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Le bouclier du temps [The Shield of Time - fr]

Электронная книга - «Le bouclier du temps [The Shield of Time - fr]». Краткое содержание книги:

Voici venue l’heure des ultimes aventures de Manse Everard et ses collègues de la Patrouille du temps au service de l’Histoire… Des aventures qui conduiront nos héros depuis la préhistoire jusqu’à une étrange variante de notre XXe siècle, en passant par la Bactriane du IIIe siècle avant notre ère et le Moyen Âge italien. Car les Exhaltationnistes menacent toujours, sans parler d’un danger plus grand encore qui pourrait bien annihiler jusqu’à la Patrouille elle-même… et nous avec !
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« J’aimerais…» Elle déglutit et détourna les yeux. Puis, à toute vitesse : « J’aimerais pouvoir rester ici. »

Il sentit son cœur faire un bond. « Tu n’es pas obligée de partir, tu sais.

— Si, il faut vraiment que j’y aille. Je n’ai que trop peu de jours à consacrer à ma famille. » Ses parents et sa sœur, qui jamais ne sauraient qu’elle voyageait à travers les âges et dont les années ne dépasseraient jamais la centaine, sans s’écarter de la ligne droite allant de la conception à la décomposition. « Et puis il faudrait… je devrais vraiment appeler Steve. » Son oncle, un Patrouilleur en poste dans l’Angleterre victorienne. « Avant de reprendre le collier. » Elle aurait pu rester en vacances pendant des années, se présentant ensuite à son supérieur quelques minutes à peine après l’avoir quitté ; mais un Patrouilleur n’agit jamais de la sorte. Il ou elle doit au service une proportion raisonnable de sa ligne de vie. Et puis, quand on néglige son travail un peu trop longtemps, on perd sa vivacité et cela peut se révéler fatal, pour soi-même ou – pire – pour un camarade.

« Okay, je comprends », soupira Everard. Il osa poser la question que tous deux avaient soigneusement évitée jusque-là. « Est-ce qu’on pourra se revoir ? »

Elle éclata de rire et le prit par la main. Comme sa main était chaude ! « Mais bien sûr. » Ses yeux se tournèrent vers lui. La pénombre était telle qu’il ne pouvait distinguer le bleu de leurs iris. Mais l’ossature de son visage était nettement visible et ses cheveux coupés court étaient teintés d’ambre. Elle était à peine plus petite que lui, et c’était un colosse. « A vrai dire, je l’espérais bien. Mais je ne voulais pas m’imposer. Ne me dis pas que tu es timide !

— Eh bien… euh…» Jamais il n’avait été un beau parleur. Comment pouvait-il lui expliquer ? Ce n’était même pas clair à ses propres yeux. L’écart entre nos grades respectifs, je suppose. J’ai peur de lui paraître condescendant, ou, a contrario, trop dominateur. Les femmes de sa génération ont grandi avec une fierté qui frise la susceptibilité. « Je suis du genre vieux garçon, rappelle-toi. Et toi, tu n’as que l’embarras du choix si tu as envie d’aller par là. » Elle s’était montrée ouvertement flattée par les attentions des autres agents de sexe masculin. Et ceux-ci étaient fort exotiques à ses yeux, voire séduisants et spirituels, alors qu’il n’était qu’un Américain du XXe siècle, un peu balourd et même quelconque, affublé d’un visage marqué par les épreuves.

« Peuh ! fit-elle. Je suis sûre que tu as déjà ravagé plus de cœurs que je n’en pourrai jamais conquérir. Ne le nie pas. Tu ne serais pas un homme normal si tu n’avais pas saisi ce genre d’occasions quand elles se présentaient à toi. »

Et de ton côté ?… Non, ça ne me regarde pas.

« Non que tu aies jamais abusé de la situation, s’empressa-t-elle d’ajouter. Cela ne te ressemble pas, je le sais. J’ai été surprise et… et ravie quand tu n’as pas coupé les ponts après la Béringie. Bon sang, tu ne croyais quand même pas que je ne voulais plus te voir ? »

Il faillit la prendre dans ses bras. Est-ce ce qu’elle le souhaite ? C’est fort possible, nom de Dieu ! Mais non. Ce serait une erreur.

Elle était trop entière. Qu’elle commence par mettre de l’ordre dans ses sentiments. Oui, et que lui-même commence par y voir plus clair dans ses désirs et ses besoins.

Pour l’instant, fiston, contente-toi de ce que tu as eu, à savoir ces quinze derniers jours. Il serra le poing de sa main libre et marmonna : « Bien, bien. Où aimerais-tu aller ensuite ? » Pour que nous fassions plus ample connaissance.

Elle aussi semblait vouloir se réfugier dans la banalité. « Oh ! il faut que je réfléchisse. Tu as des idées ? »

Voilà qu’ils arrivaient devant le bâtiment principal, entraient dans sa véranda et gagnaient la salle commune. Un grand feu crépitait dans la cheminée de pierre. Au-dessus du manteau étaient accrochés des bois de mégacéros. Sur le mur d’en face, un bouclier de cuivre frappé d’un sablier stylisé. C’était l’emblème de la Patrouille, celui qui ornait l’uniforme que les agents ne portaient que rarement. Les vacanciers attendaient l’heure du souper en buvant un verre, en devisant, en jouant au go ou aux échecs, ou encore en écoutant une pianiste qui interprétait un scherzo de Chopin.

Le plus souvent, les Patrouilleurs prenant des vacances dans ces chalets se regroupaient en fonction de leur époque d’origine. Mais cette pianiste était née au XXXIIe siècle apr. J.C., sur une lune de Saturne. Parfois, un agent était curieux de rencontrer des collègues d’une autre époque et tombait sous le charme de telle ou telle de leurs caractéristiques.

Everard et Tamberly ôtèrent leurs parkas. Elle alla faire ses adieux à la compagnie. Lui s’attarda près de la pianiste. « Vous comptez rester ici ? lui demanda-t-elle en temporel.

— Oui, pour quelques jours encore.

— Bien. Moi aussi. » Elle baissa ses yeux topaze. Son crâne chauve et d’une blancheur d’albâtre – fruit d’une ingénierie génétique perfectionnée – se pencha au-dessus des touches. « Si vous avez besoin de vous soulager le cœur, j’ai le Don de Quiétude.

— Je sais. Merci. » Il pensait que quelques randonnées en solitaire lui suffiraient, mais il lui était reconnaissant de son offre.

Tamberly revint près de lui. Il l’accompagna jusqu’à sa chambre. Pendant qu’il l’attendait dans le couloir, elle enfila des vêtements appropriés à la Californie de l’été 1989 et acheva de boucler ses valises. Ils descendirent ensemble au sous-sol. Sous une lueur d’un blanc cru étaient alignés des scooters temporels, pareils à des motocyclettes d’un futur qui aurait oublié la roue. Elle chargea ses bagages sur celui qu’on lui avait attribué.

Puis, se retournant : « Eh bien, au revoir*, Manse. Rendez-vous au QG de New York, le 10 avril 1987 à midi, d’accord ? » C’était l’heure et le lieu dont ils étaient convenus.

« D’accord. Je… euh… j’aurai des billets pour Le Fantôme de l’opéra. Prends soin de toi.

— Et toi aussi, mon grand. » Elle se jeta sur lui. Leur baiser fut long et passionné.

Il s’écarta d’elle. Le souffle court, un peu échevelée, elle monta en selle, sourit, fit un signe de la main, pianota sur la console. Elle disparut avec son véhicule. Il n’entendit même pas l’appel d’air qui suivit.

Il resta immobile durant une ou deux minutes. Elle comptait accomplir une mission de trois mois avant de le retrouver pour de nouvelles vacances. Il ignorait combien de temps se serait écoulé pour lui. Cela dépendrait de ses activités. Il n’avait reçu aucun ordre de mission, mais cela ne tarderait guère, car la Patrouille devait surveiller un bon million d’années d’histoire humaine, avec des effectifs horriblement réduits.

Soudain, il pensa à ce qui lui arrivait et éclata de rire. Après toutes ces années passées à bourlinguer dans le continuum – il en avait perdu le compte –, était-il victime du retour d’âge ? Retombait-il en enfance, ou plutôt en adolescence ? Les sentiments qui l’agitaient n’auraient pas été déplacés chez un gamin de seize ans, et cela n’avait aucun sens. Il était tombé amoureux plus souvent qu’à son tour. En règle générale, il n’avait pas donné suite, car il en aurait résulté du mal et non du bien. Et peut-être était-ce à nouveau le cas. C’était même probable, nom de Dieu ! Mais peut-être pas. Il le saurait bien assez tôt. Petit à petit, ils se rapprocheraient l’un de l’autre, et soit ils feraient les sacrifices nécessaires pour sauver leur histoire, soit ils se sépareraient bons amis. En attendant… Il se dirigea vers la sortie.

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