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Purgatoire des innocents

Электронная книга - «Purgatoire des innocents». Краткое содержание книги:

Je m'appelle Raphaël, j'ai passé quatorze ans de ma vie derrière les barreaux. Avec mon frère, William, nous venons de dérober trente millions d'euros de bijoux. Ç'aurait dû être le coup du siècle, ce fut un bain de sang. Deux morts, un blessé grave. Le blessé, c'est mon frère. Alors, je dois trouver une planque où il pourra reprendre des forces.
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Si je sors d’ici, il faudra que papa et maman ne sachent jamais la vérité.

Il faudra que je me taise. À jamais.

Elle touche son ventre, encore intact, resserre ses jambes l’une contre l’autre. Comme s’il était encore dans cette chambre.

Elle sait qu’il reviendra. Qu’il recommencera. Qu’il lui demandera plus. Toujours plus.

La porte du couloir grince, elle ne réagit pas.

Ce n’est pas l’heure du prédateur.

Sandra se présente dans la pièce, avec une petite bouteille d’eau et un sandwich sous cellophane.

Ses horribles sandwichs au jambon.

Elle voit le vomi sur le sol, fixe la jeune fille avec rage.

Puis lui assène une gifle retentissante.

— Sale petite garce ! Tu crois que je suis là pour nettoyer ta merde ?

— Je peux nettoyer, si vous voulez, murmure Jessica.

Sandra détache la prisonnière.

— Je peux aller me laver, s’il vous plaît ?

— Dépêche-toi ! aboie Sandra. J’ai pas que ça à faire, m’occuper de toi ! Et ensuite, tu feras le ménage.

Jessica file vers la salle de bains, Sandra ouvre la fenêtre et s’appuie sur le rebord. Patrick a remplacé la vitre cassée, bien sûr.

Elle ferme les yeux, laisse un timide rayon de soleil réchauffer sa peau.

Un instant, elle se demande si elle ne doit pas oublier de refermer cette fenêtre. Et oublier de rattacher Jessica aux barreaux du lit.

Si elle fait ça, il la tuera. Ou pire, encore.

Si elle fait ça, ils iront en prison. Jusqu’à la fin de leur vie.

Une autre prison. D’autres geôliers.

Il est trop tard. Bien trop tard pour faire demi-tour.

Aucune marche arrière possible.

« Ne me trahis jamais. »

Alors, elle entre dans la salle d’eau où Jessica est en train de se sécher. Elle effleure son visage, pose une main sur son épaule.

— C’est rien, ma chérie. Rien du tout… Tout s’arrangera, tu verras.

— Vous allez m’aider, madame ? Vous allez lui dire d’arrêter ?

Sandra caresse ses cheveux emmêlés. D’une incroyable douceur. Elle songe alors à la seringue plantée dans le bras de Raphaël.

La solution, la libération. Aucune souffrance, ou presque.

Elle a échoué avec lui, pourrait peut-être réussir avec Jessica.

Ç’aurait l’air d’une mort naturelle.

Sauf que Patrick est toujours à l’affût. Confortablement installé derrière son écran d’ordinateur, avec une vue panoramique sur les événements.

Une caméra dans chaque pièce. Un système qu’il a mis en place des années en arrière pour pouvoir surveiller à distance ses colombes.

Il passe des heures à les regarder dormir, trembler ou pleurer.

Des heures à se mettre en appétit.

Certes, il n’a pas la vue sur la salle de bains, mais…

La nuit, peut-être ? Pendant qu’il dort profondément.

C’est la première fois que Sandra y songe. Qu’elle a envie que tout cela s’arrête.

Elle sait que c’est à cause de lui.

Raphaël.

Qu’a-t-il fait bouger en elle ? Qu’a-t-il déclenché ?

Il a bousculé le monstre, réveillé la vraie Sandra, morte depuis si longtemps.

— Vous allez m’aider, madame ? répète Jessica.

— Je te promets d’essayer, chuchote Sandra.

— Vous êtes prisonnière, vous aussi ?

La gamine se colle contre elle, la serre dans ses bras fatigués. Sandra recule précipitamment comme si on venait de la brûler.

— Retourne sur ton lit, faut que je te rattache.

*

17 h 10

Raphaël se lève, difficilement.

Chaque mouvement lui rappelle à quel point il est dans un état physique désastreux.

Son poignet entravé le fait pencher sur le côté gauche.

Il pisse dans leur pot de chambre, un seau en plastique sur lequel est posée une planche. William tourne la tête de l’autre côté, simple réflexe de pudeur.

Raphaël retombe sur son matelas défoncé, commence à se gratter la jambe. Il s’acharne, jusqu’à s’arracher la peau.

— Arrête, conseille William.

— J’y peux rien, ce matelas doit être plein de puces ou je sais pas quoi… Bordel !

— Je sais, soupire son frère. J’ai les mêmes ! Et ça m’étonnerait que l’autre salopard nous laisse nous laver encore une fois…

Raphaël le toise d’un sourire narquois.

— Tu peux toujours lui demander, balance-t-il. Depuis que tu t’allonges dès que tu le vois, il t’a à la bonne !

— Dis pas ça, Raph… J’avais pas le choix, tu le sais très bien. Fallait que ça s’arrête.

Son frère fixe la fenêtre. Verdure à perte de vue.

— Et puis c’est toi qui as appelé Pierrot, je te signale.

— Au point où on en était ! riposte le braqueur. Ça changeait plus grand-chose. Et je vois pas pourquoi tu te serais soustrait à la torture et que c’est cette pauvre gamine qui aurait dû payer à ta place.

— Tu pourrais lui filer un coup de main pour les bijoux, ose William. Peut-être qu’on pourrait négocier avec lui…

Les mâchoires de Raphaël se crispent.

— Négocier avec ce chien ? Parce que tu crois encore que tu vas pouvoir sauver ta jolie petite gueule ?

— Mais…

— La ferme ! ordonne Raphaël.

— Laisse-moi parler ! s’insurge son frère. Pourquoi c’est toi qui déciderais de tout, hein ?

Raphaël fait l’effort de se remettre debout. Il fixe désormais son frère avec quelque chose qui ressemble à un profond mépris.

Puis, sans sommation, il lui décroche un coup de poing en pleine mâchoire. Une droite assassine qui l’assomme littéralement.

Le jeune homme met près d’une minute à reprendre ses esprits tandis que Raphaël digère la douleur infligée une fois encore à ses phalanges.

— T’es devenu fou, merde… Qu’est-ce qui te prend ?

— Voilà pourquoi c’est moi qui décide, assène le braqueur. Parce que t’es rien qu’une merde. Et si tu continues à collaborer avec cette ordure, c’est moi qui t’achève. Clair ?

William recule tant qu’il peut sur son matelas, pour se mettre hors de portée. Puis il contre-attaque. Des larmes plein les yeux, du sang plein la bouche.

— J’essaie juste de sauver notre peau !

— Ma peau n’a pas besoin de toi. On est condamnés, je te l’ai déjà dit. Et si tu veux crever en trouillard, c’est ton problème. Mais ce ne sera pas mon cas. Tu te comportes comme une mauviette, tu me fais honte.

Raphaël se pose à nouveau sur son matelas pouilleux, tournant carrément le dos à son frère.

Dix minutes plus tard, la porte du couloir leur annonce une visite.

Papa est de retour.

Après une bonne sieste, sans doute.

— Alors les filles, on fait la gueule ? Quelle ambiance !

Il s’approche de William, fronce les sourcils.

— Qu’est-ce qui t’est arrivé, fiston ? Tu t’es pris le mur en face ?

Le jeune homme ne répond pas, il se contente d’éponger avec sa manche le sang qui continue à couler de sa bouche.

— Réfléchissons, poursuit Patrick. Qui peut bien t’avoir amoché de la sorte ? Hmm… Ce ne serait pas ton grand frère adoré, par hasard ? Ton héros ?

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