Dominium Mundi. Livre II
- Автор: Baranger François
- Серия: Dominium Mundi #2
- Год: 2014
- Язык: французский
- Год: Critic
- ISBN: 979-1-090648-18-0
- Жанр: Космическая фантастика
Электронная книга - «Dominium Mundi. Livre II». Краткое содержание книги:
Lorsque Liétaud revint de sa reconnaissance, l’excitation qui se lisait sur son visage ne laissait aucun doute sur ce qu’il avait vu.
« Ils sont là ! annonça-t-il en s’épongeant le front dégoulinant de sueur. À un demi-kilomètre d’ici. Entre quatre-vingts et cent individus, à vue de nez. »
Alors, ça y est, nous y voilà, pensai-je aussitôt. Maintenant, nous sommes au pied du mur.
Depuis le début de notre périple, huit jours plus tôt, j’avais eu un sacré paquet d’occasions de regretter ma décision d’accompagner les deux soldats. Suivre à la trace cette fichue caravane ata était exténuant. Bon sang, j’étais bio-informaticien, pas soldat ! Il n’y avait vraiment que des militaires pour apprécier ce genre de vie à la dure. Les centaines de kilomètres avalés chaque jour en buggy, les nuits glaciales du désert avec pour seul abri une tente minable qui ne protégeait même pas des rares insectes vivant en surface ; chaque matin, je faisais l’inventaire des nouvelles piqûres – ou Dieu sait quoi d’autre – dont j’avais hérité pendant mes quelques heures de mauvais sommeil.
En revanche, ni Tancrède ni Liétaud ne semblaient remarquer ces difficultés. Pire, ils avaient l’air d’aimer ça !
Dans la soirée qui avait suivi la fameuse discussion au Chaudron, nous avions passé plusieurs heures sur le pupitre central à éplucher les communications militaires. Tancrède voulait accéder à tous les relevés de position des caravanes atamides en fuite.
Les satellites et les rapports d’intercepteurs permettaient à l’armée de connaître la localisation approximative des cohortes de réfugiés ata qui s’échappaient de la zone des combats. Quelques pilonnages avaient déjà été effectués sur les caravanes les plus peuplées, mais les autres étaient trop dispersées pour que leur élimination par bombardement soit envisageable.
Je ne comprenais pas ce que Tancrède pouvait entendre à toutes ces vues aériennes qui défilaient devant nos yeux fatigués. Pour moi, elles se ressemblaient toutes. Pourtant, il désigna soudain l’une d’elles en disant : « Celle-là !
— Et pourquoi celle-là plutôt que la précédente ou la suivante ? demandai-je.
— Pour rien… disons que je me fie à mon intuition.
— Mille sept cent cinquante kilomètres à l’est, fit Pascal en lisant le descriptif affiché sous la photo satellite. Ce n’est pas la porte à côté. Et plus de la moitié du trajet traverse un désert de sable. Tu es sûr de ne pas vouloir en sélectionner une autre, Tancrède ?
— Absolument sûr.
— En ce qui me concerne, conclus-je en étouffant un bâillement, celle-ci fera aussi bien l’affaire que n’importe quelle autre. »
Nous consacrâmes ensuite la journée du lendemain en préparatifs divers, suivant à la lettre les conseils des soldats qui savaient bien mieux que nous quelles ressources étaient nécessaires pour une expédition de ce genre. Nous étions neuf, il faudrait donc cinq buggys. Comme il n’y avait que deux places par buggy, l’un de nous devrait conduire seul. Personne n’ayant envie de se taper une telle corvée tout le long du voyage, il fut convenu que chacun occuperait ce véhicule à tour de rôle.
À leur grand regret, les soldats ne pouvaient partir en méca-perch ; ces montures étaient inutilisables en terrain trop sableux. Par ailleurs, Tancrède n’emportait qu’une simple combinaison renforcée, comme celle que j’avais portée au Sanctuaire. Son exo était HS – et irréparable pour le moment – et de toute façon, il nous confia que, comme il ne partait pas pour combattre, il ne l’aurait pas pris même s’il avait été en état de fonctionner. Il conseilla d’ailleurs à Liétaud d’en faire autant, et celui-ci, après avoir longuement hésité, finit par se laisser convaincre. Lorsque nous rencontrerions des Atamides, il serait préférable de ressembler le moins possible à des soldats.
Nous emportâmes tout de même un T-farad par personne.
Les autres, bien qu’extrêmement sceptiques pour certains, nous aidèrent néanmoins à préparer et à conditionner vivres et matériel. Afin de ne pas laisser la caravane prendre encore plus d’avance, Tancrède souhaitait se mettre en route dès le lendemain. Même Ignacio, pourtant partisan du moindre effort, ne négligea pas sa peine pour permettre à notre troupe d’être prête à temps.
Je m’étais d’ailleurs discrètement entretenu avec Tancrède à son sujet. La question était : devais-je user de mon autorité pour empêcher Ignacio de se joindre à nous ? Notre mission allait certainement s’avérer suffisamment difficile et périlleuse pour qu’il ne soit pas nécessaire de s’encombrer d’un fauteur de troubles patenté. Bien qu’il fût d’accord sur le fond, Tancrède estima que lui interdire de participer à l’expédition créerait davantage de problèmes que cela n’en résoudrait. C’était probable, en effet. Je me rangeai donc à son avis.
Or, quelque temps plus tard, un incident me fit regretter d’avoir suivi le conseil de Tancrède.
Les premiers jours de route, nous avions surtout avalé les kilomètres afin de nous rapprocher le plus possible de la caravane. Comme nous étions trop loin des Atamides pour qu’il soit indispensable d’être discrets, seules les alertes intercepteur nous obligeaient à ralentir, et parfois à nous arrêter. Nos amis au pupitre nous prévenaient dès qu’une escadre risquait de passer à portée de vue des nuages de poussière que nous soulevions. Il nous fallait alors stopper en urgence afin de tendre des filets de camouflage sur les véhicules tout en espérant que la poussière se dissiperait suffisamment vite.
Ce fut le troisième jour que nous frôlâmes la catastrophe.
Vers deux heures de l’après-midi, le pupitre déclencha l’alerte intercepteur, et tous les véhicules furent avertis par radio. D’après leurs calculs, nous disposions d’une dizaine de minutes pour nous planquer. La colonne de buggys venait de s’arrêter et tout le monde sortait à fond de train pour installer les filets lorsque je me rendis compte avec effroi que le véhicule de tête roulait encore ! C’était celui d’Ignacio et aujourd’hui, c’était son tour de piloter seul.
Silvio repartit pied au plancher dans l’intention de le rattraper tandis que je tentais fébrilement de le contacter sur toutes les fréquences possibles. Peine perdue, il ne répondait pas. Dieu merci, c’était un piètre pilote et Silvio parvint à le rejoindre rapidement, réalisant un superbe tête à queue devant lui. Grâce à mes jumelles, je vis le jeune Italien jaillir de son buggy et se précipiter vers Ignacio en criant quelque chose. Moins de soixante secondes plus tard, ils avaient tiré leurs filets et s’étaient cachés dessous. Je les imitais en rejoignant Liétaud – mon passager du jour – sous le nôtre.
Je mentirais si je prétendais que l’attente qui suivit fut un moment de détente. Mon cœur battait entre mes côtes en songeant à ce qui se passerait si l’un des pilotes de ces fichus engins de malheur repérait le nuage soulevé par notre mécanicien. Soudain, je pensais à Clotilde. À l’idée que je pourrais la perdre alors que nous venions à peine de nous trouver, je me sentis glacé comme la mort. Pourquoi diable n’avais-je pas laissé un autre que moi s’engager dans cette folle équipée ? Elle n’aurait pas eu à me suivre et nous aurions pu approfondir notre relation naissante dans la sécurité relative de notre refuge, plutôt que risquer notre vie ensemble dans cette expédition.
Heureusement, un vent d’est soufflait ce jour-là, et la poussière se dispersa avant que les intercepteurs ne nous survolent dans un fracas de fin du monde.
Inutile de dire qu’Ignacio passa ensuite un sale quart d’heure. Je l’étrillai copieusement pour son inconscience, lui rappelant qu’il pouvait faire toutes les conneries qui lui passaient par la tête tant qu’il ne mettait que sa vie en danger, mais que s’il s’avisait de recommencer à risquer celle de tout le groupe, je l’abandonnerais en plein désert sans la moindre hésitation.