Purgatoire des innocents
- Автор: Giébel Karine
- Год: 2013
- Язык: французский
- Год: Éditions Fleuve Noir
- ISBN: 978-2265097841
- Жанр: Триллеры
Электронная книга - «Purgatoire des innocents». Краткое содержание книги:
Raphaël, figé devant le tombeau. Qui refuse de pleurer, tandis que William fond en larmes juste à côté de lui.
Maman, je sais que c’est moi qui t’ai tuée. Assassinée, même. Je sais à quel point je t’ai fait souffrir. À quel point j’ai été un mauvais fils.
Je sais tout ça.
J’espère seulement que tu m’avais pardonné avant de mourir.
Ma chère maman… je te promets que je veillerai sur Will.
Repose en paix, maintenant.
Le cercueil descend lentement, maintenu par les cordes. Par des hommes en noir.
La gorge de Raphaël se serre, jusqu’à ce qu’il n’arrive plus à respirer.
William lui confie une rose, Raphaël la jette dans la tombe, reste un instant immobile. Les yeux rivés sur cette boîte en bois.
Les yeux rivés sur la mort.
C’est à cet instant qu’il réalise. Qu’il réalise vraiment. Qu’il ne la reverra plus jamais.
Qu’il ne la prendra plus jamais dans ses bras pour la soulever du sol et la faire tourner dans les airs.
Qu’il ne sentira plus son odeur, son parfum. Qu’il n’entendra plus sa voix, même plus ses reproches.
Qu’il n’a pas su la rendre heureuse. La rendre fière.
Qu’il n’a pas été à la hauteur.
Qu’il est trop tard.
C’est à cet instant qu’il essaie de se souvenir si un jour il lui a dit.
À quel point il l’aimait. À quel point il l’admirait.
Mais déjà, les gendarmes l’entraînent vers le fourgon. Il a à peine le temps d’embrasser son frère, de l’abandonner à son chagrin.
Son frère, qui doit se débrouiller seul, désormais.
Mauvais fils, mauvais frère.
Les kilomètres, en sens inverse. Des heures et des heures, sous cette putain de pluie.
Raphaël n’a pas versé une larme. Pourtant, son chagrin est immense.
Il attendra d’être dans son cachot pour se laisser aller. Entre deux rondes, il pourra chialer, autant qu’il voudra.
Mais pas ici. Pas devant eux.
En début de soirée, le fourgon arrive devant la centrale, Raphaël est fouillé puis reconduit jusqu’à sa cellule.
En chemin, il croise le directeur venu assister au retour du détenu.
— Alors, monsieur Orgione, vous êtes content ?
Mercredi 12 novembre
CHAPITRE 52
8 h 15
Sandra abandonne Jessica sur son lit, ferme la porte à double tour. En sortant de l’annexe, elle tombe nez à nez avec Patrick.
— Je vais faire une course, annonce-t-il. J’en ai pour deux heures.
— D’accord.
— N’oublie pas d’appeler ta remplaçante.
— Bien sûr, compte sur moi.
Il grimpe dans le Qashqai, quitte la propriété.
Dès qu’il a disparu sur la route, Sandra se précipite dans la cuisine et prépare du café. Pendant que la cafetière se remplit, elle fourre dans un panier quelques vivres, le paquet de Marlboro qu’elle a religieusement conservé, ainsi que des gobelets et du sucre.
Puis elle se hâte de retourner dans la petite maison.
Sa main tremble légèrement lorsqu’elle tourne la clef dans la serrure.
William est surpris de la voir apparaître sur le seuil. Il a les yeux rougis par la fatigue, les traits tirés. Il parvient tout de même à lui adresser ce qui ressemble à un sourire. Soulagé, sans doute, que ne soit pas son oncle qui leur rende visite.
Raphaël, allongé sur son matelas de fortune, se redresse doucement, aussi étonné que son frère.
Sandra pose le panier entre eux deux, en sort un thermos de café, deux gobelets et la nourriture qu’elle a apportée.
Tout cela sans un mot.
— Il s’est absenté ? suppose Raphaël d’une voix brisée.
— Oui.
— C’est gentil de penser à nous, ajoute William.
— Il va falloir faire vite, précise Sandra en remplissant les gobelets. Ça va vous réchauffer…
Elle sert d’abord Raphaël, plaçant un verre bouillant dans sa main martyrisée. Elle en sert un autre, y ajoute du sucre, puis le tend à William.
— Merci, dit le jeune homme.
— Il y a à manger, aussi. Et tes cigarettes…
Raphaël masque son contentement derrière son air de truand. Un vague sourire illumine son visage.
Il savait qu’elle braverait le danger pour revenir le voir.
Il savait qu’il ne lui était pas indifférent.
— Comment va ton œil ? Laisse-moi regarder ça…
Elle s’agenouille devant lui, l’ausculte.
— Ça s’arrange doucement.
— Tant mieux. Mais comme je vais crever, ça n’a vraiment aucune importance.
— J’aime ce qui cicatrise.
Sandra allume une cigarette, la lui donne.
— Et moi ? quémande William.
— Ça vient, répond Sandra en embrasant une seconde Marlboro.
Ils fument, boivent leur café, savourant ce plaisir simple. Cette parenthèse qui leur redonne un semblant d’espoir.
— Pourquoi tu es venue ? demande alors Raphaël.
Il déchiffre la réponse dans ses yeux.
La réponse qu’il espérait.
Il pose son gobelet sur le sol, s’approche d’elle un peu plus. Elle esquisse un léger mouvement de recul, mais il parvient à caresser son visage, à passer la main derrière sa nuque et à l’attirer doucement vers lui.
Elle résiste, un peu.
Jusqu’au moment où elle cède. Et se retrouve contre lui.
Il l’embrasse. Comme aucun homme ne l’avait jamais fait.
Le temps se suspend, elle a l’impression d’être une autre femme. Dans une autre vie. Un autre monde.
À son tour, elle touche son visage, le prend entre ses mains.
Elle en veut encore, il se laisse faire.
William, lui, préfère détourner son regard. Quelque chose le gêne.
Voir son frère embrasser cette femme.
Cette femme, complice des horreurs qu’il entend depuis des jours, de l’autre côté du mur. Et bien plus, encore.
Même s’il sait que Raphaël est en service commandé, qu’il ne fait qu’exécuter leur plan et essayer de sauver leur peau, il est trop mal à l’aise pour assister à la scène.
— Hier, tu as essayé de me tuer, rappelle doucement Raphaël. Aujourd’hui, qu’est-ce que tu veux ?
— Je ne sais pas.
— Me sauver la vie ?
— Je ne peux pas.
— Bien sûr que si, tu peux.
Le sourire qu’elle affiche alors le blesse. Un sourire qui a quelque chose de désinvolte.
On dirait qu’elle s’amuse. Qu’elle joue simplement à désobéir à papa.
Et que Raphaël est son jouet.
— Si je te libère, je ne te verrai plus.
Il s’écarte d’elle, appuie son dos fatigué contre le mur froid.
— En effet, dit-il. Mais si tu ne me libères pas, tu ne me verras plus non plus. Puisque je serai mort.
— Au moins, je pourrai aller sur ta tombe tous les jours ! plaisante-t-elle. Tu seras juste à côté !
Elle rit comme une enfant.
William ferme les yeux sur sa douleur. Son désespoir.
— Tu as envie que je meure ? demande encore le braqueur.
Elle hausse les épaules.