Cuisine
Ne confondons pas la cuisine et la gastronomie, qui n’est autre que la règle ou la norme (-nomie) de l’estomac que Rabelais appelait Messer gaster. Hommage à la langue grecque et au citoyen Arkestratos qui écrivit au IVe siècle avant l’ère chrétienne une Gastronomia perdue, mais dont on n’a jamais cessé de parler. La gastronomie, ressuscitée en France en 1800, est un art critique, alors que la cuisine est un art créatif.
Son rapport avec le verbe cuire est évident. Il vient tout droit du latin coquere, qui signifiait en général « faire chauffer, exposer à la chaleur, à la fois cuire et brûler, cramer », ce qui n’est pas culinairement correct. De coquere, le latin — de cuisine, évidemment — avait tiré coquina, d’où vient notre cuisine et dont on se demande depuis des siècles d’étymologie quel rapport ce mot peut avoir avec coquin, coquine. Car le coquinus n’était pas, à notre connaissance, un marmiton, mais une sorte de truand.
À propos, le coquus latin, sans rapport avec le coucou, ni avec le cocu, rend compte de l’ancien français « un queux », qui survit dans maître queux — expression machiste, sans jeu de mots. On dira « le et la chef de cuisine ». Très vite, le mot cuisine a désigné, plus que l’art de cuire toute préparation, le lieu où on prépare la nourriture, les aliments préparés et, plus tard, le personnel qui y travaille. Ça fait beaucoup pour un seul mot, mais heureusement, il y eut les renforts populaires : la tambouille, la cuistance, et même la bouffe, qui signifie « nourriture » et qui prolonge ce verbe bouffer, qui subit la haine de notre ami Jean-Pierre Coffe[59].
Cuisine et cuisinier couvrent tous les niveaux de qualité, de la « haute » cuisine à la malbouffe, et ont débordé leur sens premier. Certes, on cuit beaucoup, en cuisine, mais on ne s’en contente pas ; au hasard, on assaisonne, on découpe, on dresse, on émince, on entrelarde, on épice, on épluche, on farcit, on garnit, on larde, on marine, on pare, on persille ; et, côté feu, on cuit, certes, mais on braise, on échaude, on flambe, on frit, on grille, on gratine, on rôtit, on fait revenir, on saisit et même on fait sauter : informez-vous en lisant L’Amateur de cuisine, de Jean-Philippe Derenne.
Complexe, la cuisine, riche et inépuisable. Un art et un artisanat, en défense contre l’industrialisation de notre vie et de notre pauvre estomac.
24 décembre 2003
Planète
L’origine du mot planète est troublante. Planète désigne aujourd’hui les astres qui gravitent autour de notre soleil et autour de beaucoup d’autres étoiles — on parle d’exoplanètes. Pour l’espèce humaine, le plus important est la planète Terre, notre habitat commun, notre milieu physique et, comme on dit, notre « environnement ». Ce mot trahit la prétention humaine. L’humanité veut croire qu’elle est au centre de tout et que la nature l’entoure, donc l’environne. Après tout, c’est la mère nature, se dit l’orgueilleux embryon. Mais la planète, de son côté, la planète Terre, éprouve que l’être humain n’est qu’un élément actif et prédateur, mais tout petit, dans un vaste écosystème, mot formé avec le grec oikos, « la maison », notre maison commune étant la Terre.
Pourquoi planète ? Parce que, depuis qu’on regarde le ciel et ses astres, on en voit qui paraissent tourner sagement autour de nous, et qu’on appela « astres fixes », et d’autres qui semblent vagabonder et se promener librement : en grec planètes, « le voyageur, le vagabond ». Le mot vient du verbe planasthai, « s’écarter du chemin, se perdre, errer ». Ce qu’on appelait planètes, c’était le Soleil — dont on ignorait qu’il était une étoile —, la Lune, et Mercure, Vénus, Mars, Jupiter, Saturne, pseudo-étoiles baladeuses. Puis, les astronomes apprirent aux hommes que cette Terre qu’ils habitaient était elle aussi une « planète ». Planète pouvant signifier « Terre », on se mit à dire planétaire pour « mondial » et à considérer que la nature, qu’on prétendait maîtriser, c’était surtout, pour nous, cette planète.
La folie du pouvoir, servie par l’avidité du savoir, conduisit l’Homme à exploiter sans mesure la planète Terre, c’est-à-dire à scier la branche sur laquelle nous sommes tous assis. Branche parfois inconfortable et tremblante, d’ailleurs, comme on s’en aperçoit lorsqu’un séisme plonge une région dans le malheur et la mort. Nous avons tous les jours des nouvelles de la vie sur notre planète : on parle beaucoup plus des morts que des naissances, des maladies et des accidents que de la santé, et c’est dommage. Ce matin, une baleine morte (en fait, un rorqual) fait oublier la vie des océans, menacée par les hommes. Vraiment, la planète est bien nommée : tout y part dans tous les sens, mais ce n’est pas elle qui erre et se perd : ce sont ses habitants humains.
30 décembre 2003
2004
5 janvier :Tremblement de terre de Bahm, Iran.
27 janvier, 23 février, 31 mars :Élections régionales en France.
6 février :Sommet économique des pays les plus riches.
4 mars :Menace d’attentat ferroviaire d’un mystérieux groupe AZF.
16 avril :Libération d’otages japonais, en Irak.
20 avril :Les intermittents menacent de perturber les festivals, en France.
10 mai :Sévices de l’armée américaine dans les prisons d’Irak.
18 mai :Assassinat terroriste du président de l’exécutif irakien.
25 mai :Témoignages d’enfants au procès d’Outreau.
25 juin :Départ en retraite de Claude Villers.
1er juillet :Le ministre Jean-Louis Borloo prône la cohésion sociale.
6 septembre :Prise d’otages et massacre à Beslan, en Ossétie du Nord.
16, 28 septembre, 2 décembre :Vote sur le projet de Constitution européenne.
4 octobre :Tentative de Didier Julia pour intervenir dans la libération d’otages français en Irak.
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59
Une émission de J.-P. Coffe s’appelle « Ça se bouffe pas, ça se mange ».