Purgatoire des innocents
- Автор: Giébel Karine
- Год: 2013
- Язык: французский
- Год: Éditions Fleuve Noir
- ISBN: 978-2265097841
- Жанр: Триллеры
Электронная книга - «Purgatoire des innocents». Краткое содержание книги:
— Faut croire que j’ai trouvé la sienne.
— Tu es horriblement présomptueux.
— Et toi, horriblement lâche. Une vraie merde. Violer une gamine, cogner sur ta femme… Ou plutôt sur ta fille, non ? J’en ai croisé des ordures, dans ma vie. Mais des comme toi… !
Papa a toujours le doigt sur le piston. William supplie son frère des yeux.
Arrête-toi avant qu’il ne soit trop tard.
Le sourire de papa persiste. Barrière infranchissable.
— Tu veux crever, c’est ça ?
— Ça ne me fait pas peur, prétend le braqueur. Mais tu ne me tueras pas. Tu viens de le dire : tu as besoin de moi.
— C’est vrai, admet Patrick. Par contre, je n’ai absolument plus besoin de ton frangin…
CHAPITRE 50
— À quoi pourrait bien me servir ton frère, maintenant ? interroge papa. J’ai la petite Jessica, à la place. Tu vendrais ta mère pour que je ne la touche pas… Sauf que c’est un peu tard : je l’ai déjà touchée.
Papa arrache la seringue du bras, Raphaël se retient de crier.
Son cœur se désaxe, s’emballe.
Patrick lui fait un clin d’œil avant de s’approcher de William qui se colle dos au mur.
— Le T61 est un mélange de trois molécules, explique papa d’un ton académique. Un narcotique qui inhibe le système nerveux central, un produit curariforme et un analgésique local. Normalement, ça marche très bien. Une mort très propre. Mais parfois… Parfois, les derniers instants ne sont pas aussi tranquilles que prévus.
William n’arrive déjà plus à respirer alors pourtant que l’aiguille n’est pas encore dans sa veine.
— Tout dépend à quelle vitesse on injecte le produit. Sandra est experte en la matière, mais moi… Ce n’est pas ma spécialité ! Tu vois, fiston, je vais tenir ma promesse : une petite piqûre, et hop. Terminé. Plus de Will.
Raphaël pose le bout de son pied sur la batte de base-ball, tente de la faire avancer jusqu’à sa main. Mais l’arme roule dans le sens inverse.
— Tu perds ton temps, champion, prévient papa sans même se retourner. Tu es trop loin pour m’atteindre…
— Si tu m’injectes ce truc, tu ne sauras jamais où habite notre pote ! s’écrie soudain William. Je connais mon frère : si tu me butes, il ne te dira plus rien ! Plus un mot ! Tu pourras faire toutes les saloperies que tu veux à la petite, ça n’y changera rien !
Papa fait tournoyer la seringue entre ses doigts.
— T’es sûr de toi, fiston ? Moi, j’ai comme l’impression que ton frère ne t’aime plus beaucoup… Je crois que tu l’as déçu.
— Rien à foutre de l’avoir déçu ! enrage William.
— Je crois qu’il n’a pas digéré que tu me vendes la mèche.
— Raison de plus pour qu’il ne te révèle pas où trouver ce fric. Il a la tête dure, tu peux me croire. Moi, par contre, je sais où il est. Et il se pourrait bien que j’aie encore des choses à te raconter… Quand tu auras récupéré ce blé, tu verras que tu peux me faire confiance.
Patrick adresse un sourire méprisant au jeune homme, vide la seringue dans leur seau avant de la mettre dans sa poche.
Puis il ramasse la batte qui a roulé jusqu’au mur, la fait rebondir dans le creux de sa main.
— Tu veux jouer avec moi, champion ?
Raphaël serre les mâchoires, détourne son regard.
— Non, dit-il.
— Tu te ramollis, dis donc !
Patrick ricane, puis quitte enfin la pièce.
Lorsque la porte claque, William respire à nouveau.
— Putain… J’ai bien cru qu’il allait me finir !
— Il ne nous tuera pas tant qu’il n’aura pas son blé, assure Raphaël.
Son cœur bat toujours trop vite, il essaie de se calmer.
— Bientôt, il pleurera toutes les larmes de son corps, murmure-t-il. Bientôt, mon frère…
Sandra est prostrée dans la cuisine, en train de fumer une cigarette, lorsqu’il la rejoint.
Patrick envoie le paquet de Marlboro contre le mur, dans un mouvement de rage silencieux.
— Tu es seulement censée leur apporter une bouteille d’eau, dit-il en fixant Sandra. Pourquoi a-t-il eu le temps de te parler ?
— Je… je soignais son œil.
— Ah oui ? rétorque papa.
Sandra se ratatine sur sa chaise.
— Si ça s’infecte, ça peut…
— J’en ai rien à foutre qu’il perde son œil ! De toute façon, dans quelques jours, je l’achève !
Il vient de hurler.
Il ne hurle jamais, ou presque.
Mauvais augure.
Il la soulève de sa chaise et la plaque contre le mur.
— Dis-moi plutôt que tu aimes passer du temps avec lui… Allez, avoue !
— Non ! Non, je te jure !
— Qu’est-ce qu’il t’a fait, pendant que je n’étais pas là, hein ? Il t’a sautée, c’est ça ?
— Mais non ! gémit Sandra.
— Bien sûr que si, fulmine papa. Et tu t’es laissé faire…
Sandra n’essaie même pas de se dégager. Elle attend juste qu’il passe sa colère sur elle, comme à chaque fois.
— Je te jure que je vais le massacrer de mes propres mains… Et si tu retournes lui parler, tu auras affaire à moi. Je t’interdis d’entrer dans cette pièce, c’est clair ?
— Oui, murmure Sandra. Je n’y retournerai pas.
Enfin, papa sourit. Il a gagné.
Le plus fort, comme toujours.
Alors, il la prend dans ses bras, la serre contre lui.
— Il a deviné, ajoute Sandra.
— Quelle importance ? Bientôt, il sera sous terre. Et tu l’auras oublié.
Sandra pose son front contre l’épaule de son oncle. Son oncle, qui a joué le rôle de père, avant de jouer celui d’amant, de mari. Son univers, son seul repère.
Elle respire son parfum, un peu entêtant. Se souvient de celui de Raphaël, beaucoup plus subtil.
Elle se souvient de son étreinte, beaucoup plus forte.
— Tu sais que je t’aime, ma douce ? Tu le sais, n’est-ce pas ?
— Oui.
— Alors ne me trahis pas. Ne me trahis jamais.
11 h 20
Elle regarde ses pieds nus qui se balancent au-dessus du carrelage beige.
Sa main libre enroule une mèche de cheveux sales.
Si sales.
Tout est sale, ici.
Tout est sale, désormais. Ici et ailleurs.
Sa main libre est planquée sous l’horrible couverture.
Sa main, sale. Qu’elle n’a même pas pu laver.
Elle a repéré une bouteille d’eau de Javel dans la salle de bains, elle aimerait pouvoir se rincer la bouche avec. Et même l’avaler.
Elle regarde ces traces, immondes, sur sa tunique. Ce plaisir, indécent, qu’il a déversé sur elle.
Elle n’avait pas le choix. Elle n’a fait que subir.
Alors, pourquoi se sent-elle coupable ?
Si elle ne l’avait pas fait, il s’en serait pris à Raphaël, ou à William.
Si elle ne l’avait pas fait, il l’aurait forcée.
Mais de toute façon, il l’a forcée.
Le regard de Jessica s’attarde sur la tache brune qui enlaidit encore plus le sol. Ce qu’elle a vomi cette nuit. Parce qu’elle ne pouvait pas faire autrement.
Si je sors d’ici, personne ne doit savoir ce que j’ai fait avec lui.