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Le Suicide français (ESSAIS DOC.) (French Edition)

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Le Suicide français (ESSAIS DOC.) (French Edition)
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Dès l’année suivante, Mitterrand engageait par ailleurs la France dans la première guerre du Golfe, sous les ordres du grand frère américain. Là encore, il semblait mettre ses pas dans ceux du général de Gaulle, en allié rétif défendant une autonomie stratégique et diplomatique, alors même qu’il commençait à les effacer. Il poursuivait en réalité le lent travail inauguré par son prédécesseur pour nous ramener au sein de ce que Nicolas Sarkozy appellerait plus tard la « famille occidentale ». De G5 giscardien en discours mitterrandien au Bundestag, de guerre du Golfe en guerre d’Afghanistan, en passant par le Kosovo et le bombardement de nos historiques alliés serbes, la France giscardienne, mitterrandienne, chiraquienne, se remit sous la férule du protecteur américain, lors d’interventions militaires contraires à nos alliances traditionnelles et à nos intérêts. La seule exception serait la coalition continentale nouée entre le Français Chirac, l’Allemand Schroeder et le Russe Poutine, contre la seconde guerre du Golfe en 2003 ; mais ce rêve gaullien d’une Europe de l’Atlantique à l’Oural ne fut qu’un feu de paille vite éteint, jusqu’à ce que Nicolas Sarkozy révèle en 2007 le sens profond de cet obscur travail souterrain : le retour dans les instances militaires intégrées de l’OTAN. Double paradoxe français : les officiers français revenaient aux côtés de leurs homologues occidentaux au moment où l’Organisation n’avait plus de raison d’être, privée d’ennemi par la dissolution du pacte de Varsovie ; Sarkozy trompetait son apostasie gaullienne au nom de l’Europe de la défense, chimère française que les autres nations européennes appellent OTAN. Mais alors, la France ne souhaitait plus tant mener une politique indépendante que devenir le fils préféré du père américain à la place du fils aîné britannique, dans un grand ensemble impérial que l’on pouvait qualifier de Saint Empire américano-germanique.

En 1989, l’incroyable et ironique coïncidence qui liait le bicentenaire de la Révolution française et la chute du mur de Berlin faisait une nouvelle fois basculer l’Histoire. Mitterrand et Kohl croyaient accomplir le rêve de Thomas Mann d’une Allemagne européenne en lieu et place d’une Europe allemande. Mais une fois digérée l’ancienne RDA, on se retrouva avec une Allemagne européenne dans une Europe allemande. L’Allemagne réunifiée retrouvait sa domination naturelle dans un ensemble confédéral, qui minait en revanche les fondements de l’État-nation à la française, dont la souveraineté farouche avait toujours été la seule protection contre les tentations et les fascinations de l’engloutissement impérial.

1.

Robert Laffont/Calmann-Lévy, 1995.

2.

Michel Maffesoli,

Les Nouveaux Bien-pensants

, éditions du Moment, 2014.

3.

Fayard, 2013.

4.

Gallimard, 2012.

5.

Gallimard, 2013.

6.

G. Kepel,

op. cit.

7.

Hugues Lagrange, dans la revue

Le Débat

, mars-avril 2012.

8.

Geography and Politics in a World Divided

, New York, Random House, 1963, p. 79-83.

9.

Halford John Mackinder,

Democratic Ideals and Reality : A Study in the Politics of Reconstruction

, Washington, National Defense University, 1919.

10.

Nouvelle Librairie nationale, 1920.

1991

10 janvier 1991

Évin for ever

Ce fut le cadeau de Noël des parlementaires. Adoptée juste avant la trêve des confiseurs, la loi Évin fut promulguée le 10 janvier 1991. Le ministre de la Santé, ami du Premier ministre Michel Rocard, était très fier d’avoir résisté à la pression des lobbies du tabac et de l’alcool. Ceux-ci pestèrent contre l’interdiction de vanter leurs produits à travers des publicités ou des parrainages de grands événements sportifs. Finis le cow-boy Camel ou le raid Gauloises. Puis ils s’habituèrent. Leurs bénéfices ne diminuèrent guère, le nombre de fumeurs ne réduisant pas, les jeunes remplaçant les vieux, les femmes les hommes, les Africains et Asiatiques les Occidentaux. Seuls les producteurs de vins souffrirent, mais sans que cela entraîne une réduction espérée de l’alcoolisme : la jeunesse française troqua le vin contre des alcools exotiques (whisky, vodka, etc.).

Même les fumeurs applaudirent en renâclant. Au « Nuit gravement à la santé », succédera le plus inquiétant « Fumer tue ». Mais on s’habitue à tout, même à l’idée de sa propre mort inscrite en lettres énormes sur un paquet de cigarettes.

Les derniers rebelles contestèrent la notion de tabagisme passif, avant d’être ensevelis sous les preuves scientifiques.

Les non-fumeurs respiraient. La loi confinait les fumeurs dans des espaces clos. On réinventait les fumoirs. Ces anciennes courtoisies avaient été assimilées à des reliquats ignominieux d’un monde bourgeois et très masculin. Les nouvelles générations avaient jeté l’ancienne civilité avec le vieux monde ; la grossièreté avait remplacé la politesse ; la goujaterie révolutionnaire avait balayé la distinction patricienne. Jusqu’à ce que les non-fumeurs fussent excédés de subir l’effronterie des fumeurs.

Claude Évin fut un précurseur. En France. Mais un lointain imitateur des Américains. Dès les années 1980, le tabac y était là-bas interdit dans tous les lieux publics, et les rues de New York donnaient ce spectacle, encore incongru à nos yeux de Français, de cohortes de fumeurs réchauffant leurs doigts noircis par la nicotine. Le chemin était tracé ; nous ne tarderions pas à l’emprunter, après avoir brocardé son puritanisme.

On ne s’arrêterait pas en si bon chemin. Les lois se multiplieraient, les campagnes dites de « santé publique » se succéderaient sans relâche ; il faudrait en finir avec la cigarette, réduire notre consommation d’alcool, manger cinq fruits et légumes par jour, marcher trente minutes par jour, bouger, mettre un préservatif pour éviter le sida, prévenir le cancer du sein et de l’utérus, surveiller son taux de cholestérol et sa tension, mettre sa ceinture de sécurité au volant, son casque à moto, réduire sa vitesse sur les routes. L’État voulait notre bien. Prenant appui sur le pouvoir médico-scientifique, les politiques investirent cette nouvelle sphère de compétences avec d’autant plus d’enthousiasme que le libéralisme ambiant – pas seulement économique – avait réduit leur domaine d’action. Le gouvernement Rocard était le premier de gauche à avoir accepté et même théorisé ce recul historique de l’État ; il lui appartenait d’inaugurer cette substitution. En 2002, à peine réélu, le président Chirac annoncera les trois priorités de son quinquennat qui s’ouvrait : lutte contre le cancer, lutte contre l’insécurité routière et insertion des handicapés ; des objectifs dignes d’un président de conseil général.

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