Dominium Mundi. Livre II
- Автор: Baranger François
- Серия: Dominium Mundi #2
- Год: 2014
- Язык: французский
- Год: Critic
- ISBN: 979-1-090648-18-0
- Жанр: Космическая фантастика
Электронная книга - «Dominium Mundi. Livre II». Краткое содержание книги:
Bien entendu, conscient de s’être mis tout le monde à dos, il fit profil bas en s’excusant platement et en incriminant le câble douze broches de sa radio de s’être débranché à son insu, à cause d’un cahot un peu plus fort que les autres. Tu parles ! Ce velléitaire avait probablement négligé de vérifier le branchement en démarrant ce matin-là.
À partir du cinquième jour, notre progression devint plus prudente. Nous nous étions nettement rapprochés de la caravane et il n’était pas exclu que des guerriers atamides patrouillent, même à plusieurs centaines de kilomètres de leur bivouac. De plus, nous ne roulions pratiquement plus que sur du sable, ce qui ne posait pas de difficulté pour les buggys, mais soulevait de lourds nuages jaunes qui, bien que ne montant pas aussi haut que ceux constitués de poussière, étaient visibles de loin. Il fallut donc ralentir l’allure.
Liétaud, le spécialiste du pistage, refusait de se fier uniquement aux relevés satellites et affirmait, rien qu’en observant des traces dans le sable, que la caravane était plus proche qu’on ne le pensait. Personnellement, je ne voyais pas comment il parvenait déduire quoi que ce soit de ces traces presque effacées, néanmoins, j’avais appris à me fier à nos deux déserteurs.
La nuit, nous assurions la garde à deux, par tour de trois heures, assis près d’un chauffage portatif lorsqu’aucune faille forestière à proximité ne nous permettait de trouver du bois pour un feu. Le soir du septième jour, mon tour coïncida avec celui de Tancrède. Par chance, c’était une véritable flambée qui nous fournissait un peu de chaleur, et non ce désagréable petit appareil qui dispensait une vague tiédeur inodore sans émettre la moindre lumière. Rien à voir avec la douce lueur rassurante des braises qui nous tenaient chaud ce soir-là.
Nous nous enveloppâmes dans des couvertures athermiques, en prenant soin de les laisser entrouvertes du côté du feu afin d’emmagasiner le plus de chaleur possible.
« Maintenant que la nuit est tombée, on va bientôt se geler les pieds, dis-je en feignant de râler. Je commence à en avoir plein le dos de ton expédition ! Quand je pense que j’aurais pu rester bien tranquille dans nos cavernes, au frais en journée et au chaud la nuit.
— J’admets que lorsque je sue dix litres d’eau dans la journée, répondit Tancrède, j’ai peine à imaginer que chez nous, c’est le mois de décembre et qu’il fait un froid de canard.
— Je suis même sûr qu’il neige chez moi, à Vernon !
— Vernon ? J’avais oublié que tu étais presque normand toi aussi.
— Presque normand… Qu’est-ce qu’il ne faut pas entendre ! Je te signale que l’Eure n’est qu’à trente kilomètres d’Évreux ; vu depuis quatre années-lumière de distance, ça paraît bien peu ! »
Le Normand éclata d’un rire qu’il étouffa aussitôt pour ne pas réveiller nos camarades endormis dans les tentes autour de nous.
Nous passâmes les heures suivantes à discuter à voix basse, évoquant nos vies respectives d’avant la mobilisation, parlant du pays, de nos familles et de ce que nous ferions si nous revenions un jour sur Terre.
Malgré la fatigue et le froid, ce fut un moment fort agréable. Depuis nos retrouvailles, nous n’avions pas encore eu l’occasion de passer ainsi quelques heures ensemble, juste entre nous, à deviser simplement sans avoir à échafauder un plan d’action quelconque.
Puis, peu à peu, le ton se fit plus grave et les sujets plus sérieux. Tancrède en vint même à me confier la souffrance qu’il éprouvait – et que je ne soupçonnais pas – d’avoir rompu avec Clorinde. J’avais toujours considéré cette femme comme une ultra hautaine et dogmatique et je me rendais compte que, en dépit des immenses différences qui existaient entre eux, l’ex-lieutenant l’aimait encore intensément. Malgré mes réserves, j’éprouvai à ce moment une compassion sincère pour la douleur de l’ex-lieutenant. Je pense que ma relation toute neuve avec Clotilde me rendait plus réceptif sur ce sujet.
Puis, la discussion dériva sur l’opération en cours et nos chances de succès. J’avouai que, lors de la discussion au Chaudron, je l’avais soutenu plus par principe que par conviction, car je ne croyais guère en la possibilité de nouer une alliance avec les Atamides, étant donné le gouffre culturel qui nous séparait, et surtout, après que les nôtres aient massacré les leurs par centaines de milliers.
« En ce cas, pourquoi t’es-tu porté volontaire ? me demanda Tancrède.
— Je ne sais pas. Probablement parce que j’ai confiance en toi. Par ailleurs, j’ai toujours aimé les causes perdues, les grands idéaux, et pourtant, je n’ai jamais eu le courage de m’y investir. Je me suis laissé mobiliser contre mon gré, j’ai enduré humiliations et mauvais traitements, j’ai mis mes connaissances au service d’une cause inique ; je ne pourrais faire le compte de toutes les petites lâchetés que j’ai commises. Alors, il était temps d’inverser la tendance, n’est-ce pas ? Et puis, tu paraissais si convaincu, si… exalté. »
Un craquement sonore retentit dans le feu et une gerbe d’étincelles s’échappa vers le ciel.
« Euh… Tu n’apprécies sûrement pas que je te qualifie d’exalté, fis-je avec un petit ricanement.
— Non, ça ne me gêne pas. D’ailleurs, tu n’es peut-être pas si loin de la vérité… »
Par-dessus le bord de la couverture dans laquelle j’étais emmitouflé, je lançai un regard intrigué à mon ami.
« Qu’entends-tu par là ?
— Il y a quelque chose que je ne vous ai pas dit. Je n’en ai parlé à personne, pas même à Liétaud, parce que cela me mettait mal à l’aise, mais je pense qu’il serait plus honnête que je t’en parle, à toi. »
Il s’interrompit un instant. Je gardai le silence, circonspect.
« Depuis quelques mois, continua-t-il, le regard à nouveau perdu dans le vide, je fais des rêves. Des rêves… déroutants. Pas le genre qui vous envoie directement dans le fauteuil d’un psy, pas des cauchemars non plus. Non, ces rêves ont l’air… de ne pas en être. On dirait que quelqu’un, ou quelque chose, m’envoie des messages. »
Je ne cacherai pas qu’une certaine inquiétude se mit à me tarauder l’estomac.
« Des messages ? Tu es sérieux ?
— Je sais de quoi cela à l’air. Crois-moi que si quelqu un d’autre me tenait ce genre de propos, je ferais exactement la même tête que toi. Moi-même, j’ai mis longtemps à l’accepter. Mais c’est pour moi désormais une certitude, cette voix qui utilise mes rêves pour me parler m’a guidé jusqu’ici. Cette voix, je suis sûr que c’est celle d’un Atamide.
— Un Ata !
— Oui. C’est pour ça que je vais à leur rencontre. Il y a quelque part sur cette planète quelqu’un qui essaye de communiquer avec moi. Si je parviens à le trouver, alors tout deviendra possible.
— C’est cette voix qui t’a dit de partir à la rencontre des Atas ? C’est elle qui t’a fait choisir cette caravane, en particulier ?
— Pas vraiment. Disons qu’elle m’a poussé à suivre mon instinct, à avoir confiance en moi-même. Le raisonnement que j’ai développé, il y a une semaine, au Chaudron, pour vous convaincre de me suivre, je l’ai élaboré avec mon esprit logique, par simple constatation des faits. Mais c’est cette nouvelle confiance en moi qui m’a permis de franchir le pas et de vous le proposer. Sinon, je ne crois pas que je me serais lancé. »