Le bouclier du temps [The Shield of Time - fr]
- Автор: Андерсон Пол Уильям
- Год: 2009
- Язык: французский
- Год: B
- ISBN: 978-2-84344-092-2
- Переводчик: Jean-Daniel Breque
- Жанр: Альтернативная история
Электронная книга - «Le bouclier du temps [The Shield of Time - fr]». Краткое содержание книги:
Il sombra dans un sommeil agité et peuplé de rêves.
Le matin venu, peu après qu’on lui eut servi un gruau infâme, un prêtre escorté de gardes vint le chercher. L’aperçu qu’il eut de la cellule voisine lui glaça les sangs. Mais on le conduisit dans une pièce aux murs carrelés où l’attendait une baignoire pleine d’eau chaude et on lui ordonna de se laver. Cela fait, il reçut un ensemble de vêtements masculins qu’il se hâta d’enfiler, après quoi on lui passa les menottes et on le conduisit dans un bureau où l’attendait frère Matiou, assis en dessous d’un crucifix.
« Remerciez le Seigneur et votre saint patron, si toutefois vous en avez un, car sa Vénérable Seigneurie, l’archicardinal Albin Fil-Johan, grand-duc des Provinces du Nord, consent à vous recevoir, déclara le frère d’une voix solennelle.
— Que grâce leur soit rendue, répondit Denison en se signant des deux mains. Je leur adresserai les offrandes qui leur sont dues dès que j’en aurai la possibilité.
— Comme vous êtes un étranger, bien davantage semble-t-il qu’un païen venu du Mexique ou de Tartarie, je vais commencer par vous donner certaines instructions afin que vous ne fassiez pas perdre trop de temps à Sa Vénérable Seigneurie. »
La voilà, ma chance ! Denison écouta le frère avec la plus grande attention. Durant l’heure qui suivit, il eut maintes fois l’occasion d’admirer l’habileté avec laquelle Matiou lui soutirait des informations, mais cela ne le dérangeait pas, bien au contraire, car il en profitait pour peaufiner sa couverture.
Puis on le fit monter dans un carrosse aux rideaux tirés, qui le conduisit dans un palais érigé sur une colline en laquelle il reconnut Montmartre ; après avoir traversé de somptueux corridors, gravi les degrés d’un splendide escalier et frôlé une porte de bronze ornée de bas-reliefs bibliques, il se retrouva dans une vaste salle, au plafond haut et aux murs blancs, où les rayons de soleil filtrés par les vitraux inondaient de lumière un superbe tapis d’Orient au bout duquel se tenait un trône sur lequel était assis un homme en robe de pourpre et d’or.
Conformément à ses instructions, Denison se prosterna. « Vous pouvez vous asseoir », lui dit une voix de basse. Quoique âgé, l’archicardinal demeurait plein de vigueur. La conscience du pouvoir semblait gravée sur chacun de ses traits. Ses besicles ne diminuaient en rien sa dignité. Toutefois, il était visiblement intrigué par son visiteur, prêt à l’écouter et à le questionner.
« Je remercie votre Vénérable Seigneurie. » Denison s’assit dans un fauteuil placé à quelque six mètres du trône. Pas question de courir des risques lors de cette audience privée. Près de la main droite du prélat était posée une clochette.
« Vous pouvez m’appeler lord, lui dit Albin. Nous avons beaucoup de choses à nous dire, vous et moi. » Sévère : « Ne cherchez pas à user de ruses et de subtilités. Les soupçons qui pèsent sur vous sont déjà assez lourds. Sachez que le Grand Inquisiteur, le supérieur du frère avec qui vous vous êtes entretenu, me presse de vous envoyer sur-le-champ au bûcher, avant que vous ne commettiez quelque mal. Il est d’avis qu’un magicien tel que vous ne peut être qu’un Juif vengeur. »
Denison avait suffisamment compris pour articuler, en dépit de sa gorge soudain sèche : « Un… un quoi, milord ? »
Albin haussa les sourcils. « Vous ne connaissez point ce terme ?
— Non, milord. Croyez-moi, je viens d’une contrée si éloignée que…
— Mais vous parlez un peu notre langue et prétendez être porteur d’un message à moi destiné. »
Ouais, je n’ai pas affaire à un demeuré. « Un message de bonne volonté, milord, dans l’espoir de nouer des relations plus étroites. La connaissance que nous avons de vous est limitée et résulte des visions de nos prophètes, ceux d’hier et d’aujourd’hui. Malheureusement, vous me voyez naufragé parmi vous. Non, je ne suis aucunement un Juif vengeur, quoi que signifient ces mots. »
Albin comprit l’essentiel de son discours, sinon tous ses détails. Ses mâchoires se serrèrent. « Les Juifs sont des artisans fort ingénieux, à tout le moins, et il est également possible qu’ils pratiquent la magie noire. Ce sont les descendants de ceux qui ont pu fuir l’Europe lorsque nos ancêtres l’ont purifiée de leur engeance. Ils se sont réfugiés chez les adorateurs de Mahound et voici à présent qu’ils leur apportent aide et assistance. Ne savez-vous donc pas que l’Autriche est tombée aux mains de ces païens ? Que les légions hérétiques de l’empereur de Russie sont aux portes de Berlin ? »
Et pendant ce temps, l’Inquisition s’active dans l’Occident chrétien. Bon Dieu ! Et moi qui croyais que mon XXe siècle était sinistre !
18 244 av. J.C.
I.
Par la suite, Manse Everard se dirait que le fait que ce soit lui qui ait été choisi, sans parler du lieu et du moment où cela lui était arrivé, aurait été fort ironique si la coïncidence n’avait pas été aussi absurde. Un peu plus tard, il se rappellerait ses conversations avec Guion et se perdrait en conjectures.
Mais lesdites conversations étaient totalement sorties de sa mémoire lorsqu’il reçut l’appel. Wanda et lui prenaient des vacances dans les chalets que la Patrouille avait construits dans les Pyrénées du pléistocène. Le dernier jour, ils se livrèrent à une tout autre activité que le ski ou l’escalade, ou encore les virées en aéro qui leur avaient permis de contempler les splendeurs de l’ère glaciaire et de jouir de l’hospitalité des hommes de Cro-Magnon établis plus au nord. Ils se contentèrent d’une promenade sur les pistes balisées, durant laquelle ils contemplèrent la montagne et savourèrent le silence, le leur et celui du paysage.
Le couchant bariolait d’or les pics et les crêtes enneigés. Les chalets se trouvaient à une altitude peu élevée, mais le domaine des neiges éternelles était plus étendu qu’à leur époque. La forêt autour d’eux était omniprésente et son vert sombre contrastait avec celui des alpages, plus vif et parsemé de taches de couleur par les fleurs estivales. Un peu plus haut, des bouquetins les observaient, les cornes levées vers le ciel, méfiants mais nullement apeurés. Le ciel, qui virait au vert à l’ouest, passant à l’azur au zénith puis tournant au pourpre à l’est, était envahi d’oiseaux migrateurs. Leurs cris descendaient jusqu’à eux dans l’air glacial. Pour le moment, les chasseurs humains n’avaient guère altéré les équilibres naturels ; ils jouaient le même rôle que le loup et le lion des cavernes. L’air embaumait la pureté.
Le bâtiment principal se dressait dans l’obscurité, masse ténébreuse découpée en fenêtres éclairées. « C’était génial, déclara Everard en anglais. Du moins pour moi.
— Pas mieux, répliqua Tamberly. C’est vraiment sympa de prendre une bleusaille par la main pour l’aider à profiter de ses vacances dans un tel lieu.
— Ah ! tout le plaisir était pour moi. Et puis, c’est toi la naturaliste. Tu m’as fait découvrir tout un tas de trucs dont j’ignorais jusqu’à l’existence. » Notamment comment traquer les mammouths, les rennes et les chevaux sauvages avec un appareil photo plutôt qu’un fusil. Vu son milieu d’origine, Wanda n’appréciait guère la chasse et les chasseurs. Everard était issu d’un autre contexte.
Non que ce genre de détail ait une importance pour des Patrouilleurs. Sauf que… Elle avait vingt et un ans quand nous avons fait connaissance, et elle n’en a pas vieilli de cinq ou six en temps propre. Et moi, combien en ai-je pris ? Traitement antisénescence ou pas, Everard n’avait pas envie de se consacrer à ce genre de décompte.