Purgatoire des innocents
- Автор: Giébel Karine
- Год: 2013
- Язык: французский
- Год: Éditions Fleuve Noir
- ISBN: 978-2265097841
- Жанр: Триллеры
Электронная книга - «Purgatoire des innocents». Краткое содержание книги:
Raphaël réalise alors qu’il l’a vraiment bousculée. Il ne reconnaît plus la femme qu’il a prise en otage.
Ce monstre de sang-froid.
Elle est en train de changer. De se muer en autre chose. De régresser, peut-être.
— Ne ris pas, s’il te plaît. Réponds simplement à ma question, prie-t-il.
— Des fois oui, des fois non.
— Ce n’est pas une réponse. Si tu laisses faire ton père, je…
— Ce n’est pas mon père ! s’écrie Sandra.
— Qui est-il, alors ? Ton oncle ?
— Oui, admet-elle en baissant honteusement les yeux.
— Bon, si tu laisses faire ton oncle, Will et moi, on va mourir. Tu es consciente de ça ?
— Je t’avais dit de t’enfuir, rappelle Sandra. Je t’avais prévenu.
Patrick traverse le village, n’oubliant pas de saluer les vieux attablés au café ou qui vont chercher leur pain à l’unique boulangerie. Il croise alors une cliente de Sandra, agricultrice d’une trentaine d’années.
— Comment ça va, aujourd’hui, m’sieur Thuillier ?
— Très bien, charmante créature !
Elle rit de cet éloge, ils se font la bise.
— Ah vous, vous êtes si gentil ! Toujours le compliment à la bouche. Elle a bien de la chance votre femme…
Patrick se penche pour poser une main affectueuse dans les cheveux de la petite fille qui suit sagement sa mère. Il caresse doucement son visage de poupée.
— Qu’est-ce que tu as grandi, ma chérie ! Ça te fait quel âge, maintenant ?
— 6 ans, répond Madeleine.
Patrick s’imagine en train de la prendre. Ça lui procure une terrible décharge électrique à l’entrejambe.
— Elle est tellement mignonne. Elle sera aussi belle que sa maman.
Et peut-être qu’un jour, elle sera à moi, espère-t-il.
Mais il évite de chasser sur ses propres terres. Règle de base.
Alors, cette adorable enfant lui échappera sans doute pour aller se gâcher dans les bras du premier venu. Un ado aussi boutonneux qu’inexpérimenté, qui ne saura même pas savourer les prémices qu’elle lui offrira.
Mais il ne faut jamais s’avouer vaincu. Car cette gamine promet vraiment d’être ravissante.
Il discute un moment avec la mère avant de se rendre à la quincaillerie du bourg, peut-être la dernière du genre dans le pays.
Il est venu récupérer les outils qu’il a commandés récemment.
Papa a toujours eu l’âme d’un bricoleur.
— Qu’est-ce que tu as sur le feu ? demande le propriétaire du magasin.
— Je dois réparer l’enclos des canassons, soupire papa.
— Bon courage ! sourit le commerçant.
Toujours aussi affable, Patrick le remercie, lui souhaite une bonne journée et remonte enfin dans sa voiture.
Tout le monde le connaît, ici. Tout le monde le respecte et l’apprécie.
Il est si prévenant, si poli. Tellement souriant et discret.
L’homme parfait.
Il remonte vers la ferme, appuie sur l’accélérateur.
Finalement, il n’en a pas eu pour deux heures. Même pas pour une demi-heure.
Il s’arrête avant la piste, termine à pied et grimpe avec agilité sur la première branche d’un arbre, depuis laquelle il a une vue parfaite sur l’entrée de la maison.
— Et si je t’emmenais avec moi ? fait Raphaël.
Sandra reste stupéfaite par cette proposition.
— Tu dis ça pour que je te détache et ensuite, tu me laisseras là. Ou tu me tueras.
— Non. Je n’ai qu’une parole et tu le sais. Si tu nous aides, je t’emmène avec moi.
Méfiante, elle le dévisage, cherchant le mensonge au plus profond de son œil. Mais elle ne le débusque pas.
— Je ne peux pas partir d’ici. Je ne peux pas l’abandonner.
— Tu l’aimes ?
— Bien sûr, répond-elle comme si c’était une évidence.
— Tu aimes ce type qui te cogne à la moindre occasion ? Ce type qui t’a certainement violée quand tu n’étais encore qu’une gamine… Tu ne sais pas de quoi tu parles. Tu ne sais pas ce que c’est que l’amour !
Sandra recule précipitamment. Elle se relève, comme si elle avait un animal féroce devant elle.
— Pardon, dit Raphaël. Je n’aurais pas dû dire ça.
Elle regroupe ses affaires à la va-vite, ne laissant aucune trace de sa visite.
— Sandra, excuse-moi, répète le braqueur. Je voulais juste qu’on parle, tous les deux…
Mais elle fait comme si elle ne l’entendait plus et se hâte de quitter la pièce.
Raphaël balance un coup de pied dans le vide. William le regarde avec abattement.
— Tu n’as rien à te reprocher, dit-il. Cette fille est complètement barrée. Plus givrée qu’un iceberg.
— J’y étais presque, fulmine son frère. Merde !
— Jamais elle ne nous aidera de son plein gré, prédit William. Elle est entièrement sous la coupe de ce malade mental.
— La preuve que non, puisqu’elle a risqué une branlée en venant nous voir ce matin…
— Tu feras un autre essai, la prochaine fois.
— S’il y a une prochaine fois…
Papa sourit lorsqu’il voit Sandra sortir de l’annexe et revenir, d’un pas pressé, vers leur maison.
— Qu’est-ce que tu as dans ton panier, mon enfant ? murmure-t-il.
Il descend de sa branche, rejoint la route pour aller récupérer sa voiture. Il patiente encore une dizaine de minutes avant de se décider à rentrer au bercail.
Il trouve sa nièce dans la cuisine, en train de faire la vaisselle. Il se colle contre elle, sent qu’elle se contracte lorsqu’il l’enlace.
Il l’embrasse dans la nuque et lui murmure à l’oreille :
— Papa est rentré, ma douce.
— Tu as trouvé ce qu’il te fallait ?
— Bien sûr.
Il se sert un café, s’attable derrière elle et continue à l’observer.
— Au fait, dit-il, j’ai amélioré mon système de surveillance.
— Ah bon ?
— Oui… Maintenant, les disques durs enregistrent les images. Comme ça, je peux visionner tout ce qui s’est passé pendant que je n’étais pas là.
Sandra lâche l’assiette qu’elle tient dans les mains. Elle tape contre le bord de l’évier avant de se fracasser sur le sol.
— Eh bien, ma douce, qu’est-ce qui t’arrive ? dit Patrick en souriant. Tu m’as l’air bien nerveuse !
— R… Rien, dit-elle en ramassant les morceaux. Rien du tout.
— Tu es allée voir ton ami, ce matin ? Pendant que je n’étais pas là ?
Sandra referme la poubelle sous l’évier, son cœur est en plein saut périlleux. Lui non plus ne va pas tarder à faire une mauvaise chute.
— Je t’ai posé une question, ma chérie.
— Je… J’ai entendu.
— Et j’attends une réponse. Qui devrait être facile, a priori.
— Je… Lorsque je suis sortie de la chambre de Jessica, Will m’a appelée…
— Will ?
— William, s’empresse de rectifier Sandra. Il m’a crié au travers de la porte qu’il avait besoin de moi, qu’il ne se sentait pas bien.
— Et qu’avait-il donc, ce brave petit ?
— Rien de bien méchant, je crois. À mon avis, une simple crise d’angoisse.
— Vraiment ? ricane papa. J’ai hâte de voir ça sur mes écrans…
Sandra panique, tord ses mains l’une dans l’autre.