Les Mille Et Une Nuits Tome III
- Автор: Galland Antoine
- Язык: французский
- Жанр: Сказки народов мира
Электронная книга - «Les Mille Et Une Nuits Tome III». Краткое содержание книги:
Ainsi le capitaine fut contraint de se retirer encore ce jour-là avec ses gens, aussi peu satisfait que le jour d’auparavant. Le voleur, comme auteur de la méprise, subit pareillement le châtiment auquel il s’était soumis volontairement.
Le capitaine, qui vit sa troupe diminuée de deux braves sujets, craignit de la voir diminuer davantage s’il continuait de s’en rapporter à d’autres pour être informé au vrai de la maison d’Ali Baba. Leur exemple lui fit connaître qu’ils n’étaient propres tous qu’à des coups de main, et nullement à agir de tête dans les occasions. Il se charge de la chose lui-même: il vient à la ville, et avec l’aide de Baba Moustafa, qui lui rendit le même service qu’aux deux députés de sa troupe, il ne s’amusa pas à faire aucune marque pour connaître la maison d’Ali Baba; mais il l’examina si bien, non-seulement en la considérant attentivement, mais même en passant et en repassant à diverses fois par-devant, qu’il n’était pas possible qu’il s’y méprît.
Le capitaine des voleurs, satisfait de son voyage et instruit de ce qu’il avait souhaité, retourna à la forêt, et quand il fut arrivé dans la grotte où toute sa troupe l’attendait: «Camarades, dit-il, rien enfin ne peut plus nous empêcher de prendre une pleine vengeance du dommage qui nous a été fait. Je connais avec certitude la maison du coupable sur qui elle doit tomber, et dans le chemin j’ai songé aux moyens de la lui faire sentir si adroitement que personne ne pourra avoir connaissance du lieu de notre retraite non plus que de notre trésor, car c’est le but que nous devons avoir dans notre entreprise: autrement, au lieu de nous être utile, elle nous serait funeste.
«Pour parvenir à ce but, continua le capitaine, voici ce que j’ai imaginé. Quand je vous l’aurai exposé, si quelqu’un sait un expédient meilleur, il pourra le communiquer.» Alors, il leur expliqua de quelle manière il prétendait s’y comporter; et comme ils lui eurent tous donné leur approbation, il les chargea, en se partageant dans les bourgs et dans les villages d’alentour et même dans la ville, d’acheter des mulets, jusqu’au nombre de dix-neuf, et trente-huit grands vases de cuir à transporter de l’huile, l’un plein et les autres vides.
En deux ou trois jours de temps les voleurs eurent fait tout cet amas. Comme les vases vides étaient un peu étroits par la bouche pour l’exécution de son dessein, le capitaine les fit un peu élargir; et, après avoir fait entrer un de ses gens dans chacun avec les armes qu’il avait jugées nécessaires, en laissant ouvert ce qu’il avait fait découdre, afin de leur laisser la respiration libre, il les ferma de manière qu’ils paraissaient pleins d’huile, et, pour les mieux déguiser, il les frotta par le dehors d’huile qu’il prit du vase qui en était plein.
Les choses ainsi disposées, quand les mulets furent chargés des trente-sept voleurs, sans y comprendre le capitaine, chacun caché dans un des vases, et du vase qui était plein d’huile, leur capitaine, comme conducteur, prit le chemin de la ville dans le temps qu’il avait résolu, et y arriva à la brune, environ une heure après le coucher du soleil, comme il se l’était proposé. Il y entra, et il alla droit à la maison d’Ali Baba, dans le dessein de frapper à la porte et de demander à y passer la nuit avec ses mulets, sous le bon plaisir du maître. Il n’eut pas la peine de frapper: il trouva Ali Baba à la porte, qui prenait le frais après le souper. Il fit arrêter ses mulets, et en s’adressant à Ali Baba: «Seigneur, dit-il, j’amène l’huile que vous voyez de bien loin pour la vendre demain au marché, et à l’heure qu’il est je ne sais où aller loger. Si cela ne vous incommode pas, faites-moi le plaisir de me recevoir chez vous pour y passer la nuit, je vous en aurai obligation.»
Quoique Ali Baba eût vu dans la forêt celui qui lui parlait, et même entendu sa voix, comment eût-il pu le reconnaître pour le capitaine des quarante voleurs sous le déguisement d’un marchand d’huile? «Vous êtes le bienvenu, lui dit-il, entrez,» Et, en disant ces paroles, il lui fit place pour le laisser entrer avec ses mulets, comme il le fit.
En même temps Ali Baba appela un esclave qu’il avait, et lui commanda, quand les mulets seraient déchargés, de les mettre non-seulement à couvert dans l’écurie, mais même de leur donner du foin et de l’orge. Il prit aussi la peine d’entrer dans la cuisine et d’ordonner à Morgiane d’apprêter promptement à souper pour l’hôte qui venait d’arriver, et de lui préparer un lit dans une chambre.
Ali Baba fit plus: pour faire à son hôte tout l’accueil possible, quand il vit que le capitaine des voleurs avait déchargé ses mulets, que les mulets avaient été menés dans l’écurie comme il l’avait commandé, et qu’il cherchait une place pour passer la nuit à l’air, il alla le prendre pour le faire entrer dans la salle où il recevait son monde, en lui disant qu’il ne souffrirait pas qu’il couchât dans la cour. Le capitaine des voleurs s’en excusa fort, sous le prétexte de ne vouloir pas être incommode, mais dans le vrai pour avoir lieu d’exécuter ce qu’il méditait avec plus de liberté, et il ne céda aux honnêtetés d’Ali Baba qu’après de fortes instances.
Ali Baba, non content de tenir compagnie à celui qui en voulait à sa vie jusqu’à ce que Morgiane lui eût servi le souper, continua de l’entretenir de plusieurs choses qu’il crut pouvoir lui faire plaisir, et il ne le quitta que quand il eut achevé le repas dont il l’avait régalé. «Je vous laisse le maître, lui dit-il; vous n’avez qu’à demander toutes les choses dont vous pouvez avoir besoin, il n’y a rien chez moi qui ne soit à votre service.»
Le capitaine des voleurs se leva en même temps qu’Ali Baba et l’accompagna jusqu’à la porte, et pendant qu’Ali Baba alla dans la cuisine pour parler à Morgiane, il entra dans la cour sous prétexte d’aller à l’écurie voir si rien ne manquait à ses mulets.
Ali Baba, après avoir recommandé de nouveau à Morgiane de prendre un grand soin de son hôte, et de ne le laisser manquer de rien: «Morgiane, ajouta-t-il, je t’avertis que demain je vais au bain avant le jour; prends soin que mon linge de bain soit prêt, et de le donner à Abdalla (c’était le nom de son esclave), et fais-moi un bon bouillon pour le prendre à mon retour.». Après lui avoir donné ses ordres, il se retira pour se coucher.
Le capitaine des voleurs cependant, à la sortie de l’écurie, alla donner à ses gens l’ordre de ce qu’ils devaient faire. En commençant depuis le premier vase jusqu’au dernier, il dit à chacun: «Quand je jetterai de petites pierres de la chambre où l’on me loge, ne manquez pas de vous faire ouverture en fendant le vase depuis le haut jusqu’au bas avec le couteau dont vous êtes munis, et d’en sortir; aussitôt je serai à vous.» Et le couteau dont il parlait était pointu et affilé pour cet usage.
Cela fait, il revint, et comme il se fut présenté à la porte de la cuisine, Morgiane prit de la lumière et elle le conduisit à la chambre qu’elle lui avait préparée, où elle le laissa après lui avoir demandé s’il avait besoin de quelque autre chose. Pour ne pas donner de soupçon, il éteignit la lumière peu de temps après, et il se coucha tout habillé, prêt à se lever dès qu’il aurait fait son premier somme.
Morgiane n’oublia pas les ordres d’Ali Baba; elle prépare son linge de bain, elle en charge Abdalla, qui n’était pas encore allé se coucher; elle met le pot au feu pour le bouillon, et, pendant qu’elle écume le pot, la lampe s’éteint. Il n’y avait plus d’huile dans la maison, et la chandelle y manquait aussi. Que faire? Elle a besoin cependant de voir clair pour écumer son pot; elle en témoigne sa peine à Abdalla. «Te voilà bien embarrassée, lui dit Abdalla; va prendre de l’huile dans un des vases que voilà dans la cour.»