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Le bouclier du temps [The Shield of Time - fr]

Электронная книга - «Le bouclier du temps [The Shield of Time - fr]». Краткое содержание книги:

Voici venue l’heure des ultimes aventures de Manse Everard et ses collègues de la Patrouille du temps au service de l’Histoire… Des aventures qui conduiront nos héros depuis la préhistoire jusqu’à une étrange variante de notre XXe siècle, en passant par la Bactriane du IIIe siècle avant notre ère et le Moyen Âge italien. Car les Exhaltationnistes menacent toujours, sans parler d’un danger plus grand encore qui pourrait bien annihiler jusqu’à la Patrouille elle-même… et nous avec !
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Le soleil, les étoiles et les feux de camp, la pluie, le tonnerre et une rivière en crue, les loups, les troupeaux de vaches paniques par les chasseurs, les chants, les sagas et les épopées ancestrales, les naissances, les morts et les sacrifices, les camarades, les défis et les amantes… Cynthia se gardait bien de lui poser des questions indiscrètes. Quoiqu’elle se montrât peu loquace, elle savait sûrement qu’il avait dû abandonner un être cher dans une Perse antique dont l’histoire avait été subtilement altérée. Pourtant, il n’avait pas ménagé ses efforts pour oublier Cassandane. Mais au bout de plusieurs mois passés loin de chez lui…

Et s’il avait décliné l’offre de Thuliash, il aurait eu plus de peine à gagner sa confiance, ce qui était d’une nécessité vitale pour sa mission, et… Que la petite Ferya ait une vie aussi heureuse que pouvait l’être une vie de nomade, que cette seconde lune de miel à Paris le rapproche un peu plus de Cynthia, une femme aussi aimante que vaillante, l’Éternel lui en soit témoin…

Son exubérance l’avait quitté. Il leva la hache qui l’identifiait comme un guerrier, un interlocuteur digne d’un chef de tribu. C’était aussi un communicateur. « Ici le spécialiste Keith Denison, j’appelle le QG de Babylone, dit-il en temporel. Allô, allô. Parlez librement ; mon équipier et moi sommes seuls. »

On entendit un grésillement. « Salut, agent ! Ravi d’avoir de vos nouvelles. Nous commencions à nous inquiéter.

— Oui, j’avais prévu de partir un peu plus tôt, mais ils souhaitaient que je participe à leur rite équinoxial et je ne pouvais guère refuser.

— Équinoxial ? Une société pastorale suivant le calendrier solaire ?

— Eh bien, cette tribu-ci observe les jours sacrés, ou plutôt leurs équivalents – sans aucun doute une donnée des plus importante. Pouvez-vous venir nous chercher ? Nous avons un char et deux chevaux. Des haras de la Patrouille.

— Tout de suite, agent. Le temps d’enregistrer vos coordonnées spatio-temporelles. »

Mikelian esquissa un pas de danse. « Vite, à la maison ! »

Un fourgon de transport apparut, un cylindre antigrav flottant à quelques centimètres du sol. Il avait voyagé uniquement dans l’espace. En émergèrent quatre hommes en tenue mésopotamienne au goût du jour, barbe frisottée comprise, qui s’empressèrent de charger le char et son attelage. Une fois que tout le monde eut embarqué, le pilote reprit les commandes et le Caucase s’évanouit.

Il fut remplacé sur l’écran par une plaine où l’herbe poussait à perte de vue. Non loin de là se trouvaient des bâtiments en rondins et un enclos ombragé. Deux femmes vêtues comme des paysannes coururent à la rencontre des nouveaux venus. Elles prirent en charge les chevaux de Denison. C’était en toute sécurité que la Patrouille maintenait un ranch en Amérique du Nord, bien avant l’arrivée des humains. Mikelian fit ses adieux aux deux bêtes avec force caresses. Peut-être les retrouverait-il lors de sa prochaine mission.

Le fourgon effectua un nouveau saut. Il émergea dans une cave secrète de Babylone, durant le règne d’Hammourabi.

Le directeur de l’antenne vint à la rencontre des deux anthropologues et les invita à dîner. Ils resteraient ici durant deux ou trois jours, le temps d’enregistrer les données qu’ils avaient collectées. Dans leur immense majorité, celles-ci n’avaient qu’un intérêt purement scientifique, mais la mission de la Patrouille était de servir l’humanité de toutes les façons possibles. Dommage que le savoir qu’elle emmagasinait ainsi ne pût être rendu public qu’après la date de l’invention du voyage dans le temps, songea Denison. Combien d’érudits gaspilleraient leur existence à étudier de pauvres résidus archéologiques, qui les conduisaient souvent sur de fausses pistes… Mais ils ne travailleraient pas en vain. Leur labeur constituait un socle permettant aux spécialistes de la Patrouille de mieux orienter leurs recherches.

Pendant le dîner, il fit part au directeur de celles de leurs découvertes qu’il jugeait signifiantes pour ses opérations. « Thuliash et sa confédération ne franchiront pas les montagnes. Ils vont plutôt migrer vers l’est. Donc, il ne renforcera pas les troupes de Gandash, et je pense que cela explique pourquoi les Kassites ne remporteront qu’une victoire partielle sur les Babyloniens dans dix-neuf ans, ainsi qu’il est écrit dans l’histoire.

— Du coup, la situation politico-militaire que nous devons surveiller est moins complexe que je ne le craignais, répliqua le directeur. Excellent. Vous avez fait du bon travail. » De toute évidence, il pensait aux hommes-années qu’il allait pouvoir affecter à la surveillance d’autres points chauds.

Il fournit à ses hôtes un guide et des vêtements appropriés afin qu’ils puissent visiter la cité. Pour Mikelian, c’était une première, et quant à Denison, Babylone ne manquait jamais de l’intéresser. Mais ils étaient impatients de regagner leurs milieux respectifs et poussèrent un soupir de soulagement en rentrant à l’antenne.

On leur coupa la barbe et les cheveux. S’il n’y avait pas de vêtements du XXe siècle en stock, leur tenue de travail ferait l’affaire en attendant mieux – elle était solide et confortable, et encore imprégnée d’une odeur de grand air évoquant d’agréables souvenirs. « J’aimerais bien conserver la mienne, dit Mikelian.

— Elle vous resservira sûrement, lui dit Denison. A moins que notre prochaine mission ne nous conduise dans un autre milieu, ce qui m’étonnerait beaucoup. Vous êtes prêt à rempiler avec moi, au moins ?

— Avec joie, monsieur ! » Le jeune homme avait les larmes aux yeux. Après lui avoir serré la main, il bondit sur un scooter, lui fit un geste d’adieu et disparut.

Denison choisit un véhicule parmi ceux qui attendaient sous la lueur crue des néons. « Que Dieu soit avec vous, agent », lui dit le responsable de la maintenance. C’était un Irakien du XXIe siècle. La Patrouille s’efforçait d’affecter ses agents en fonction de leur ethnie, laquelle évoluait moins vite que le langage ou la religion.

« Merci, Hassan. Pareillement. »

Une fois en selle, Denison s’abandonna un moment à la songerie. Il allait arriver dans une cave semblable à celle-ci, enregistrer son passage, se procurer des vêtements, de l’argent et un passeport, puis sortir de l’immeuble de bureaux dissimulant l’antenne de la Patrouille, descendre le boulevard Voltaire en ce 10 mai 1980, au cœur du printemps parisien qui est la plus belle des saisons… La circulation allait être pénible, mais la ville n’avait pas encore atteint le statut de monstrueuse mégapole qui serait le sien un peu plus tard… L’hôtel où Cynthia leur avait réservé une chambre se trouvait sur la Rive gauche, une maison au charme un peu désuet où les croissants du petit déjeuner étaient préparés sur place et dont le personnel bichonnait les amoureux en goguette…

Il entra les coordonnées de sa destination et pressa le levier principal.

1980α apr. J.C.

La lumière du jour l’aveugla.

La lumière du jour ?

Sous le choc, ses mains restèrent collées au guidon. Comme à la lueur d’un éclair déchirant la nuit, il découvrit une rue étroite, des murs couronnés de pignons, une foule qui s’écartait de lui en hurlant de panique, avec des femmes coiffées de châles et toutes de noir vêtues, des hommes en manteaux et pantalons bouffants de couleur terne, avec dans l’air une odeur de fumée et de porcherie… Il comprit aussitôt qu’aucune cave secrète ne l’attendait et que sa machine, conçue pour éviter d’émerger dans un bloc de matière solide, l’avait amené à la surface d’un lieu qui n’était pas son Paris…

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