Purgatoire des innocents
- Автор: Giébel Karine
- Год: 2013
- Язык: французский
- Год: Éditions Fleuve Noir
- ISBN: 978-2265097841
- Жанр: Триллеры
Электронная книга - «Purgatoire des innocents». Краткое содержание книги:
— Parfait, sourit papa en ouvrant la braguette de son pantalon.
Dans la pièce voisine, William est figé dans une douloureuse stupeur. Raphaël ferme son poing droit et frappe violemment le mur auquel il est entravé.
Ses doigts fracturés lui arrachent un cri.
Une douleur, violente, pour en oublier une autre. Plus violente encore.
S’acharner sur un mur, à défaut de pouvoir atteindre son ennemi.
Raphaël ne voit pas ce qui se passe de l’autre côté de la cloison, mais il sait.
Il espérait qu’elle n’aurait pas à subir ça, qu’il pourrait le lui épargner. Que ce malade partirait avant pour récupérer son fric.
Mais il comprend qu’il n’a plus assez de temps.
Il n’a pas sauvé Aurélie.
Il vient de perdre Jessica.
Sandra aussi s’acharne.
Malgré l’heure tardive, elle est en train d’astiquer la maison déserte. Il n’y a plus un gramme de poussière, pourtant. Mais elle frotte, avec obstination. Avec fureur.
Enlever toute cette saleté. Tout ce qui grouille autour d’elle. Sur elle.
Nettoyer toute cette crasse. Retrouver la pureté.
Elle est en nage, malgré le froid. Presque en transe.
C’est l’intérieur d’elle-même qu’elle aimerait laver. Ce qui vit dans sa tête, ce qui coule dans ses veines.
Ce qu’elle est. Et voudrait tant ne pas être.
Ce monstre qui a germé en elle, qui bouffe son âme et ronge son corps. Cette chose immonde qui marche sur sa tombe. Qui piétine ce qu’il reste d’elle.
Dans la cuisine, elle s’immobilise devant le bloc de couteaux. S’empare doucement de celui avec lequel elle a blessé Raphaël.
Elle le contemple, de longues minutes. À la lumière crue du néon, elle fait étinceler la lame. Ce morceau d’acier pur, brillant. Si facile à nettoyer.
Elle l’approche de son avant-bras gauche, hésite quelques secondes. Puis d’un mouvement lent, elle entaille profondément sa peau blanche.
Pas même une grimace sur son visage. Aucun signe de douleur.
Elle regarde le liquide qui s’échappe de sa chair, hypnotisée.
Puis elle se taillade quelques centimètres plus bas, évitant soigneusement de s’ouvrir une veine. Patrick ne lui pardonnerait pas de mourir.
Patrick, en train de baiser cette petite conne !
Sandra balance le couteau dans l’évier, avec un hurlement de rage.
Patrick, en train de violer une innocente…
Ça se mélange dans sa tête, dans sa bouche.
Elle l’encourage, elle voudrait l’arrêter. Et même le tuer.
Elle voudrait exister autant qu’elle voudrait disparaître.
Elle ouvre le robinet, place son bras sous le jet glacé et observe avec fascination le sang qui se mélange à l’eau. Avec l’agréable sensation de se purger. Ce soulagement, enfin. Extraire d’elle-même le venin qui pollue ses veines. Cette eau sale qui part dans les canalisations.
Elle aimerait juste savoir…
Mais elle ne sait pas. Qui elle est, ce qu’elle fait là. Ce que sont les rêves.
Elle n’a aucune idée de son avenir, a préféré oublier son passé.
Même s’il est empoisonné, ce sang est le seul témoignage de son humanité. De son appartenance au monde des vivants.
La seule preuve qu’elle est en vie.
Et donc qu’elle peut mourir.
Mardi 11 novembre
CHAPITRE 49
1 h 15
— Tu n’es pas couchée, ma douce ?
— Je t’attendais.
Dans la chambre, Patrick se déshabille, pliant soigneusement ses vêtements et les empilant sur une chaise tapissée de velours. Puis il enfile son pyjama et tapote les draps avant de s’y lover à la manière du serpent.
— Viens te coucher, maintenant.
Debout, près de la fenêtre, Sandra l’observe, à la lueur de la petite lampe de chevet.
— Qu’est-ce que tu as fait avec elle ?
Surpris, Patrick se rassoit dans le lit.
— Qu’est-ce que tu as fait avec elle ? répète Sandra.
— Quelle drôle de question… Tu le sais très bien.
— Non.
— Comment ça, non ?
— Pas en détail.
— Parce que tu veux des détails, maintenant ? s’étonne Patrick. Qu’est-ce qui te prend, ma chérie ?
Sandra lui adresse un sourire qu’il devine dans la pénombre.
— J’aimerais que tu me racontes.
— Vraiment ? Eh bien…
Visiblement, il parvient difficilement à mettre des mots sur ses actes.
— On en est aux préliminaires… Allez, viens te coucher, maintenant.
Sandra ôte son gilet, se glisse à son tour dans les draps froids et humides avant d’éteindre.
— J’aimerais que tu me racontes ce que tu as fait avec elle.
— Et moi, j’aimerais que tu me racontes ce que tu as fait à ton bras.
Elle frissonne, remonte la couverture sur son corps transi.
— Je me suis coupée.
Il se penche sur elle, pose une main autoritaire sur son épaule.
— Ne recommence jamais ça, compris ?
La nuit, effroyablement silencieuse, leur donne l’impression d’être dans leur tombe. Déjà.
Ils voudraient l’entendre pleurer. Ou même hurler.
Ils n’osent pas lui demander comment elle va. Alors, ils se taisent, avec le sentiment d’être des lâches.
William aimerait pouvoir défoncer ce mur, la prendre dans ses bras pour la réconforter.
Raphaël aimerait défoncer ce mur, surprendre ce salopard dans son sommeil et lui enfoncer une lame en travers de la gorge.
Il voudrait simplement l’avoir tué quand il en avait l’occasion.
Quand il était encore temps.
Il voudrait avoir deviné à qui il avait affaire.
Il voudrait tant ne pas s’être trompé…
9 h 15
— Tu as démissionné de ton boulot ? demande Raphaël avec un sourire perfide.
Sandra ôte la compresse de son œil, la jette au fond d’un sachet plastique et lui instille un peu de pommade.
— Tu ne peux pas te montrer avec cette gueule, hein ?
— Si tu le sais, pourquoi tu demandes ?
— Parce que j’aimerais comprendre ce que tu fais là… À quoi tu joues.
Elle le fixe, un peu perdue.
— Ça te plaît ? demande encore le braqueur. De voir ton mari violer des gamines, ça te plaît ?… Ça ne te dégoûte pas qu’il te touche, juste après ? Ça ne te donne pas envie de gerber ?
Le visage de Sandra se contracte, Raphaël décide d’enfoncer le clou.
— À moins que… À moins qu’il ne te touche plus depuis longtemps. C’est ça ?… Bien sûr que c’est ça ! C’est un putain de pédophile qui n’aime que les gosses, je ne vois pas pourquoi il te toucherait.
— En quoi ça te regarde ?
— Ça me regarde parce que je suis enfermé chez toi, Sandra. Et j’aimerais savoir pourquoi une femme telle que toi cautionne les agissements d’un psychopathe.
Elle range la pommade et les compresses dans sa trousse médicalisée et, alors qu’elle se relève, Raphaël saisit son poignet.
— Réponds-moi, Sandra. Explique-moi…
— Tu n’as rien à savoir ! crache la jeune femme. Lâche-moi !