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Purgatoire des innocents

Электронная книга - «Purgatoire des innocents». Краткое содержание книги:

Je m'appelle Raphaël, j'ai passé quatorze ans de ma vie derrière les barreaux. Avec mon frère, William, nous venons de dérober trente millions d'euros de bijoux. Ç'aurait dû être le coup du siècle, ce fut un bain de sang. Deux morts, un blessé grave. Le blessé, c'est mon frère. Alors, je dois trouver une planque où il pourra reprendre des forces.
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— Non… Ça ne va pas. J’ai peur !

— C’est normal. Mais garde espoir, je t’en prie. Garde espoir… Fais-le pour moi, d’accord ?

— J’y arrive pas ! gémit la jeune fille.

— Quoi qu’il te fasse, tu dois garder espoir, s’acharne Raphaël. Tu ne dois pas abandonner la lutte. Tu ne dois jamais abandonner… Jamais.

— J’ai peur.

— Moi aussi, j’ai peur, confie Raphaël. Mais tu es forte. Incroyablement forte. Et je sais que tu t’en sortiras. Je le sais, fais-moi confiance…

La porte qui grince au bout du couloir leur coupe la parole. Et la respiration.

— Il arrive, chuchote Jessica avec effroi. Il arrive !

Lorsque la lumière s’allume, elle ferme les yeux, comme pour retarder l’échéance.

— Bonsoir, ma colombe… Tu as faim ?

Ses paupières s’ouvrent sur le paquet de bonbons que lui tend papa. Sur son sourire, aussi tendre que la chair dans laquelle il s’apprête à mordre.

Il dépose les friandises à côté d’elle, s’assoit sur le lit d’Aurélie qu’il vient de rapprocher du sien.

— Eh bien mange, ma chérie ! Qu’est-ce que tu attends ?

Jessica essuie à nouveau ses larmes, plonge une main dans le paquet de bonbons multicolores, en porte un à ses lèvres gercées.

— Ils sont bons, n’est-ce pas ? Je les ai achetés exprès pour toi.

Le sucre fond doucement sur sa langue pour se mélanger au sel.

— Vous allez me tuer ?

— Bien sûr que je vais te tuer. Mais pas tout de suite, rassure-toi. On a encore du temps à passer ensemble.

Jessica s’étrangle avec son bonbon, le recrache aux pieds de son bourreau.

Il fait une grimace de dégoût, lui confisque le paquet et se sert.

— Je n’ai jamais eu de bonbons quand j’étais gamin, révèle-t-il, la bouche pleine. Seulement des tartes !

Il ricane, gobe un morceau de réglisse qu’il avale d’un seul coup.

— Tu sais, tout ce que je t’ai raconté hier, c’est vrai…

— Et alors ? C’est pas ma faute.

— En effet, reconnaît papa en déchiquetant un ourson vert fluo entre ses dents. Mais le monde est injuste…

— Pourquoi vous m’avez enlevée ? Pourquoi ma sœur et moi ?

Papa approche son visage du sien, elle recule.

— Ta sœur ?

— Aurélie, c’était comme ma sœur !

— Je vois… Tu sais, on perd toujours ceux qu’on aime. C’est inéluctable.

— Pourquoi moi ?

— Parce que tu me fais bander. Tu sais ce que ça veut dire ?

Jessica sent son ventre se tordre.

— Tu sais ce que ça veut dire ? répète Patrick.

Elle lui répond d’un hochement de tête, serrant éperdument l’oreiller de sa main libre.

— Ça te plaît ?… De faire cet effet-là sur les hommes ?… Bien sûr que oui ! Tu joues aux vierges effarouchées mais… Si tu mets des jupes courtes et des collants, c’est pas pour plaire à tes copines, non ? C’est bien pour plaire aux garçons. Je me trompe ?

Juste derrière le mur, Raphaël et William échangent un regard chargé d’angoisse, de colère.

S’ils avaient le moindre espoir, ils prieraient. Pour que ce ne soit pas ce soir, pour qu’ils aient le temps.

Pour qu’on leur laisse une chance d’accomplir un miracle.

Papa avale un énième bonbon avant de s’allonger sur le dos.

— Tu es comme toutes les autres, soupire-t-il.

— Non.

Étonné, il se redresse. Les yeux bleus le défient.

— Non ?

— Je ne suis pas comme les autres. Je suis forte.

Patrick sourit. Puis il la détache, comme pour lui montrer qu’elle ne représente aucun danger.

— Toi, tu es forte ?

— Raphaël me l’a dit.

— Oh… Raphaël… Tu l’aimes bien, non ?

— Oui.

Elle sait qu’elle pénètre en zone interdite, qu’elle glisse lentement dans le piège qu’il lui tend.

— Pourquoi ?

— Parce qu’il n’est pas comme vous.

— Ce qui veut dire ?

Pas ça, Jessica. Ne le provoque pas, pour l’amour du ciel !

Le cœur de Raphaël accélère.

Mais il est déjà trop tard…

Papa fixe Jessica avec un regard qu’elle lui a déjà vu. Le regard qu’il avait lorsqu’il a emporté Aurélie.

Alors, la jeune fille colle l’oreiller sur son ventre. Son seul bouclier.

Dérisoire barrière entre elle et l’ennemi.

Elle attend qu’il se jette sur elle. Qu’il la tue, peut-être.

Mais au moins, Raphaël sera fier d’elle.

Patrick ne bronche pas, se contentant de la dévisager. Avec une rage qu’elle devine derrière ses lunettes. Derrière son sourire.

— Il est plus intelligent que moi, tu crois ?

— Oui !

— Dans ce cas, peux-tu m’expliquer pourquoi il est mon prisonnier ?

Jessica ne trouve pas de réponse. Elle triture son oreiller.

— Et il est également plus beau que moi, j’imagine ?

— Oui !

Soudain, il se déplie avec la rapidité d’un cobra et la saisit à la gorge. Elle tente de l’atteindre au visage, il esquive, resserre encore la pression. Penché sur elle, il l’étrangle, doucement.

— Et si je le défigurais ? Qu’est-ce que tu en penses ?

Elle voudrait répondre, s’étouffe dans un cri.

— Je peux le faire, tu sais… Justement parce que je suis plus fort que lui ! Parce qu’il est à ma merci, tout comme toi !

Jessica essaie toujours de lui faire lâcher prise, lui égratigne sauvagement la joue, lui arrache même ses lunettes qui atterrissent sur le sol.

Il continue de serrer sa gorge délicate.

— Qui a le pouvoir, ici ?… Réponds, Jessica !

Papa desserre enfin l’étau, elle reprend sa respiration.

— Réponds, ordonne-t-il à nouveau. Qui a le pouvoir, ici ?

Comme elle garde le silence, il décide de se montrer plus persuasif. Il l’attrape par les cheveux, elle se met à hurler tandis qu’il la tire hors du lit.

Elle se défend du mieux qu’elle peut. Elle mord, elle cogne.

Mais on le dirait insensible à la douleur. Enfermé dans sa rage, comme dans une armure, il n’a qu’une idée en tête. Prendre le pouvoir sur elle.

La dresser. La dompter, l’asservir.

Elle n’est pas de taille à lutter, malgré la colère, la peur ou la douleur.

Elle s’épuise, en vain.

Et c’est lorsqu’elle n’a plus la force de se battre qu’il commence à la frapper. Les coups pleuvent, alors qu’elle est sans défense.

Gifles, coups de poing dans le ventre.

Quand elle ne bouge plus, il s’arrête. Et tourne autour d’elle dans une danse macabre et silencieuse. Ça dure plusieurs minutes pendant lesquelles elle entend battre son cœur, sent la douleur lui manger les entrailles.

Puis, il se rassoit sur le lit, la saisit à nouveau par les cheveux et la force à s’agenouiller devant lui.

— Qui commande ici, Jessica ? demande-t-il sans élever la voix.

— C’est vous ! sanglote la jeune fille.

— C’est ça, ma colombe. Tu deviens raisonnable, c’est bien… Tu veux que je m’occupe de Raphaël ? Tu veux que je lui fasse du mal ?

— Non !

— Alors tu vas faire ce que je te demande… D’accord ?

— Oui… Oui !

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