Dominium Mundi. Livre II
- Автор: Baranger François
- Серия: Dominium Mundi #2
- Год: 2014
- Язык: французский
- Год: Critic
- ISBN: 979-1-090648-18-0
- Жанр: Космическая фантастика
Электронная книга - «Dominium Mundi. Livre II». Краткое содержание книги:
Tancrède n’était pas surpris, il s’attendait à cette réaction. Il leva les mains pour demander le silence et le brouhaha diminua peu à peu.
« Vous vous sentez dépassés par l’ampleur de ce conflit ? Vous pensez que nous ne sommes que des insectes face à un géant, que nous n’avons aucun moyen de mettre un terme à cette guerre injuste, que jamais nous ne pourrons changer le cours des événements ? »
Personne ne répliqua, mais les visages n’exprimaient qu’une seule réponse : bien sûr !
« C’est faux ! cria Tancrède. C’est faux et c’est stupide ! Un homme seul peut changer le destin de l’humanité, pourvu qu’il en ait la volonté nécessaire ! »
Encore un silence. Tout le monde était suspendu aux paroles de l’ex-lieutenant. Liétaud remarqua que même si certains, comme Pierre Sanche, frémissaient de colère à ces propos agressifs, ils semblaient trop captivés pour l’interrompre.
« Urbain IX a changé le cours de l’histoire, lui ! Qu’avait-il de plus que nous ? Nous avons déjà fait le premier pas en nous rebellant, vous en vous évadant, nous en désertant, et nous en resterions là ? L’ampleur de ce conflit nous dépasse ? Fort bien, alors hissons-nous à son niveau ! Qui sur cette planète sont les premiers concernés par cette guerre, sinon les Atamides ? Qui sur cette planète sont en nombre suffisant pour s’opposer aux armées croisées, sinon les Atamides ? Ils représentent une force extraordinaire qui fera trembler l’ECM si nous réussissons à les convaincre. Allions-nous aux habitants d’Akya et dressons-nous contre les barons ! Au moins, aurons-nous une chance de vivre en paix, et peut-être même de rentrer chez nous et de revoir nos familles. Et si nous échouons, qu’aurons-nous perdu ? »
Les inermes commençaient à sortir de la stupeur dans laquelle la proposition de Tancrède les avait plongés.
« C’est impossible, s’écria l’un d’eux. Ta proposition est vouée à l’échec !
— Comment des sauvages pourraient-ils venir à bout des Croisés ? dit un autre. Même entraînés, ils ne feront jamais le poids face aux soldats humains !
— Et qui voudrait de ces monstres pour alliés ? Qui sait quel sort ils nous réserveraient ? »
Tancrède était à bout. Il décida qu’il était temps d’asséner leurs quatre vérités à ces pseudo-rebelles. En deux enjambées, il vint se placer au centre de la salle puis il aboya :
« Vous pouvez toujours vous donner des airs de révoltés anticonformistes, en réalité vous ne valez pas mieux que n’importe quel troupier ! Vous vous êtes dressés contre une injustice qui vous était faite, et vous êtes les premiers à en faire une aux Atamides ! Qui vous dit qu’ils ne sont pas dignes d’être respectés comme vous voulez qu’on vous respecte ? Vous vous êtes rebellés parce qu’on vous a enrôlés de force et parce qu’on vous traitait comme des sous-hommes, mais finalement, l’opposition à cette guerre n’était qu’un prétexte pour flatter votre amour-propre ! Une posture ! En ce qui concerne les Atamides, vous n’êtes pas différents des autres : ce sont des monstres et ils peuvent bien se faire exterminer, on s’en tape ! »
Durant sa diatribe, il les avait tous pointés du doigt les uns après les autres et la plupart avait baissé les yeux.
« Vous vous croyez bien supérieurs aux soldats, n’est-ce pas ? Pourtant, c’est moi, Tancrède de Tarente, lieutenant des armées croisées, pur produit de l’ECM, qui parvient à dépasser mes préjugés pour proposer de faire un pas vers ce peuple, et c’est vous, les ingénieurs, les intellectuels, qui préférez détourner le regard et laisser les nôtres perpétrer un génocide ! »
Tancrède s’interrompit, le souffle court et les poings serrés. Il avait dit ce qu’il avait à dire.
Presque tous les inermes gardaient la tête baissée, toutefois certains opinaient du chef. Tancrède se trouva une chaise et s’y assit rageusement.
Ce fut Élisée Dourdhal, la nouvelle venue à l’état-major, qui s’exprima la première.
« Je trouve que tu y vas un peu fort, sold… Tancrède, même s’il y a du vrai dans ton analyse. Nous sommes peut-être trop préoccupés par notre survie à court terme. Peut-être aussi que nous nous montrons parfois trop pessimistes envers nous-mêmes. Quand je t’entends dire que nous pouvons défier l’ECM et abattre les barrières qui se dressent naturellement entre nous et les Atamides, j’ai tendance à prendre ça pour des inepties. Et pourtant, si l’on m’avait annoncé, lorsque j’avais à supporter mille brimades à bord du Saint-Michel, que nous serions capables de mener à bien une opération telle que notre évasion, je dois avouer que je n’aurais pas misé grand-chose là-dessus. »
Pierre Sanche prit la parole à son tour.
« Il a peut-être raison en ce qui concerne notre… lâcheté ordinaire, mais ce n’est pas pour autant que nous devons foncer tête baissée dans ce qu’il nous propose.
— Ce n’est pas ce qu’il nous demande, intervint Albéric. Il nous demande simplement de ne pas rejeter sa proposition par principe, sans l’avoir envisagée sérieusement.
— Très bien, admit Sanche, alors explique-nous, Tancrède, pourquoi tu penses que nous devrions chercher une alliance avec les Atamides. »
Tancrède regarda celui qui venait de l’interpeller et, comme il ne décela ni animosité, ni raillerie dans son expression, il répondit.
« J’ai beaucoup réfléchi ces derniers jours… », commença-t-il.
En fait, il n’avait pas vraiment réfléchi. Sa décision ne procédait pas d’une réflexion, mais davantage d’une intuition. L’un de ses derniers rêves étranges – avant son combat contre le Foudroyeur – avait changé quelque chose en lui. Il était désormais certain que ces songes étaient des messages. Il n’avait aucune idée de qui les lui envoyait, et encore moins de comment, mais il savait que c’était un Atamide, et que celui-ci voulait le rencontrer. Et ce simple fait signifiait qu’un contact entre les deux peuples était possible. En fait, il avait même déjà eu lieu : ces rêves étaient un contact.
Pas question, bien sûr, d’évoquer cela. Tancrède craignait bien trop de passer pour un illuminé. Et d’ailleurs, comment être sûr qu’il n’en était pas un ?
« J’ai beaucoup réfléchi ces derniers jours et j’en suis arrivé à la conclusion que les exigences de notre survie pouvaient coïncider avec notre devoir moral envers les Atamides. Après tout, ce sont les premiers concernés par cette guerre aberrante. Je suis persuadé que si j’arrive à prendre contact avec eux, je parviendrai à les convaincre de s’allier avec nous. Nos connaissances de l’armée humaine conjuguées à leur nombre, cela ne nous assurera certes pas la victoire, mais cela nous donnera une chance raisonnable.
— D’accord, rétorqua Sanche. Mais comment comptes-tu dénicher des Atamides, entrer en contact avec eux sans te faire tuer, puis réussir à communiquer ? »
Bien qu’il n’y ait eu aucune ironie dans la question, des rires fusèrent et quelqu’un s’exclama : « Rien que ça ! » Tancrède allait répondre, mais Albéric fut plus prompt que lui.
« Ça suffit ! s’écria-t-il en se levant d’un bond. Vous me faites honte ! Personne ne vous force à être d’accord avec Tancrède, mais ne dénigrez pas ce qu’il propose. C’est le seul à nous suggérer une issue ! Depuis le début, nous vivons au jour le jour, sans échafauder le moindre plan pour rendre notre situation viable à long terme. Or, c’est exactement ce qu’il vient de faire. C’est même la proposition la plus sensée qui ait jamais été formulée concernant notre avenir. Alors, entre fuir l’inéluctable pendant quelques années avant que les troupes croisées nous retrouvent ou aller nous-mêmes au-devant de notre destin en prenant le risque de rencontrer les Atamides, le choix n’est pas difficile. »