Dominium Mundi. Livre II
- Автор: Baranger François
- Серия: Dominium Mundi #2
- Год: 2014
- Язык: французский
- Год: Critic
- ISBN: 979-1-090648-18-0
- Жанр: Космическая фантастика
Электронная книга - «Dominium Mundi. Livre II». Краткое содержание книги:
Même si Bohémond savait que l’homme en face de lui ne faisait qu’appliquer des instructions, il allait un peu trop loin à son goût.
« Si d’aventure vous qualifiez une fois encore mon neveu de traître, vous devrez en répondre personnellement auprès de moi. Est-ce bien clair, chef de service ? »
Lorsqu’il était en colère, Bohémond donnait l’impression de parler sans bouger les mâchoires. L’homme déglutit péniblement puis se passa à nouveau la langue sur les lèvres.
« Je… Comprenez-moi, Monsieur le comte, si je désobéis à une consigne officielle, je… Enfin, je me trouve entre l’enclume et le…
— Je ne vous ai jamais vu, coupa sèchement Bohémond. D’ailleurs, je ne vous vois déjà plus. »
Il se tourna ostensiblement vers le responsable des cabines privées qui restait en retrait.
« Vous m’avez fait venir pour me passer une communication, n’est-ce pas ? »
L’homme hocha la tête sans oser parler.
« Peut-être recevrez-vous dans quelques instants de nouvelles consignes me concernant, néanmoins, vous n’avez pas encore eu le temps de consulter votre terminal. »
L’homme hocha la tête une seconde fois.
« Donc, vous n’avez jamais appelé votre chef de service. »
L’homme jeta un regard désespéré à son supérieur.
« Donc, celui-ci ne risquera pas sa vie en m’empêchant d’accéder à cette cabine. C’est une bonne nouvelle, n’est-ce pas ? »
Sans attendre que son subordonné réponde, le chef de service, livide, quitta les lieux en silence, presque au pas de course.
« Allée C, cabine 7 », lâcha finalement le subordonné, d’une voix enrouée.
L’image d’Eudes était déjà formée lorsque Bohémond entra dans la cabine. Il s’installa rapidement dans le fauteuil posé au centre du cercle de transmission.
« Bonjour Eudes. Je vous fais toutes mes excuses pour cette attente. On a essayé de m’empêcher de vous parler.
— Bonjour Bohémond. Ne vous inquiétez pas pour cela, je pensais même qu’on me laisserait ainsi pendant encore quelques heures avant de me dire que vous ne pouviez prendre la communication.
— En effet, c’est bien ce qui a failli se produire. Alors, donnez-moi de bonnes nouvelles, mon cher ! Votre recours auprès du contrôleur général du roi a-t-il abouti ? »
Eudes se lissa la barbe du bout des doigts. Il parut fatigué à Bohémond.
« Il n’a même pas accepté que je le dépose.
— Mais c’est illégal ! s’exclama le comte.
— Illégal ? Nous sommes en monarchie ; ce que fait le roi, ou son contrôleur général, est forcément légal. »
Bohémond se renfrogna.
« En voilà un coup dur.
— En effet, le recours aurait été suspensif. Cependant, le contrôleur n’est pas un mauvais homme. Nous nous sommes un peu connus autrefois, et appréciés, je dois dire. Il m’a donc fait l’honneur de me recevoir en privé pour m’annoncer la mauvaise nouvelle. À vrai dire, il ne pouvait pas faire autrement que refuser ma demande.
— C’est ce que je pense également, admit Bohémond. Le roi ne veut pas prendre le risque de s’opposer frontalement à Robert. Tel qu’il est parti, le duc de Normandie rivalisera bientôt militairement avec son souverain. C’est une situation très dangereuse pour Philippe IX.
— Absolument. Aussi, je crains de devoir me résigner à tout perdre. Le roi n’a aucun intérêt à soutenir un vieil aristocrate sans finances ni armée comme moi, face à un géant tel que Montgomery. »
Le visage d’Eudes Bonmarchis s’affaissa brusquement. Il eut l’air plus épuisé que jamais.
« Je suis désolé, murmura Bohémond. Si seulement je n’étais pas si loin… Voulez-vous que je contacte l’intendant de mon domaine en Italie ? Je me ferais un plaisir de vous accueillir chez moi si les choses tournaient mal.
— C’est généreux de votre part, cher Bohémond. Pour le moment, la situation n’est pas grave au point que je doive envisager l’exil. Mais qui sait ? Peut-être devrai-je m’y résoudre un jour, ne serait-ce que pour protéger les miens.
— Ma porte vous est grande ouverte. Vous n’avez qu’un mot à dire. »
Le vieil homme hocha la tête en souriant.
« Je sais, Bohémond. Merci. Toutefois, ce n’est pas pour cette raison que j’ai tenu à vous parler. Lors de cet entretien avec le contrôleur général, celui-ci m’a confié à demi-mot que la désertion de Tancrède avait causé de profonds remous dans la hiérarchie de la croisade. Il est resté vague et évasif, mais je crois qu’il a voulu me faire comprendre que certains barons pourraient faire les frais de leurs opinions modérées. Qui sait si une manœuvre de grande ampleur ne se prépare pas contre certains d’entre vous ?
— En effet, fit Bohémond en fronçant les sourcils, la nomination de Robert comme Prætor a totalement redistribué les cartes chez les chefs de guerre. Chacun est sur la défensive et se méfie des autres.
— Cela ne m’étonne pas. Maintenant que Pierre l’Ermite est tombé, plus personne ne se sent à l’abri. »
Un éclair de colère passa dans les yeux du comte de Tarente.
« Certes, répondit-il, mais Pierre n’était pas un seigneur. Il n’entendait rien à la guerre, ni à la politique. Il n’avait aucun appui et surtout, il n’avait aucune armée. Faire tomber un baron ne sera pas aussi simple…
— Je n’en doute pas, cher Bohémond. Celui qui vous abattra n’est pas encore né. Bref, je me doutais que vous n’ignoriez rien de ces funestes manigances, néanmoins j’ai jugé préférable de vous prévenir.
— Merci, Eudes. Bien que vous ayez vous-même votre content de préoccupations en ce moment, vous prenez tout de même la peine de vous soucier de mon sort. »
Le vieux guerrier se leva et sourit.
« Il est regrettable que l’on n’ait pas encore mis au point une cabine tachy qui permette de se serrer la main, j’aurais pris la vôtre chaleureusement. »
Avant de disparaître dans une pluie de parasites lumineux, Eudes lui renvoya son sourire.
Bohémond de Tarente, bien entendu, avait remarqué ces manœuvres de fond dans les cercles du pouvoir et y accordait la plus grande attention. Alors qu’à peine quelques semaines plus tôt, une action de déstabilisation contre un seigneur croisé eut été inimaginable, aujourd’hui, avec la chute de l’Ermite et la prise du Sanctuaire, les rapports de force avaient considérablement évolué. La guerre serait gagnée, ce n’était qu’une question de temps – la remarquable efficacité avec laquelle la capitale avait été prise le prouvait. L’état-major pouvait donc se permettre d’arrêter quelques seigneurs et de briser leurs contingents.
Au pire, et si l’on avait été sur Terre, ces troupes auraient cessé de combattre et seraient rentrées chez elles par leurs propres moyens. Or, ici, sur Akya du Centaure, il n’en était même pas question. Elles seraient bien forcées de rester et de continuer à servir la croisade !
Bohémond enrageait de son impuissance.
Il n’était pas le seul d’ailleurs. Quelques jours plus tôt, Godefroy de Bouillon l’avait discrètement approché au QG et lui avait glissé à voix basse qu’il désirait le rencontrer en secret pour lui parler d’un sujet de la plus haute importance. Bohémond avait acquiescé et les deux hommes s’étaient séparés afin de ne pas attirer l’attention, mais depuis, ils n’avaient pu à nouveau entrer en contact. Le comte de Tarente se savait surveillé et supposait que Godefroy l’était aussi.
Ils devaient faire très attention. Le temps des combinaisons politiques était terminé, les couteaux étaient tirés.