Dominium Mundi. Livre II
- Автор: Baranger François
- Серия: Dominium Mundi #2
- Год: 2014
- Язык: французский
- Год: Critic
- ISBN: 979-1-090648-18-0
- Жанр: Космическая фантастика
Электронная книга - «Dominium Mundi. Livre II». Краткое содержание книги:
Il se tourna vers le soldat normand et déclara solennellement : « Tancrède, tu peux compter sur moi. »
De l’autre côté de la salle, Silvio Arnaboldi leva la main et lança : « Tu peux compter sur moi aussi. »
À peine une seconde s’écoula avant que Clotilde ne tende le bras à son tour et dise : « J’en suis. » Elle ne put s’empêcher d’ajouter à l’adresse d’Albéric : « Pas question de te laisser partir une deuxième fois sans moi. »
Seul Albéric entendit la deuxième phrase, car des murmures mêlés de surprise, d’enthousiasme ou de réprobation emplirent la salle d’une rumeur confuse, au fur et à mesure que des bras se levaient. Au final, trois autres personnes se portèrent volontaires dans l’agitation générale : Ancelin, le cadet des évadés, Lennard Linden, un spécialiste allemand des axones de bioStruct, enrôlé de force alors qu’il étudiait à Strasbourg et Nominoë Kernevel, un pupitreur que tout le monde appelait Nomi.
Soudain, un sifflement strident résonna, et le vacarme cessa aussitôt. Tous les regards se tournèrent vers Pierre Sanche, deux doigts encore dans la bouche. Fort de l’ascendant naturel que lui procurait son âge plus élevé que celui des autres évadés, il se proposa de conclure le débat :
« Que nous soyons d’accord ou pas avec lui, je pense que Tancrède mérite notre soutien. À lui de dire, dans les jours qui viennent, ce qu’il attend de nous et comment il entend mettre sur pied son idée. Je pense exprimer le sentiment général, Tancrède, en disant que, même si nous ne sommes pas tous convaincus par ta suggestion, nous espérons que tu réussiras à la concrétiser. À titre personnel, j’ajouterai que je crois en toi et que si j’étais plus jeune, et qu’il n’y avait pas déjà plusieurs membres de l’état-major parmi les volontaires, je t’aurais accompagné sans hésiter. »
Cela toucha Tancrède. Même s’il avait la réputation d’être objectif, Sanche était surtout connu pour son esprit de contradiction et ses tendances pessimistes. Qu’il déclare ainsi sa confiance en public était très inhabituel.
Soudain, une voix se fit entendre du fond de la salle.
« Moi, je ne fais pas partie de l’état-major », déclara Ignacio Destraña avec une dérision évidente sur les derniers mots.
« Je ne suis donc pas tenu par ce noble sens des responsabilités qui anime Pierre. Aussi, je me porte volontaire à mon tour pour accompagner Tancrède. Nous ne serons pas trop de sept avec les deux soldats. Par ailleurs, je suppose qu’entrer en contact avec des Atamides va très probablement impliquer une longue expédition en buggy dans les étendues désertiques d’Akya. »
Il se tourna lentement vers Albéric. Pas un bruit ne s’entendait dans l’assemblée.
« Je pense que cette fois, Albéric, tu ne pourras nier que mes compétences seront plus utiles dans une longue expédition en buggy dans le désert qu’ici, aux cavernes. N’est-ce pas, Commandant ? »
Le chef des évadés braquait sur le mécanicien un regard noir. Ses mâchoires étaient si serrées qu’elles saillaient sur les côtés. Il répondit d’une voix à peine audible :
« Tu fais comme tu veux, Ignacio. Je m’en contre-fous. »
« Non, Monsieur le comte, rétorqua imperturbablement le chef du Centre de communications tachy, appelé à la rescousse par le planton de service, je ne peux malheureusement pas vous laisser prendre cet appel. »
Bohémond de Tarente avait attendu plus de vingt minutes que cet homme arrive et sa patience était à bout. Depuis douze jours que Tancrède avait déserté, la liste des contrariétés subies par Bohémond avait une fâcheuse tendance à s’allonger, et celle-ci en était une nouvelle.
Ces derniers temps, chaque fois qu’il pensait à son neveu, le comte de Tarente éprouvait de violents sentiments contradictoires. Par sa fuite irresponsable, ce jeune idiot avait semé le chaos dans sa propre famille, et peut-être bien au-delà, en fournissant un prétexte inespéré à Robert pour provoquer la disgrâce de ses parents et la perte de la plus grande partie du domaine familial normand. Cela était impardonnable.
Néanmoins, Bohémond se sentait également à demi responsable de cette tragédie. C’était lui qui avait poussé l’adolescent vers la carrière militaire, et sa sœur Emma l’avait personnellement enjoint à veiller sur son fils. Or, il savait qu’il ne l’avait pas assez soutenu lors des épreuves qu’il avait traversées, notamment au cours de ce Conseil Croisé tragique où il l’avait publiquement désavoué.
Même si, aujourd’hui encore, Bohémond pouvait expliquer les raisons qui l’avaient poussé à se désolidariser de son neveu lors de ce conseil, il en mesurait désormais les conséquences désastreuses. Loin de permettre au jeune homme de se reconstruire, comme il l’avait espéré, en prenant conscience de ses errements, cette sentence avait vraisemblablement achevé de saper les derniers pans de mur encore debout.
Par la suite, le comte avait tenté de se rapprocher à nouveau du lieutenant, mais Tancrède n’avait jamais accepté de renouer des relations normales. S’il consentait à lui parler, il s’en tenait à des rapports courtois et froids. Purement professionnels, se disait Bohémond.
Depuis bientôt une semaine, il avait suivi, impuissant, la chute du clan familial et la spoliation du domaine normand par Robert le Diable désormais soutenu par le pape. Le roi de France s’était senti obligé de suivre la recommandation papale, ne laissant aux parents de Tancrède qu’un domaine symbolique autour de leur château.
Bloqué sur cette lointaine planète, tenu par des obligations militaires et financières vis-à-vis des troupes qu’il avait engagées dans cette campagne, le comte de Tarente était contraint à la passivité dans cette affaire. Cela le rendait fou de rage.
Lorsque le centre de communications tachy l’avait prévenu, presque une heure plus tôt, que le père de Tancrède et mari de sa sœur, Eudes Bonmarchis, comte de Lisieux, souhaitait s’entretenir avec lui, il avait donc accouru sans perdre un instant.
Or, une fois sur place, le ton du responsable avait changé. Maintenant, il n’était plus possible, en raison de consignes spéciales, de laisser transiter cette communication. Devant la colère du baron, on avait rapidement fait venir le chef de service.
« Vous me voyez navré, Monsieur le comte, disait celui-ci, mais nous avons des ordres, nous aussi, et ceux-ci sont clairs : tous les proches de la famille du traître Tancrède de Tarente sont interdits de communications. Les autorités ne veulent pas encourager d’éventuelles transmissions séditieuses. »
Bohémond n’en croyait pas ses oreilles. À qui ce rond de cuir croyait-il s’adresser ?
« Insinuez-vous que je pourrais, moi, comte de Tarente, à la tête du contingent des Normands de Sicile, avoir des activités séditieuses menaçant cette campagne militaire dans laquelle je me suis tout particulièrement engagé ? » Le chef de service s’humecta les lèvres. Les ordres étaient une chose, tenir tête à un seigneur aussi puissant, connu pour être un guerrier redoutable, en était une autre.
« Non… Bien sûr que non, Monsieur le comte. Toutefois, je pense que, euh… les autorités ont jugé qu’en tant que proche d’un traître tel que le lieutenant de Tarente, vous pourriez peut-être… éventuellement… »