Valentin de Majipoor [Valentine Pontifex - fr]
- Автор: Силверберг Роберт
- Серия: Majipoor (fr) #3
- Год: 1985
- Язык: французский
- Год: Robert Laffont
- ISBN: 2-221-04390-1
- Переводчик: Patrick Berthon
- Жанр: Фэнтези
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Mais il n’est pas dit que le règne de Valentin restera serein. Tandis que le Coronal entreprend son Périple à travers les immensités de Majipoor, afin de se faire voir de ses peuples, accompagné de Carabella, son épouse bien aimée, de ses amis des jours d’infortune devenus grands seigneurs et d’une armée de courtisans, les nuages s’amoncellent, les maladies frappent les récoltes, s’étendent comme feu de forêt. Des monstres surgissent des forêts d’habitude paisibles de Majipoor. La famine survient, et la rébellion.
Faudra-t-il faire la guerre aux Changeformes ? Car ce sont eux, premiers occupants de la planète, jadis massacrés et refoulés par les humains venus de l’espace, qui tentent une nouvelle révolte. Valentin, qui est épris de paix et d’amour, ne parvient pas à s’y résoudre. Majipoor va-t-elle sombrer ?
— Tu dis que la Dame vient souvent te voir ?
— Quelquefois deux ou trois fois par semaine. Je me sens très privilégiée. Mais cela m’inquiète aussi de la voir si fatiguée, de sentir le poids qui pèse sur son âme. Elle vient me voir pour m’aider, tu sais, mais j’ai parfois l’impression que c’est à moi de l’aider, que je devrais lui prêter ma force et la laisser s’appuyer sur moi…
— Tu le feras, mère.
— Est-ce que je te comprends bien, Hissune ?
Il ne répondit pas pendant un long moment. Il laissa son regard se poser dans la petite pièce minable sur les objets familiers de son enfance, les rideaux déchirés, les meubles usés, et il pensa à la suite où il avait passé la nuit et à ses appartements sur le Mont du Château.
— Tu ne resteras plus très longtemps ici, mère, dit-il enfin.
— Et où irais-je ?
Il hésita de nouveau.
— Je crois que l’on va me nommer Coronal, mère, dit-il posément. Ce jour-là, tu devras aller sur l’Ile et accomplir une tâche nouvelle et difficile. Comprends-tu ce que je te dis ?
— Parfaitement.
— Et es-tu prête, mère ?
— Je ferai ce que je dois, dit-elle en souriant.
Puis elle secoua la tête, l’air incrédule. Mais elle chassa son incrédulité et s’avança pour le prendre dans ses bras.
9
— Et maintenant, dit Faraataa, que la parole se répande.
C’était l’heure de la Flamme, l’heure de midi, et le soleil brillait dans le ciel au-dessus de Piurifayne. Il ne pleuvrait pas ce jour-là ; la pluie n’était pas acceptable, car c’était le jour où la parole se répandait et c’était une chose qui devait être accomplie sous un ciel serein.
Il était juché au sommet d’un échafaudage d’osier dominant la vaste clairière que ses fidèles avaient ouverte dans la jungle. Des milliers d’arbres abattus, une grande balafre au cœur de la forêt, et dans cet énorme espace à ciel ouvert se tenait son peuple, coude à coude, aussi loin que portait le regard. De chaque côté de lui se dressaient les nouveaux temples de forme pyramidale, presque aussi hauts que son échafaudage. Ils étaient bâtis avec des troncs entrecroisés selon le modèle ancien et à leur sommet flottaient les deux bannières de la rédemption, la rouge et la jaune. C’était la Nouvelle Velalisier, là, dans la jungle. Faraataa était décidé, l’année suivante à la même époque, à célébrer ces rites dans la vraie cité de Velalisier enfin reconsacrée, au-delà de la mer.
Il effectua les Cinq Transformations, passant aisément et sereinement de forme en forme : la Femme Rouge, le Géant Aveugle, l’Homme Écorché, le Dernier Roi. Chaque Transformation était ponctuée par des sifflements de l’assistance et quand il effectua la cinquième Transformation et se présenta sous l’apparence du Prince À Venir, le bruit était assourdissant. La foule l’acclamait dans un interminable crescendo.
— Faraataa ! Faraataa ! Faraataa !
— Je suis le Prince À Venir et le Roi Qui Est, hurla-t-il comme il avait si souvent hurlé dans ses rêves.
— Vive le Prince À Venir qui est le Roi Qui Est ! répondit la foule.
— Joignez les mains, dit-il, unissez vos esprits et appelons les rois des eaux.
Et ils unirent leurs mains et leurs esprits ; il sentit leur force qui montait en lui et lança son appel :
— Frères de la mer !
Il perçut leur musique. Il sentit leurs grands corps remuer dans les profondeurs. Tous les rois répondirent : Maazmoorn, Girouz, Sheitoon, Diis, Narain et d’autres encore. Ils s’unirent, lui insufflèrent une partie de leur force et devinrent une caisse de résonance pour ses paroles.
Et ses paroles se répandirent par tout le pays et frappèrent tous ceux qui avaient la faculté d’entendre.
— Vous qui êtes nos ennemis, écoutez ! Sachez que la guerre est proclamée contre vous et que vous êtes déjà vaincus. L’heure du jugement a sonné. Vous ne pouvez nous résister. Vous ne pouvez nous résister. Vous avez commencé à périr et il n’est plus possible de vous sauver.
Et les voix de son peuple s’élevaient autour de lui.
— Faraataa ! Faraataa ! Faraataa !
Sa peau commença de briller. Ses yeux émirent un rayonnement. Il était devenu le Prince À Venir ; il était devenu le Roi Qui Est.
— Depuis quatorze mille ans, ce monde vous appartient, mais nous l’avons reconquis. Abandonnez-le, étrangers ! Montez dans vos vaisseaux et embarquez-vous pour les étoiles d’où vous êtes venus, car ce monde est maintenant nôtre. Partez !
— Faraataa ! Faraataa !
— Partez ou vous sentirez le poids de notre colère ! Partez où nous vous jetterons dans la mer ! Partez ou nous n’épargnerons pas un seul d’entre vous !
— Faraataa !
Il étendit les bras. Il s’ouvrit à l’énergie de tous ceux dont les âmes étaient unies devant lui et à celle des rois des eaux qui étaient son soutien et son réconfort. Il savait que le temps de l’exil et de la peine touchait à son terme. La guerre sainte était presque gagnée. Ceux qui les avaient dépossédés de leur planète et s’étaient répandus sur elle comme une nuée d’insectes maraudeurs allaient être exterminés.
— Écoutez-moi, ô ennemis. Je suis le Roi Qui Est !
Et les voix silencieuses élevèrent leur concert assourdissant :
— Écoutez-le, ô ennemis. Il est le Roi Qui Est !
— Votre heure est venue ! C’en est fait de vous ! Vous serez châtiés pour vos crimes et pas un seul n’en réchappera ! Partez de notre planète !
— Partez de notre planète !
— Faraataa ! criaient-ils à pleine gorge. Faraataa ! Faraataa !
— Je suis le Prince À Venir. Je suis le Roi Qui Est !
Et ils lui répondaient :
— Vive le Prince À Venir qui est le Roi Qui Est !
LE LIVRE DU PONTIFE
1
— Les temps sont étranges, monseigneur, quand le Coronal doit venir en mendiant trouver le Roi des Rêves.
Sleet tenait la main ouverte devant son visage pour se protéger du vent torride de Suvrael qui soufflait vers eux sans répit. Encore quelques heures de navigation et ils jetteraient l’ancre à Tolaghai, le plus grand port du continent méridional.
Pas en mendiant, Sleet, dit calmement Valentin. En frère d’armes venant quérir de l’aide contre un ennemi commun.
Carabella, stupéfaite, se tourna vers lui.
— Un frère d’armes, Valentin ? Je ne t’ai jamais entendu parler de toi en termes aussi belliqueux.
— Sommes-nous en guerre, oui ou non ?
— Ainsi tu es prêt à combattre ? Tu es prêt à ôter la vie de tes propres mains ?
Valentin l’observa attentivement en se demandant si elle essayait de le piquer au vif. Mais non, son visage avait sa douceur habituelle et la tendresse se lisait dans ses yeux.
— Tu sais que je ne verserai jamais le sang, dit-il. Mais il y a d’autres manières de faire la guerre. Dans celle que j’ai déjà faite et où tu étais à mes côtés, ai-je ôté la vie à quelqu’un ?
— Mais quels ennemis aviez-vous en face de vous ? demanda Sleet avec agacement. Vos amis les plus chers, mystifiés par les Métamorphes ! Elidath, Stasilaine, Tunigorn. Mirigant… ils ont tous pris les armes contre vous. Vous avez naturellement fait preuve de bienveillance avec eux ! Vous n’avez jamais eu envie de tuer Elidath ou Mirigant, seulement de les ranger de votre bord.