’avoir beaucoup enrichi, puisqu’il n’est parlé d’aucune ville opulente qu’il ait pillée; mais enfin, quoique l’histoire juive ne nous donne aucun détail de l’état où était alors la Judée, quoique nous ne sachions point comment David s’y prit pour gouverner ce pays, nous devons toujours le regarder comme le seul fondateur.
Dès qu’il se vit maître de Jérusalem et de quinze à vingt lieues de pays,
«David prit encore des concubines et épousa de nouvelles femmes; et il lui naquit encore des fils et des filles. Voici les noms des fils qui lui naquirent à Jérusalem: Samuah, Sçobab, Nathan, Salomon, Jébahar, Elisua, Népheg, Jéphia, Elisçama. Eliodah et Eliphaleth.» (5:13-16)
Son installation personnelle, étant achevée, David songea à donner à Jéhovah un logement convenable, c’est-à-dire à faire transporter l’arche sainte dans sa capitale.
«Il assembla de nouveau toute l’élite d’Israël, se montant à trente mille hommes, et, accompagné de toute la tribu de Juda, il alla chercher l’arche de Dieu, sur laquelle on invoque Sabaoth, celte arche sacrée dans laquelle l’Éternel réside entre les chérubins. On plaça donc l’arche de Dieu sur une charrette toute neuve, et ils la prirent au bourg du Gabaa, où elle était, dans la maison d’Abinadab (fils de Saül, mort avec lui à Gelboé); Oza et Ahio, enfants d’Abinadab, conduisaient la charrette (6:1-3)… Mais lorsqu’on fut arrivé près de la grange de Nachon, les bœufs glissèrent et, en tombant, firent pencher l’arche; Oza la retint de ses mains. Alors, la colère de Dieu s’alluma contre Oza; Dieu le frappa, et il tomba mort sur la place, devant l’arche de Dieu.» (v. 6-7)
«Alors, David éprouva une grande frayeur de Jéhovah ce jour-là, et il se dit: Il serait peut-être dangereux que l’arche de Dieu entrât chez moi. Et il la fit placer dans la maison d’un nommé Obed-Edom.» (6:9-10)
Si l’écrivain de cette partie de la Bible n’est pas Samuel, il est néanmoins prêtre, selon toute probabilité; car ce qui domine dans ce récit, c’est la préoccupation d’empêcher les laïques de toucher à l’arche. Nous avons vu déjà l’effroyable hécatombe de cinquante mille soixante-dix curieux, morts instantanément, comme foudroyés, pour avoir regardé dans la sacrée boîte; l’auteur, pour inspirer la crainte, ne recula pas devant l’invraisemblance de l’anecdote. Maintenant, peu importe que Dieu paraisse d’une injustice criante! voilà une arche qui, quoique divine, ne devait pas tenir une bien grande place, puisqu’elle n’occupait qu’une simple charrette, et cette charrette devait être fort étroite, puisqu’elle passait par les défilés qui régnent de la montagne de Gabaa à la montagne de Jérusalem; or, les prêtres n’accompagnaient pas le coffre saint, ce qui ne se conçoit guère, et, étant donné qu’on ne prît pas toutes les précautions nécessaires pour l’empêcher de tomber, voilà ce brave homme d’Oza qui retient l’arche, qui la préserve d’une chute, et qui se voit récompensé de son zèle religieux par une mort subite! On avouera que c’est raide! Les incrédules, milord Bolingbroke en tête, ont donc beau jeu pour dire que ce récit est injurieux à la bonté divine, et que, s’il y avait quelqu’un de coupable, c’étaient les lévites qui avaient abandonné la sacrée boîte, et non pas le laïque qui la soutenait… Mais c’est avec des récits de cette espèce qu’on entretenait le peuple ignorant dans la croyance des immunités et privilèges accordés par Dieu à la caste sacerdotale.
Autre remarque: ces commencements grossiers du règne de David prouvent que la nation juive était encore aussi grossière que pauvre, et qu’en réalité elle ne possédait pas encore une maison assez convenable pour y déposer l’objet de son culte.