Dominium Mundi. Livre II
- Автор: Baranger François
- Серия: Dominium Mundi #2
- Год: 2014
- Язык: французский
- Год: Critic
- ISBN: 979-1-090648-18-0
- Жанр: Космическая фантастика
Электронная книга - «Dominium Mundi. Livre II». Краткое содержание книги:
Pour la plupart, celles de Tancrède étaient sans gravité, à l’exception des côtes brisées durant la dégringolade dans la faille, pour lesquelles on ne pouvait rien faire d’autre qu’attendre en se ménageant, et des brûlures provoquées par les décharges du Foudroyeur, sur lesquelles il faudrait appliquer un baume pendant encore quelques jours.
Liétaud, lui, n’étant pas tenu au repos, avait repris les entraînements des inermes dès le lendemain, à raison de deux séances par jour, une le matin, l’autre le soir lorsque la température redevenait supportable. Parfois la pluie se liguait avec lui pour rendre les exercices encore plus difficiles. Après s’être interrompue pendant près de deux jours, celle-ci avait repris sous forme d’averses brèves et soutenues, qui se déchaînaient toutes les cinq ou six heures. Néanmoins, les météorologues de l’armée prédisaient qu’elles cesseraient bientôt, et pour longtemps.
Au fil des jours, Tancrède se remettait rapidement et trouvait qu’on le traitait avec trop de ménagements. Son corps ne le faisait presque plus souffrir. Ces derniers temps, il était plutôt tourmenté par une décision qu’il avait prise. Une décision importante, qui pouvait s’avérer lourde de conséquences. Ce matin, il s’était d’ailleurs résolu à en parler avec Liétaud et les responsables du groupe. Il tournait encore et encore dans sa tête ce qu’il allait leur dire lorsque le talkie courte-portée posé sur l’une des chaises crépita à plein volume : « Intercepteurs en approche ! Tout le monde rentre immédiatement aux cavernes ! Je répète : intercepteurs en approche ! Tout le monde rentre immédiatement aux cavernes ! Ceci n’est pas un exercice ! »
C’était la première fois que cette alerte se produisait pour de bon, cependant les inermes s’y étaient préparés dès les premiers jours de leur installation. Aussi, tous se ruèrent vers leur refuge sans perdre un instant, ramassant l’ensemble du matériel afin de ne laisser aucune trace visible derrière eux. En quelques minutes, une petite foule hétéroclite et hors d’haleine s’était massée sous le grand auvent et seules des traces de pas dans le sable trahissaient leur passage. En principe, les intercepteurs ne possédaient pas d’équipement capable de repérer des signes de présence aussi discrets.
Tancrède et Liétaud se rendirent sans attendre au Chaudron. Là, une quinzaine de personnes, dont presque tout l’état-major, étaient rassemblées devant le pupitre central. Sur les écrans, une escadre d’intercepteurs volait à basse altitude, vue en plan large depuis un satellite. Stylisée en bleu par l’ordinateur, leur trajectoire se détachait nettement sur le fond de désert montagneux.
Dès qu’il entra dans la salle, Albéric s’approcha de Tancrède pour le tenir informé.
« Huit intercepteurs sont actuellement à sept cents kilomètres à l’est. Leur trajectoire actuelle devrait les faire passer à moins de trois cents mètres de nos cavernes, d’ici environ neuf minutes.
— Vous avez calculé vous-même cette trajectoire ?
— Non, je te rappelle que nous disposons d’une connexion pirate sur les communications militaires. »
Tancrède hocha la tête. Il n’avait pas le moins du monde oublié cette donnée.
« Tu penses qu’ils nous cherchent ? demanda Albéric.
— Cela m’étonnerait, répondit l’ex-lieutenant avec une moue dubitative. Ils ont d’autres chats à fouetter pour le moment. Vous n’aurez du souci à vous faire qu’à la fin de la guerre.
— C’est une simple patrouille, renchérit Liétaud, et ce n’est qu’une coïncidence si elle passe près de chez vous.
— Près de chez nous », corrigea Albéric avec un clin d’œil.
Le soldat flamand le dévisagea d’un air surpris, puis sourit. Leurs relations s’étaient grandement améliorées depuis l’expédition au Sanctuaire.
La tension qui s’était installée avec l’alerte gagna en intensité tandis que chacun fixait les écrans du pupitre, hypnotisé par l’approche des appareils lourdement armés qui s’apprêtaient à les survoler. Puis, plus rapidement que prévu, un sourd grondement s’amplifia jusqu’à devenir un rugissement fracassant qui fit trembler toute l’installation des inermes. Certains se bouchèrent compulsivement les oreilles et tous se félicitèrent intérieurement d’avoir suivi les conseils des deux soldats sur l’utilisation des filets de camouflage. Puis le vacarme décrût pour enfin disparaître quelques instants plus tard.
Ceux qui étaient debout se laissèrent tomber sur les chaises en poussant de longs soupirs tandis que d’autres se donnaient des accolades en riant de leur frousse ou en commentant les mines effrayées qu’ils avaient eues. Tancrède remarqua qu’Albéric, renfrogné, ne participait pas à l’allégresse générale. Il l’interrogea d’un haussement de sourcils.
« Je n’ai pas envie de sauter de joie alors qu’on vient tous de pisser dans nos frocs à cause de huit foutus intercepteurs.
— Il y avait de quoi, non ?
— Oui, voilà précisément ce qui me fout en rogne. Nous sommes condamnés à vivre terrés dans des cavernes où nous nous précipiterons dès qu’un soldat croisé pointera le bout de son nez ! Tu parles d’une vie. »
Il avait parlé fort ; tout le monde avait entendu. Un silence de plomb retomba aussitôt sur le Chaudron, contrastant avec l’euphorie qui venait à peine d’éclater.
C’était le moment que Tancrède attendait.
« Justement, j’ai une solution à vous proposer. »
Tous les regards se tournèrent vers lui comme autant d’aiguilles polarisées par un champ magnétique. Liétaud était aussi surpris que les autres, son ami ne lui avait parlé de rien. Il le sentit d’ailleurs hésitant. De toute évidence, quoi qu’il s’apprêtât à dire, Tancrède allait s’exprimer à contrecœur.
« Je crois que nous sommes tous d’accord avec le constat d’Albéric, déclara-t-il d’une voix suffisamment forte pour que tout le monde l’entende. Nous ne pouvons pas vivre ainsi ! Cachés sous terre, terrorisés à l’idée que l’armée nous retrouve, avec pour seul horizon des stocks alimentaires qui s’amenuisent chaque jour. Or, quelle serait notre alternative ? Nous déplacer sans cesse ? Irréaliste. Migrer loin d’ici, à l’autre bout de la planète s’il le faut, afin d’échapper aux patrouilles croisées ? Cela ne durera qu’un temps. L’armée finira par nous retrouver tôt ou tard. Alors que faire ? »
Tancrède observa une pause. Nul ne dit mot. Cette froide analyse de leurs perspectives à long terme, tous l’avaient faite, mais aucun ne l’avait jamais formulée ouvertement.
« Pourtant, une solution existe, simple et directe, qui résoudrait ce problème et tous les autres, comme celui du retour sur Terre pour ceux qui le désirent ! »
Dans l’auditoire, tous les yeux étaient écarquillés. Les inermes semblaient balancer entre la tentation de prendre Tancrède pour un fou et l’envie de savoir ce qu’il allait dire. Albéric, lui, avait l’air d’avoir déjà compris.
« Tu veux affronter l’armée croisée », dit-il d’une voix neutre.
La stupeur qui suivit cette phrase renforça encore – si cela était possible – le silence étouffant qui régnait dans le Chaudron.
« Exactement.
— Alors, tu as perdu la raison.
— Non, car nous ne le ferons pas seuls. Nous le ferons avec les Atamides. »
Autant le silence avait été pesant, autant le concert d’exclamations qui suivit fut retentissant. Comme tout le monde parlait en même temps, rien de compréhensible n’émergea de cette cacophonie, mais certains mots revenaient dans toutes les phrases. Des mots comme « insensé », « absurde », « stupide », « délirant », et bien d’autres encore.