Pot-bouille
- Автор: Золя Эмиль
- Серия: les rougon-macquart #10
- Язык: французский
- Жанр: Классическая проза
Электронная книга - «Pot-bouille». Краткое содержание книги:
-Hein? je compte sur vous. Nous sommes en noce, Trublot nous attend en bas.... Moi, je me fiche d'Eleonore. Mais je ne veux pas la voir et je file devant, pour qu'on ne nous rencontre pas ensemble.
Il descendit. Cinq minutes plus tard, Octave, ravi du denouement de l'aventure, le rejoignait. Il se glissa dans le fiacre, et le melancolique cheval qui venait de promener le mari pendant sept heures, les traina en boitant jusqu'a un restaurant des Halles, ou l'on mangeait des tripes etonnantes.
Duveyrier avait retrouve Theophile au fond du magasin. Valerie rentrait a peine, et tous trois causaient, lorsque Clotilde elle-meme arriva, de retour d'un concert. Elle y etait d'ailleurs allee bien tranquille, certaine, disait-elle, d'une solution satisfaisante pour tout le monde. Puis, il y eut un silence, un embarras entre les deux menages. Theophile, du reste, pris d'un acces de toux abominable, crachait ses dents. Comme tous avaient interet a se reconcilier, ils finirent par profiter de l'emotion ou les jetait les nouveaux ennuis de la famille. Les deux femmes s'embrasserent, Duveyrier jura a Theophile que la succession du pere Vabre le ruinait, et il promit pourtant de l'indemniser, en lui abandonnant ses loyers pendant trois ans.
-Il faut aller rassurer ce pauvre Auguste, fit enfin remarquer le conseiller.
Il montait, lorsque des cris terribles d'animal qu'on egorge partirent de la chambre a coucher. C'etait Saturnin qui, arme de son couteau de cuisine, avait penetre jusqu'a l'alcove, en etouffant le bruit de ses pas. Et la, les yeux rouges comme des braises, la bouche ecumeuse, il venait de se jeter sur Auguste.
-Dis, ou l'as-tu fourree? criait-il. Rends-la-moi, ou je te saigne comme un cochon!
Le mari, tire en sursaut de sa somnolence douloureuse, voulut fuir. Mais le fou, avec la force de l'idee fixe, l'avait empoigne par un pan de sa chemise; et, le recouchant, lui posant le cou au bord du lit, au-dessus d'une cuvette qui se trouvait la, il le maintenait dans la position d'une bete a l'abattoir.
-Hein? ca y est, cette fois.... Je te saigne, je te saigne comme un cochon!
Heureusement, on arrivait et on put degager la victime. Il fallut enfermer Saturnin, pris de folie furieuse. Deux heures plus tard, le commissaire, averti, le faisait conduire pour la seconde fois a l'asile des Moulineaux, avec le consentement de la famille. Mais le pauvre Auguste restait grelottant. Il disait a Duveyrier, qui lui annoncait l'arrangement pris avec Octave:
-Non, j'aurais mieux aime me battre. On ne peut pas se defendre contre un fou.... Quelle rage a-t-il donc de vouloir me saigner, ce brigand, parce que sa soeur m'a fait cocu! Ah! j'en ai assez, mon ami, j'en ai assez, parole d'honneur!
XVI
Dans la matinee du mercredi, lorsque Marie avait amene Berthe a madame Josserand, celle-ci, suffoquee par une aventure dont elle sentait son orgueil atteint, etait restee toute pale, sans une parole.
Elle prit la main de sa fille avec la brutalite d'une sous-maitresse qui jette au cabinet noir une eleve coupable; et elle la conduisit a la chambre d'Hortense, l'y poussa, en disant enfin:
-Cachez-vous, ne paraissez plus.... Vous tueriez votre pere.
Hortense, qui se debarbouillait, fut stupefaite. Rouge de honte, Berthe s'etait jetee sur le lit defait, en sanglotant. Elle s'attendait a une explication immediate et violente; elle avait prepare toute une defense, decidee a crier elle aussi, des que sa mere irait trop loin; et cette rudesse muette, cette facon de la traiter en petite fille qui a mange un pot de confiture, la laissait sans force, la ramenait a ses terreurs d'enfant, aux larmes qu'elle repandait jadis dans les coins, avec de grands serments d'obeissance.
-Qu'y a-t-il? qu'as-tu donc fait? demandait sa soeur, dont l'etonnement grandissait, en la voyant couverte d'un vieux chale, prete par Marie. Est-ce que ce pauvre Auguste est tombe malade a Lyon?
Mais Berthe ne voulait pas repondre. Non, plus tard: c'etaient des choses qu'elle ne pouvait dire; et elle suppliait Hortense de s'en aller, de lui abandonner la chambre, ou du moins elle pleurerait en paix. La journee se passa de la sorte. M. Josserand etait parti a son bureau, sans se douter de rien; puis, quand il revint le soir, Berthe demeura cachee encore. Comme elle avait refuse toute nourriture, elle finit par manger avidement le petit diner qu'Adele lui servit en secret. La bonne etait restee a la regarder, et devant son appetit:
-Ne vous faites donc pas de bile, prenez des forces.... Allez, la maison est bien calme. Tant que de tues et de blesses, il n'y a personne de mort.
-Ah! dit la jeune femme.
Elle interrogea Adele, qui, longuement, conta la journee entiere, le duel manque, ce qu'avait dit monsieur Auguste, ce qu'avaient fait les Duveyrier et les Vabre. Elle l'ecoutait, elle se sentait renaitre, devorant, redemandant du pain. En verite, elle etait trop bete de tant se chagriner, lorsque les autres paraissaient consoles deja!
Aussi, vers dix heures, comme Hortense venait la rejoindre, l'accueillit-elle gaiement, les yeux secs. Et, etouffant leurs rires, elles s'amuserent, quand elle voulut essayer un peignoir de sa soeur, qui lui etait trop etroit: sa gorge, que le mariage avait gonflee, crevait l'etoffe. N'importe, en tirant sur les boutons, elle le mettrait le lendemain. Toutes deux se croyaient revenues a leur jeunesse, au fond de cette chambre, ou elles avaient vecu des annees cote a cote. Cela les attendrissait et les rapprochait, dans une affection qu'elles n'eprouvaient plus depuis longtemps. Elles durent coucher ensemble, car madame Josserand s'etait debarrassee de l'ancien petit lit de Berthe. Lorsqu'elles furent allongees l'une pres de l'autre, la bougie eteinte, les yeux grands ouverts sur les tenebres, elles causerent, ne pouvant dormir.
-Alors, tu ne veux pas me raconter? demanda de nouveau Hortense.
-Mais, ma cherie, repondit Berthe, tu n'es pas mariee, je ne peux pas.... C'est une explication que j'ai eue avec Auguste. Tu entends, il est revenu....
Et, comme elle s'interrompait, sa soeur reprit avec impatience:
-Va donc! va donc! En voila des affaires! Mon Dieu! a mon age, je me doute bien!
Alors, Berthe se confessa; d'abord en cherchant les mots, puis en lachant tout, parlant d'Octave, parlant d'Auguste. Hortense, sur le dos, dans le noir, l'ecoutait, et elle ne jetait plus que de courtes phrases, pour la questionner ou donner son opinion: "Ensuite, qu'est-ce qu'il t'a dit?... Et toi, qu'est-ce que tu as eprouve?... Tiens! c'est drole, je n'aimerais pas ca!... Ah! vraiment, ca se passe de la sorte!" Minuit, puis une heure, puis deux heures sonnerent: elles remuaient toujours cette histoire, les membres peu a peu brules par les draps, prises d'insomnie. Berthe, dans cette demi-hallucination, oubliait sa soeur, en arrivait a penser tout haut, soulageant son coeur et sa chair des confidences les plus delicates.
-Oh! moi, avec Verdier, ce sera bien simple, declara Hortense brusquement. Je ferai comme il voudra.
Au nom de Verdier, Berthe eut un mouvement de surprise. Elle croyait le mariage rompu, car la femme avec laquelle il habitait depuis quinze annees, venait d'avoir un enfant, juste au moment ou il etait sur le point de la lacher.
-Tu comptes donc l'epouser quand meme? demanda-t-elle.
-Tiens! pourquoi pas?... J'ai fait la betise de trop attendre. Mais l'enfant va mourir. C'est une fille, elle est toute scrofuleuse.
Et, crachant le mot de maitresse, dans un degout, elle montra sa haine d'honnete bourgeoise a marier, contre cette creature qui vivait depuis si longtemps avec un homme. Une manoeuvre, pas davantage, son petit enfant! oui, un pretexte qu'elle avait invente, lorsqu'elle s'etait apercu que Verdier, apres lui avoir achete des chemises pour ne pas la renvoyer nue, voulait l'habituer a une separation prochaine, en decouchant de plus en plus frequemment! Enfin, on verrait, on attendrait.