Dominium Mundi. Livre I
- Автор: Baranger François
- Серия: Dominium Mundi #1
- Год: 2013
- Язык: французский
- Год: Critic
- ISBN: 979-10-90648-12-8
- Жанр: Космическая фантастика
Электронная книга - «Dominium Mundi. Livre I». Краткое содержание книги:
L’instructeur continua : « Cette catégorie de la population est soumise aux castes supérieures qui les considèrent presque comme du bétail. Viennent ensuite les sages. Ce sont bien entendu les éléments les plus évolués de la population, les seuls à avoir la capacité à se projeter dans l’abstraction et à concevoir des technologies ou des principes scientifiques. Mais dans la pratique, il est avéré qu’ils se comportent davantage comme des chefs religieux fanatiques, maintenant leur peuple dans l’ignorance la plus profonde et les terrorisant par des menaces de damnation dans leurs enfers païens. »
Décidément, ironisa Tancrède pour lui-même, si j’avais l’esprit mal tourné ; je pourrais penser qu’il décrit la Terre. Il ne put réprimer un petit rire qui fit se tourner vers lui quelques-uns de ses voisins. Mais aussitôt, le souvenir du masque de terreur du condamné au Caisson de l’Oubli lui revint en mémoire et son cynisme lui parut horriblement déplacé.
La photo floue d’un sage remplaça celle des paysans. Les différences n’étaient pas frappantes au premier coup d’œil. Moins trapus, presque frêles, bien que la tête et l’allure générale fussent les mêmes.
« Et maintenant, les plus terribles d’entre eux : les guerriers. »
L’instructeur marqua une pause pour ménager un petit effet dramatique. Tous les auditeurs étaient à l’écoute, plus aucune trace de dissipation ne subsistait. L’image du sage disparut et une créature effrayante emplit tout l’écran. La photo, prise de loin et en mouvement, souffrait d’une qualité encore plus mauvaise que les autres. On distinguait néanmoins que cette race-là était massive. Les bras, beaucoup plus longs que ceux des autres, se terminaient par ce qui ressemblait à de longues griffes blanches et les jambes paraissaient extrêmement puissantes. Toutefois, c’était la tête qui retenait le plus l’attention.
Les guerriers avaient une large tête triangulaire, prolongée vers l’arrière par ce qui semblait être une collerette parcourue de bandes aux couleurs vives, comme certains lézards terrestres. Ils possédaient une large mâchoire qu’on imaginait pleine de crocs – même si sur cette photo elle était fermée – et deux yeux noirs pourvus d’iris jaunes.
« Un vrai démon », murmura un homme près de Tancrède.
« C’est indéniablement la caste dominante chez les Atamides, reprit l’instructeur, celle qui impose aux autres ses désirs et ses ambitions malsaines. Ces guerriers sont des machines à tuer. Bien qu’ils ne disposent que d’un armement assez rudimentaire, il semble que certaines de leurs capacités biologiques compensent cette absence de technologie. Aussi, ne croyez surtout pas que débarquer en exosquelette de guerre Weiner-Nikov avec vos fusils T-farad suffira à les mettre en déroute. Il n’en est rien. Les combats seront sans aucun doute gagnés, mais toujours dans la difficulté. Vous aurez donc ici une occasion unique de vous distinguer au combat et de vous couvrir de gloire.
— Les lauriers cueillis sans périls ne méritent que du mépris* ! » lança Liétaud.
Plusieurs voix s’élevèrent pour approuver ces paroles.
Avec un tel talent pour entraîner les autres, heureusement que Liétaud est de mon côté, pensa Tancrède.
Lorsqu’il était arrivé avec deux bonnes heures de retard, il avait tout de suite senti la tension dans la troupe. Elle était si forte qu’il avait dû se passer quelque chose. Le simple retard d’un officier pouvait être agaçant pour un soldat, mais pas au point de provoquer une telle crispation. Pour en arriver là, il fallait une intervention volontaire. Depuis quelque temps déjà, il avait remarqué que certaines forces œuvraient sournoisement dans son unité pour le déstabiliser. Pas besoin d’être devin pour savoir d’où ça vient : Robert de Montgomery.
Quelle attitude adopter face à ce travail de sape ? Robert n’attendait qu’un faux pas pour fondre sur lui comme un aigle sur un agneau. Il était hors de question pour Tancrède de lui fournir ce prétexte. Si cela continuait, il serait préférable d’en référer à son oncle plutôt que de tenter de régler le problème lui-même.
Cessant de ruminer ces sombres pensées, il reporta son attention sur le cours, même si la partie la plus intéressante était passée.
L’air du soir était chargé d’humidité et les odeurs de terre et d’écorce se mélangeaient sous le dôme du jardin St. Jean. À cette heure-ci, en général, seuls les amoureux fréquentaient encore les jardins du bord. Mais ce soir, Tancrède ne décelait aucun mouvement impatient derrière les buissons, nul chuchotement ou rire étouffé. Le jardin était calme et silencieux.
Adossé à un vieux chêne aux branches basses, il attendait depuis vingt minutes lorsqu’Albéric poussa le portail du jardin et s’engagea dans l’allée centrale. Il semblait un peu inquiet dans cet endroit désert, fouillant l’obscurité du regard. Tancrède émit un bref sifflement pour signaler sa présence. Albéric tourna la tête dans sa direction en plissant des yeux, puis vint jusqu’à lui en gravissant le talus qui les séparait.
« Désolé, je suis en retard, dit-il.
— L’essentiel est que tu sois venu, répondit Tancrède avec un sourire.
— J’ai failli te manquer. C’est pour te cacher que tu t’es mis sous cet arbre ?
— Non, c’est simplement que j’aime le contact des arbres, de la nature en général. Les jardins du bord sont les seuls endroits où je me sente bien sur le St. Michel. »
Le jeune inerme eut l’air dubitatif.
« Il est artificiel, pourtant. Rien à voir ce qu’on trouve sur Terre.
— Oui, mais il a été conçu par des gens sensibles. La nature n’y semble pas contrainte, les chemins suivent les courbes naturelles des collines et des ruisseaux, et les arbres ont l’air d’avoir poussé là où le vent a porté les graines.
— Ce n’est qu’une illusion. Ce jardin n’est qu’une façade créée de toutes pièces.
— Je le sais. Mais je veux pourtant croire que tout cela est vrai, qu’aucune pompe n’est dissimulée sous les ruisseaux, qu’aucune soufflerie n’est à l’origine du vent qui fait bouger les feuilles, qu’aucun paysagiste n’en a tracé les plans. C’est plus beau si on y croit. »
Albéric secoua la tête.
« Je ne suis pas d’accord. Les choses les plus belles sont sans fard. Rien n’est plus beau que la vérité.
— La véritable nature, sans fard, n’est pas toujours belle. Beaucoup de souffrance, de violence, de peur, de froid, de faim. La véritable nature exhale plus souvent l’odeur de la décomposition que le parfum des fleurs.
— Peut-être. Néanmoins, même crue, je préfère la véritable nature à une imitation. Une imitation n’est qu’une falsification de la réalité. Peut-être que tout ce que tu viens d’énumérer est le prix à payer pour la vérité. »
Tancrède eut un petit rire amusé, sans mépris.
« Voilà un discours que je n’ai pas l’habitude d’entendre. Dans mon milieu, les apparences comptent plus que tout. C’est l’honneur d’une famille noble que de les maintenir coûte que coûte. »
Il prit cordialement le coude du jeune homme pour l’inviter à marcher. Ils s’engagèrent dans le chemin qui serpentait au creux des collines. L’obscurité était dense, mais les minuscules veilleuses rouges placées le long du sentier permettaient de le suivre sans difficulté.
« Tu sais, d’une certaine manière, je t’envie, dit-il. Je me doute que tu n’as pas toujours dû avoir la vie facile, mais au moins, tu n’as jamais eu le regard voilé. Tu as toujours vu le monde tel qu’il est vraiment.