Purgatoire des innocents
- Автор: Giébel Karine
- Год: 2013
- Язык: французский
- Год: Éditions Fleuve Noir
- ISBN: 978-2265097841
- Жанр: Триллеры
Электронная книга - «Purgatoire des innocents». Краткое содержание книги:
Subjugué, Patrick suit chacun de ses gestes.
D’une voix mal assurée, Jessica commence sa lecture.
— Du milieu d’une forêt qui s’étendait à perte de vue, je crus voir à plus de trois lieues de moi, un petit clocher s’élever modestement dans l’air.
Rassurée par la teneur sage et bucolique du texte, Jessica prend de l’assurance.
— « Douce solitude, me dis-je, que ton séjour me fait envie ! Ce doit être là l’asile de quelques religieuses ou de quelques saints solitaires, uniquement occupés de leurs devoirs, entièrement consacrés à la religion, éloignés de cette société pernicieuse où le crime luttant sans cesse contre l’innocence, vient toujours à bout d’en triompher ; je suis sûre que toutes les vertus doivent habiter là. » J’étais occupée de ces réflexions, lorsqu’une jeune fille de mon âge, gardant quelques moutons sur ce plateau, s’offrit tout à coup à ma vue ; je l’interrogeai sur cette habitation, elle me dit que ce que je voyais était un couvent de récollets, occupé par quatre solitaires, dont rien n’égalait la religion, la continence et la sobriété…
Papa a fermé les yeux un instant, un vague sourire persiste sur ses lèvres fines. La voix de Jessica lui procure d’agréables frissons dans tout le corps.
— Émue du désir d’aller aussitôt implorer quelques secours aux pieds de cette sainte mère de Dieu, je demandai à cette fille si elle voulait venir avec moi ; elle me dit…
Dans l’autre cellule, paupières closes lui aussi, William écoute la voix cristalline de la jeune fille. Si les conditions étaient différentes, il pourrait trouver cela agréable.
— Jamais vu un tordu pareil ! murmure Raphaël.
— Moi non plus, répond son frère sans ouvrir les yeux. T’as déjà lu Sade ?
Raphaël le toise avec étonnement.
— Non, chuchote-t-il. Ils n’avaient pas ça à la bibliothèque de la prison… et toi ?
William hoche la tête.
— Pas étonnant qu’il aime ça ! Je suis sûr que ce malade, c’est la réincarnation de Sade ! Immonde…
— Mais pourquoi il ne va pas chercher son fric, putain de merde ? enrage Raphaël à voix basse.
— Je crois qu’il n’ira pas avant…
— Avant quoi ?
— Avant d’avoir eu ce qu’il voulait avec elle, conclut douloureusement William. Et il va prendre son temps, tu peux me croire…
— … que le père gardien, le plus respectable et le plus saint des hommes, non seulement me recevrait à merveille, mais m’offrirait même des secours, si j’étais dans le cas d’en avoir besoin. « On le nomme le révérend père Ra…
Jessica bute sur un mot, le sourire de papa s’élargit.
— Pourquoi t’arrêtes-tu ?
Elle reprend :
— « On le nomme le révérend père Raphaël, continua cette fille, il est italien, mais il a passé sa vie en France, il se plaît dans cette solitude et il a refusé du pape dont il est parent plusieurs excellents bénéfices ; c’est un homme d’une grande famille, doux, serviable, plein de zèle et de piété, âgé d’environ cinquante ans et que tout le monde regarde comme un saint dans le pays. »
Jessica lève les yeux sur Patrick.
— Eh oui, un des personnages principaux de ce passage s’appelle Raphaël, sourit papa. Comme ton ami, qui t’écoute, juste derrière ce mur. Lui et son frère t’entendent, tu sais… Continue, maintenant.
— … au bout d’une heure de chemin depuis l’instant où j’ai entendu la cloche, j’aperçois enfin quelques haies et bientôt après le couvent.
Sandra est assise dans le petit bureau, face aux deux écrans.
Elle n’a pas le droit d’être là, domaine réservé de son oncle.
D’ailleurs, c’est la première fois qu’elle brave cet interdit. Qu’elle commet cette faute.
Elle écoute Jessica lire innocemment les aventures de Sophie. Mais elle ne la regarde même pas.
— La cabane d’un frère jardinier touchait aux murs de l’asile intérieur, et c’était là qu’on s’adressait avant que d’entrer. Je demande à ce saint ermite s’il est permis de parler au père gardien…
C’est l’écran de gauche qui monopolise toute son attention.
— Quelques minutes après j’entendis qu’on ouvrit l’église, et le père gardien, s’avançant lui-même à moi vers la cabane du jardinier, m’invita à entrer avec lui dans le temple. Le père Raphaël était…
C’est Raphaël que Sandra regarde. Comme hypnotisée.
— … mince, assez grand, d’une physionomie spirituelle et douce, parlant très bien le français quoique d’une prononciation un peu italienne, maniéré et prévenant au-dehors…
Elle voit qu’il échange avec William mais ne peut entendre ce qu’ils se disent, tellement ils parlent à voix basse.
— « Mon enfant, me dit gracieusement ce religieux, quoique l’heure soit absolument indue et que nous ne soyons point dans l’usage de recevoir si tard, j’entendrai cependant votre confession… »
Papa fixe la bouche de Jessica, ses lèvres charnues, roses, humides. D’où vont bientôt sortir les pires horreurs.
La plus belle des littératures, juge-t-il.
— … je m’ouvris entièrement à lui, et avec ma candeur et ma confiance ordinaires je ne lui laissai rien ignorer de tout ce qui me concernait.
— Tu lis très bien, complimente Patrick.
— Merci, monsieur.
— Continue.
— Oui… Le père Raphaël m’écouta avec la plus grande attention, il me fit répéter même plusieurs détails avec l’air de la pitié et de l’intérêt… et ses principales questions portèrent à différentes reprises sur les objets suivants : S’il était bien vrai que je fusse orpheline et de Paris. S’il était bien sûr que je n’avais plus ni parents, ni amis, ni protection, ni personne à qui j’écri… visse. S’il était constant que je fusse… vierge et que je n’eusse que vingt-deux ans.
Jessica s’arrête, un spasme nerveux commence à agiter l’une de ses jambes alors qu’elle était parvenue à se détendre un peu.
— C’est le mot vierge qui t’arrête ? demande papa.
— Non… Je suis fatiguée, c’est tout.
— Bien sûr. Mais continue, s’il te plaît.
Elle se rappelle les conseils prodigués par Raphaël. Le vrai Raphaël. Ne pas lui résister, sinon il me fera plus mal encore. Se faire docile, obéissante…
— D’accord… « Eh bien, me dit le moine en se levant, et me prenant par la main, venez, mon enfant ; il est trop tard pour vous faire saluer la Vierge ce soir, je vous procurerai la douce satisfaction de communier demain aux pieds de son image, mais commençons par songer à vous faire ce soir et souper et coucher. » En disant cela, il me conduisit vers la sacristie. « Eh quoi, lui dis-je alors avec une sorte d’inquiétude dont je ne me sentais pas maîtresse, eh quoi, mon père, dans l’intérieur de votre maison ? » « Et où donc, charmante pèlerine, me répondit le moine, en ouvrant une des portes du cloître donnant dans la sacristie et qui m’introduisait entièrement dans la maison… Quoi, vous craignez de passer la nuit avec quatre religieux ? Oh, vous verrez, mon ange, que nous ne sommes pas si bigots que nous en avons l’air et que nous savons nous amuser d’une jolie fille. » Ces paroles me firent tressaillir…