Бесплатная библиотека
Читайте книгу на сайте или телефоне

Электронная книга - «Citadelle». Краткое содержание книги:

Citadelle est un livre particulier dans le sens où il n'a jamais été achevé ni retouché (ou très peu) par Saint-Exupéry. L'œuvre est restée à l'état de brouillon dactylographié imparfait avant d'être mis en forme, tant bien que mal, par l'éditeur. Saint-Exupéry aborde ici tous ses thèmes récurrents déjà visités dans ses précédents écrits: l'Amour, l'Apprentissage, la Création, Dieu, les Hommes, les Voyages, etc.
1 ... 83 84 85 86 87 88 89 90 91 ... 131
Перейти на страницу:

Mais pour que tu sois libre de la libert� du chanteur qui improvise sur l'instrument � cordes, ne faut-il pas que je t'exerce d'abord les doigts et t'enseigne l'art du chanteur? Ce qui est guerre, contrainte et endurance.

Et pour que tu sois libre de la libert� du montagnard, ne faut-il pas que tu aies exerc� tes muscles, ce qui est guerre, contrainte et endurance?

Et pour que tu sois libre de la libert� du po�te, ne faut-il pas que tu aies exerc� ton cerveau et forg� ton style, ce qui est guerre, contrainte et endurance?

Ne te souviens-tu point de ce que les conditions du bonheur ne sont jamais recherche du bonheur? Tu t'assi�rais, ne sachant o� courir. Le bonheur, quand tu as cr��, t'est accord� comme r�compense. Et les conditions du bonheur sont guerre, contrainte et endurance.

Ne te souviens-tu pas de ce que les conditions de la beaut� ne sont jamais recherche de la beaut�? Tu t'assi�rais, ne sachant o� courir. La beaut�, quand ton �uvre est faite, lui est accord�e pour ta r�compense. Et les conditions de la beaut� sont guerre, contrainte et endurance.

Ainsi des conditions de ta libert�. Elles ne sont pas cadeaux de la libert�. Tu t'assi�rais, ne sachant o� courir. La libert�, quand on a de toi tir� un homme, est r�compense de cet homme, lequel dispose d'un empire o� s'exercer. Et les conditions de ta libert� sont guerre, contrainte et endurance.

Je te dirai ainsi au risque de te scandaliser que les conditions de ta fraternit� ne sont point ton �galit�, car elle est r�compense et l'�galit� se fait en Dieu. Ainsi de l'arbre qui est hi�rarchie, mais o� vois-tu qu'une partie domine sur l'autre? Ainsi du temple qui est hi�rarchie. S'il repose sur son assise il se noue en sa clef de vo�te.

Et comment saurais-tu lequel des deux l'emporte sur l'autre? Qu'est-ce qu'un g�n�ral sans arm�e? Qu'est-ce qu'une arm�e sans g�n�ral? Une �galit� est �galit� dans l'empire et la fraternit� leur est accord�e comme r�compense. Car la fraternit� n'est point le droit au tutoiement ni � l'injure. Et moi je dis que ta fraternit� est r�compense de ta hi�rarchie et du temple que vous b�tissez l'un par l'autre. Car je l'ai d�couvert dans les foyers o� le p�re �tait respect� et o� le fils a�n� prot�geait le plus jeune. Et o� le plus jeune se confiait � l'a�n�. Alors chaudes �taient leurs soir�es, leurs f�tes et leurs retours. Mais s'ils sont mat�riaux en vrac, si nul ne d�pend plus de l'autre, si simplement ils se coudoient et se m�lent comme des billes, o� vois-tu leur fraternit�? Que l'un d'eux meure, on le remplace car il n'�tait point n�cessaire. Je veux conna�tre o� tu es et qui tu es pour t'aimer.

Et si je t'ai retir� des flots de la mer je t'en aimerai mieux, responsable que je suis de ta vie. Ou si je t'ai veill� et gu�ri quand tu souffrais � ou si te voil� mon vieux serviteur qui m'a assist� comme une lampe, ou le gardien de mes troupeaux. Et j'irai boire chez toi ton lait de ch�vre. Et je recevrai de toi et tu donneras. Et tu recevras et je donnerai. Mais je n'ai rien � dire � celui-l� qui se proclame mon �gal avec hargne et ne veut ni d�pendre de moi en quelque chose ni que je d�pende de lui. Je n'aime que celui-l� dont la mort me serait d�chirante.

CLIII

Cette nuit-l�, dans le silence de mon amour, je voulus gravir la montagne pour, une fois de plus, observer la ville, l'ayant par mon ascension rang�e

dans le silence et priv�e de ses mouvements � mais j'ai fait halte � mi-chemin, retenu que j'�tais par ma piti�, car des campagnes j'entendais monter des plaintes et je souhaitais de les comprendre.

Elles s'�levaient du b�tail rang� dans les �tables. Et des b�tes des champs et des b�tes du ciel et des b�tes du bord des eaux. Car seules elles t�moignent dans la caravane de la vie, le v�g�tal n'ayant point de langage, et l'homme ayant d�j�, vivant � demi la vie de l'esprit, commenc� d'user du silence. Car celui-l� que le cancer travaille, tu le vois se mordre les l�vres et se taire, sa souffrance se changeant au-dessus du remue-m�nage de la chair en arbre spirituel qui pousse ses branches et ses racines dans un empire qui n'est point des choses mais du sens des choses. C'est pourquoi t'angoisse plus fort la souffrance qui se tait que la souffrance qui crie. Celle qui se tait remplit la chambre. Remplit la ville. Et il n'est point de distance pour la fuir. La bien-aim�e qui souffre loin de toi, si tu l'aimes, te voil� domin� o� que tu sois par sa souffrance.

Donc j'entendais les plaintes de la vie. Car la vie se perp�tuait dans les �tables, dans les champs et au bord des eaux. Car meuglaient les g�nisses en g�sine dans les �tables. Car j'entendais aussi les voix de l'amour monter de mar�cages ivres de leurs grenouilles. J'entendais aussi les voix du carnage car piaulait le coq de bruy�re dont s'�tait saisi le renard, b�lait la ch�vre que tu sacrifiais pour ton repas. Et il arrivait parfois qu'un fauve f�t taire la contr�e d'un seul rugissement, s'y taillant d'un seul coup un empire de silence o� toute vie suait de peur. Car les fauves se guident sur l'odeur aigre de l'angoisse, laquelle charge le vent. A peine avait-il rugi, toutes ses victimes brillaient pour lui comme un peuple de lumi�res.

Puis se d�gelaient de leur stupeur les b�tes de la terre et du ciel et du bord des eaux, et reprenait la plainte de g�sine, d'amour et de carnage.

�Ah! me dis-je, ce sont l� les bruits du charroi, car la vie se d�l�gue de g�n�ration en g�n�ration, et, de cette marche � travers le temps, il en est comme du char pesant dont l'essieu crie��

C'est alors qu'il me fut donn� de comprendre enfin quelque chose de l'angoisse des hommes, car ils se d�l�guent eux aussi, �migrant hors d'eux-m�mes de g�n�ration en g�n�ration. Et jour et nuit se poursuivent inexorables, � travers villes et campagnes, ces divisions comme d'un tissu de chair qui se d�chire et se r�pare, et je sentis en moi, comme j'eusse ressenti une blessure, le travail d'une mue lente et perp�tuelle.

�Mais ces hommes, me disais-je, vivent non des choses mais du sens des choses et il faut bien qu'ils se d�l�guent les mots de passe.

�C'est pourquoi je les vois, � peine l'enfant leur est-il n�, occup�s de le d�brouiller � l'usage de leur langage, comme � l'usage d'un code secret, car il est clef de leur tr�sor. Pour transporter en lui ce lot de merveilles, ils ouvrent en lui laborieusement les chemins du charroi. Car difficiles � formuler et lourdes et subtiles sont les r�coltes qu'il s'agit de passer d'une g�n�ration � l'autre.

�Certes est rayonnant ce village. Certes est path�tique cette maison du village. Mais la nouvelle g�n�ration, si elle occupe des maisons dont elle ne sait rien sinon l'usage, que fera-t-elle dans ce d�sert? Car de m�me que pour leur permettre de tirer leur plaisir d'un instrument � cordes il te faut � tes h�ritiers enseigner l'art de la musique, de m�me il te faut, pour qu'ils soient des hommes qui �prouvent des sentiments d'homme, leur enseigner � lire sous le disparate des choses les visages de ta maison, de ton domaine et de ton empire.

�Faute de quoi la g�n�ration nouvelle campera en barbare dans la ville qu'elle t'aura prise. Et quelle joie des barbares tireraient-ils de tes tr�sors? Ils ne savent point s'en servir, n'ayant point la clef de ton langage.

�Pour ceux-l� qui ont �migr� dans la mort, ce village �tait comme une harpe avec la signification des murs, des arbres, des fontaines et des maisons. Et chaque arbre diff�rent avec son histoire. Et chaque maison diff�rente avec ses coutumes. Et chaque mur diff�rent � cause de ses secrets. Ainsi ta promenade tu l'as compos�e comme une musique, tirant le son que tu d�sirais de chacun de tes pas. Mais le barbare qui campe ne sait point faire chanter ton village. Il s'y ennuie et, se heurtant � l'interdiction de rien p�n�trer, il t'effondre tes murs et te disperse tes objets. Par vengeance contre l'instrument dont il ne sait point se servir, il y propage l'incendie qui le paie au moins d'un peu de lumi�re. Apr�s quoi il se d�courage et il b�ille. Car il faut conna�tre ce que l'on br�le pour que la lumi�re soit belle. Ainsi celle de ton cierge devant ton dieu. Mais la flamme m�me de ta maison ne parlera point au barbare, n'�tant point flamme d'un sacrifice.�

1 ... 83 84 85 86 87 88 89 90 91 ... 131
Перейти на страницу:
0
Сюжет
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
  • 6
  • 7
  • 8
  • 9
  • 10
0
Атмосфера
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
  • 6
  • 7
  • 8
  • 9
  • 10
0
Главный герой
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
  • 6
  • 7
  • 8
  • 9
  • 10
0
Общее впечатление
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
  • 6
  • 7
  • 8
  • 9
  • 10
Итоговая оценка: 0.0 из 10 (голосов: 0 / История оценок)