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Le bouclier du temps [The Shield of Time - fr]

Электронная книга - «Le bouclier du temps [The Shield of Time - fr]». Краткое содержание книги:

Voici venue l’heure des ultimes aventures de Manse Everard et ses collègues de la Patrouille du temps au service de l’Histoire… Des aventures qui conduiront nos héros depuis la préhistoire jusqu’à une étrange variante de notre XXe siècle, en passant par la Bactriane du IIIe siècle avant notre ère et le Moyen Âge italien. Car les Exhaltationnistes menacent toujours, sans parler d’un danger plus grand encore qui pourrait bien annihiler jusqu’à la Patrouille elle-même… et nous avec !
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Jim Erskine ! Un type capable de faire danser le fandango aux électrons. Ils étaient sortis ensemble quelque temps quand ils étudiaient à Stanford. Si Jim était à ses côtés… Mais elle avait définitivement coupé les ponts avec les gens comme lui le jour où elle avait intégré la Patrouille. Ainsi qu’avec toute sa famille, l’oncle Steve excepté ; oh ! elle continuait à voir ses parents, endormant leur méfiance avec des bobards sur son fantastique boulot qui l’obligeait à être par monts et par vaux. Cependant… La morsure de la solitude était plus cruelle encore que celle du vent.

« Mieux vaut aller quelque part au chaud et faire le point, marmonna-t-elle. En particulier si je peux boire un bon grog dans ce quelque part. » Si lamentable fût-elle, cette saillie lui remonta le moral. Elle ordonna à son engin de survoler la baie.

Pélicans et cormorans se comptaient par milliers. Sur les récifs se prélassaient des myriades de lions de mer. Elle se réfugia parmi les séquoias poussant sur la rive est, au sein d’ombrages mouchetés de taches dorées où gazouillait un ruisseau peuplé de truites bondissantes. La désolation est un concept subjectif, songea-t-elle.

Elle mit pied à terre, ôta ses sandales et piqua un cent mètres sur le sol moussu. Une fois échauffée, elle ouvrit les sacoches du scooter pour faire le point sur ses ressources.

Pas terrible. Trousse de premiers secours, casque, étourdisseur, batterie isotopique, lampe torche, lampe au sodium, gourde, barres protéinées, boîte à outils et tout le toutim. Sac de voyage avec fringues de rechange, brosse à dents, peigne, et cætera ; elle n’avait pas emporté sa garde-robe en vacances, le chalet recelant de quoi contenter ses visiteurs. Un sac à main, avec le viatique classique d’une jeune femme du XXe siècle. Deux bouquins pour lire à ses moments perdus. Comme la plupart des agents affectés loin de leur milieu d’origine et n’y disposant pas de pied-à-terre, elle avait droit à un casier à l’antenne locale, où elle conservait de l’argent et autres produits de première nécessité. Elle avait eu l’intention d’y prélever une petite somme puis de prendre un taxi pour gagner le domicile de ses parents, car ceux-ci ne pouvaient pas venir l’attendre à l’aéroport, ce qui tombait assez bien. Dans le cas contraire, elle aurait eu besoin de concocter un bobard pour les en dissuader.

Oh ! papa, maman, Susie… Et les chats aussi…

La sérénité du paysage lui fit bientôt oublier son désespoir. La meilleure chose à faire, décida-t-elle, ce n’était pas de retourner illico dans le pléistocène – pourtant, ça lui aurait fait un bien fou de retrouver Manse, l’incarnation même de la compétence tranquille –, ni d’effectuer des sauts dans le temps en restant dans cette région. Vu qu’elle ne pouvait plus se fier au déplacement temporel, autant se déplacer dans l’espace, vers l’est par exemple. Peut-être tomberait-elle sur des colonies européennes, et sinon elle traverserait carrément l’Atlantique ; mais elle finirait tôt ou tard par contacter un agent de la Patrouille.

Elle enfila son vieux blouson de rando, ce qui éveilla en elle des souvenirs qui lui serrèrent le cœur, puis chaussa des bottes solides et confortables. Le casque bouclé sur sa tête, l’étourdisseur passé à sa ceinture, elle se sentait prête à affronter tous les dangers. Remontant sur selle, elle décolla et se faufila entre les arbres gigantesques pour s’élever dans le ciel.

La Sacramento River et la San Joaquin River étaient toutes deux bordées de verdure ; le reste du paysage défilant en contrebas se partageait entre l’ocre et le fauve – pas la moindre trace d’irrigation, d’agriculture, d’aménagement urbain. Elle s’impatienta. Bien qu’elle volât à la vitesse d’un avion à réaction, c’était encore trop lent à son goût. Même si elle passait en mode supersonique, il lui faudrait des heures pour parvenir à destination et elle se devait d’économiser son énergie. Après avoir hésité un long moment, elle activa les contrôles de vol spatial.

Les pics de la Sierra se dressaient en dessous, le désert s’étendait à l’horizon, le soleil était bien plus haut qu’elle ne l’aurait cru. Elle pouvait foncer. « Yippee ! »

Progresse par petits bonds… Une plaine verdoyante à perte de vue, ondoyant sous la caresse du vent. Des nuages noirs se massant au sud. La radio demeurait muette.

Tamberly se mordit les lèvres. Elle n’aurait pas dû. Comme il était agréable de voguer au-dessus des prairies ! Les oiseaux se comptaient par milliers, mais le monde était étrangement désert. Elle aperçut une harde de chevaux sauvages, puis un troupeau de bisons. Ils étaient si nombreux que la terre virait au noir sur des kilomètres…

Un plumet de fumée sur la rive droite du Missouri. Elle s’immobilisa au-dessus de lui, activa son viseur et agrandit l’image. Oui, des hommes, ils avaient des chevaux, ils vivaient dans des huttes, ils cultivaient la terre aux alentours…

Impossible ! Dès qu’ils avaient dompté le cheval, les Indiens des plaines étaient devenus des guerriers et des chasseurs nomades, vivant sur le dos des bisons jusqu’à ce que les hommes blancs les exterminent en un rien de temps. Était-elle tombée sur une période de transition, en 1880 par exemple ? Non, car sinon elle aurait vu des signes de colonisation : voies ferrées, villes champignons, ranches, exploitations agricoles…

Un souvenir lui revint. Les barbares à cheval ne vivaient pas non plus en harmonie avec la nature. Sans prédateurs pour les arrêter, ils auraient eux aussi exterminé les bisons, plus lentement que les chasseurs blancs mais tout aussi sûrement.

Non. Je vous en supplie. Faites que je me trompe.

Tamberly fila vers l’est.

1137 apr. J.C.

Passer de la France de l’ère glaciaire à la Sicile médiévale via la Germanie de la même époque… de prime abord, Everard ne voyait rien de comique à cet itinéraire. Lorsqu’il y repensa, son petit rire sonnait creux. Le voyage dans le temps vous jouait souvent des tours comme celui-ci, et les chrononautes en étaient parfois les premiers surpris.

L’antenne de Palerme à cette époque n’était gérée que par un seul agent, occupant un bâtiment entièrement dévolu à son commerce et à sa famille. Impossible d’y aménager un garage souterrain. Et il n’était pas question qu’Everard se matérialise dans les airs aux commandes son scooter, suscitant moult commentaires des témoins étonnés. Il faudrait attendre 1140, et la montée en puissance du Royaume normand de Sicile, pour que la Patrouille agrandisse cette base. Sauf que cela n’arriverait jamais, puisque le roi Roger II venait de périr, entraînant du même coup l’annihilation de la Patrouille.

Mayence était depuis longtemps une des plus grandes cités du Saint Empire romain germanique, de sorte qu’on y avait établi le QG de ce milieu. A l’époque considérée, l’empire en question était une confédération plutôt lâche et assez agitée occupant un territoire qui, au XXe siècle, recouvrirait plus ou moins l’Allemagne, les Pays-Bas, la Suisse, l’Autriche, la Tchécoslovaquie et une partie de l’Italie du Nord et des Balkans. Everard se rappela le mot de Voltaire, selon lequel « ce corps » n’était « ni saint, ni romain, ni empire[23] ». Cela dit, l’appellation était un peu moins usurpée au XIIe siècle qu’au XVIIIe.

Le jour où Everard arriva à Mayence, l’empereur Lothaire se trouvait en Italie, où il défendait sa cause et celle du pape Innocent II contre le camp de Roger II et de l’antipape Anaclet II. Sa mort serait suivie d’une période de troubles, qui prendrait fin avec l’avènement de Frédéric Ier Barberousse. Pendant ce temps, c’est à Rome que se déplacerait le centre de l’action, et la Patrouille y établirait son QG en 1198 – sauf qu’elle n’en ferait rien, car plus aucune Patrouille n’était là pour prendre cette décision.

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Essai sur les mœurs et l’esprit des nations, chap. LXX. (N.d.T.)

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