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Valentin de Majipoor [Valentine Pontifex - fr]

Электронная книга - «Valentin de Majipoor [Valentine Pontifex - fr]». Краткое содержание книги:

Sur Majipoor, la planète géante, règne Lord Valentin le Coronal, qui, naguère jongleur, a retrouvé son trône, mais conservé un corps d’emprunt. Ces faits de haute chronique ont été relatés dans Le château de Lord Valentin.
Mais il n’est pas dit que le règne de Valentin restera serein. Tandis que le Coronal entreprend son Périple à travers les immensités de Majipoor, afin de se faire voir de ses peuples, accompagné de Carabella, son épouse bien aimée, de ses amis des jours d’infortune devenus grands seigneurs et d’une armée de courtisans, les nuages s’amoncellent, les maladies frappent les récoltes, s’étendent comme feu de forêt. Des monstres surgissent des forêts d’habitude paisibles de Majipoor. La famine survient, et la rébellion.
Faudra-t-il faire la guerre aux Changeformes ? Car ce sont eux, premiers occupants de la planète, jadis massacrés et refoulés par les humains venus de l’espace, qui tentent une nouvelle révolte. Valentin, qui est épris de paix et d’amour, ne parvient pas à s’y résoudre. Majipoor va-t-elle sombrer ?
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— Dominin Barjazid n’était pas un ami très cher, mais je l’ai épargné lui aussi. Et je pense que nous pouvons maintenant nous en réjouir.

— Ce fut certes un acte de clémence. Mais nos ennemis actuels sont d’une tout autre race… répugnant Changeformes, vermine cruelle…

— Sleet !

— N’est-ce pas la vérité, monseigneur ? Des créatures qui ont fait le vœu de détruire tout ce que nous avons bâti sur notre planète.

— Sur leur planète, Sleet, dit Valentin. N’oublie pas que ce monde est à eux.

— Était à eux, monseigneur. Ils n’ont pas su le garder. Quelques millions de ces êtres sur une planète assez vaste pour…

— Allons-nous entendre encore une fois ces arguments éculés ? s’écria Carabella sans faire d’effort pour masquer son irritation. Vous ne trouvez pas qu’il est déjà assez pénible de supporter cette fournaise sans avoir à s’épuiser les poumons en conversations aussi vaines ?

— Je voulais seulement dire, fit Sleet, que la guerre de restauration était de celles qui peuvent être remportées par des moyens pacifiques, en ouvrant les bras à ses ennemis. Ceux que nous avons maintenant sont très différents. La haine dévore ce Faraataa. Il n’aura de cesse que nous soyons tous morts. Croyez-vous qu’il cédera à l’amour ? Le croyez-vous, monseigneur ?

Valentin détourna les yeux.

— Nous emploierons tous les moyens, dit-il, pour que Majipoor soit réunifiée.

— Si vous pensez ce que vous dites, répliqua Sleet d’un ton lugubre, vous devez être prêt à détruire l’ennemi. Pas seulement à le parquer dans la jungle comme l’a fait lord Stiamot mais à l’anéantir, à l’exterminer, à mettre fin une fois pour toutes à la menace qu’il fait peser sur notre civilisation.

— Anéantir ? répéta Valentin en riant. Exterminer ? Quel langage préhistorique, Sleet !

— Il ne faut pas prendre ce qu’il dit au sens littéral, dit Carabella.

— Mais si, mais si ! N’est-ce pas, Sleet ?

— Vous savez que la répugnance que me causent les Métamorphes n’est pas entièrement de ma faute, dit Sleet en haussant les épaules. Qu’elle a été provoquée par un message… un message envoyé de ce continent où nous allons aborder. Mais cela mis à part, je pense effectivement qu’ils méritent de perdre la vie pour tout le mal qu’ils ont déjà fait. Et je ne suis aucunement disposé à m’en repentir.

— Et tu massacrerais des millions de gens pour les crimes commis par nos rois ? Sleet, Sleet, tu es plus dangereux pour notre civilisation que dix mille Métamorphes !

Le rouge monta aux joues pâles et creusées de Sleet, mais il garda le silence.

— Te voilà blessé, dit Valentin. Je ne voulais pas t’offenser.

— Le Coronal n’a pas besoin de s’excuser auprès du barbare altéré de sang qui le sert, monseigneur, dit Sleet à voix basse.

— Je ne voulais pas me moquer de toi. Seulement manifester mon désaccord.

— Alors restons sur nos positions, dit Sleet. Si j’étais Coronal, je les tuerais jusqu’au dernier.

— Mais c’est moi le Coronal… tout au moins dans certaines parties de cette planète. Et tant que je le serai, je chercherai des moyens de gagner la guerre sans aller jusqu’à l’anéantissement et l’extermination. Est-ce acceptable pour toi, Sleet ?

— Tout ce que désire le Coronal est acceptable pour moi, et vous le savez bien, monseigneur. Je voulais seulement vous dire ce que je ferais si j’étais Coronal.

— Le Divin nous préserve de ce malheur, dit Valentin avec un petit sourire.

— Qu’il vous préserve aussi, monseigneur, de la nécessité de répondre à la violence par la violence, car je sais que ce n’est pas dans votre nature, dit Sleet en esquissant à son tour un sourire amer.

Puis il adressa au Coronal un salut cérémonieux.

— Nous n’allons pas tarder à arriver à Tolaghai et j’ai de très nombreuses dispositions à prendre pour notre hébergement. Je demande la permission de me retirer, monseigneur.

Valentin suivit quelque temps du regard Sleet qui s’éloignait sur le pont. Puis, se protégeant les yeux contre la violence du soleil, il se retourna vers le vent qui soufflait du continent méridional, une masse sombre qui s’étirait à l’horizon.

Suvrael ! Le nom seul avait de quoi faire frissonner !

Il n’aurait jamais cru venir ici, sur le plus défavorisé des continents de Majipoor, oublié, négligé, à la population clairsemée, un lieu désolé et aride, presque uniquement constitué d’un désert rébarbatif, ressemblant si peu au reste de Majipoor qu’on eût dit une autre planète. Plusieurs millions de personnes y vivaient, rassemblées dans une demi-douzaine de villes éparpillées dans les régions les moins inhospitalières, mais depuis des siècles Suvrael n’entretenait avec les deux continents principaux que des relations extrêmement superficielles. Quand des fonctionnaires du gouvernement central y étaient envoyés en tournée d’inspection, ils considéraient presque leur mission comme une sanction pénale. Rares étaient les Coronals qui l’avaient visité. Valentin avait appris que lord Tyeveras s’y était rendu au cours d’un de ses Grands Périples et il croyait savoir que lord Kinniken y était également allé une fois. Et il y avait bien entendu les hauts faits de Dekkeret parcourant le désert des Rêves Volés en compagnie du fondateur de la dynastie des Barjazid, mais c’était arrivé bien avant qu’il ne devînt Coronal.

De Suvrael ne provenaient que trois choses qui eussent une incidence significative sur la vie de Majipoor. La première était le vent : d’un bout à l’autre de l’année, des masses d’air brûlant parties de Suvrael s’abattaient sur les côtes méridionales de Zimroel et d’Alhanroel et les rendaient presque aussi désagréables que Suvrael. La deuxième était la viande : à l’ouest du continent désertique des brumes venues de la mer pénétraient dans les terres et donnaient naissance à de vastes étendues d’herbages où on élevait du bétail qui était ensuite expédié sur les autres continents. La troisième grande exportation de Suvrael était les rêves. Depuis maintenant un millier d’années, les Barjazid tenaient leur rang de Puissances du royaume depuis leur immense domaine près de Tolaghai. À l’aide d’amplificateurs de pensée, appareils dont ils gardaient jalousement le secret du fonctionnement, ils inondaient le monde de leurs messages, d’inquiétantes et implacables infiltrations de l’âme qui cherchaient et trouvaient tous les citoyens qui avaient causé du tort à autrui ou envisageaient seulement de le faire. À leur manière austère et rigoureuse, les Barjazid étaient la conscience de la planète et ils symbolisaient depuis très longtemps la férule et le fouet grâce auxquels le Coronal, le Pontife et la Dame de l’Ile pouvaient continuer d’exercer leur méthode plus douce de gouvernement.

Lorsqu’ils avaient effectué leur premier mouvement d’insurrection avorté au début du règne de Valentin, les Métamorphes n’ignoraient pas quel était le pouvoir du Roi des Rêves. Et quand le chef du clan Barjazid, le vieux Simonan, était tombé malade, ils avaient astucieusement substitué l’un des leurs au moribond. Ce qui avait été le point de départ de l’usurpation du trône de lord Valentin par Dominin, le plus jeune fils de Simonan, qui n’avait jamais soupçonné que celui qui l’avait entraîné dans cette imprudente aventure n’était pas son père mais un imposteur Métamorphe.

Eh oui, songea Valentin, Sleet était dans le vrai : il était effectivement étrange que le Coronal se présente presque en suppliant aux Barjazid quand son trône était une nouvelle fois en danger.

C’est presque par hasard qu’il était arrivé à Suvrael. Quand Valentin et sa suite avaient quitté Piurifayne, ils s’étaient dirigés vers la mer en faisant route vers le sud-est, car il eût manifestement été peu judicieux d’aller vers Piliplok la rebelle au nord-est et toute la partie centrale du littoral de Gihorna était dépourvue de villes et de ports. Ils débouchèrent finalement près de la pointe méridionale de l’est de Zimroel, dans une province isolée appelée Bellatule, une région humide au climat tropical, aux hautes herbes dentées et aux marécages pestilentiels infestés de serpents à plumes.

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