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Le bouclier du temps [The Shield of Time - fr]

Электронная книга - «Le bouclier du temps [The Shield of Time - fr]». Краткое содержание книги:

Voici venue l’heure des ultimes aventures de Manse Everard et ses collègues de la Patrouille du temps au service de l’Histoire… Des aventures qui conduiront nos héros depuis la préhistoire jusqu’à une étrange variante de notre XXe siècle, en passant par la Bactriane du IIIe siècle avant notre ère et le Moyen Âge italien. Car les Exhaltationnistes menacent toujours, sans parler d’un danger plus grand encore qui pourrait bien annihiler jusqu’à la Patrouille elle-même… et nous avec !
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» Mais nous n’en avons rien fait. Et nous n’en ferons rien. Car, si nous avions agi ainsi, cela aurait entraîné des altérations en cascade, d’une complexité telle qu’il aurait été impossible de les comprendre, sans parler de les maîtriser. De même, si nous survivons à l’épreuve qui nous attend, si nous la surmontons, jamais nous ne pourrons revenir en aval pour nous aviser nous-mêmes de ce qui nous attend. Jamais, vous dis-je ! Essayez donc si ça vous chante, et vous constaterez que le conditionnement qui vous en empêche est encore plus puissant que celui qui vous interdit de révéler l’existence du voyage dans le temps à une personne non autorisée.

» La Patrouille a précisément pour mission de préserver le déroulement ordonné de l’histoire, de la cause et de l’effet, de la volonté et de l’action humaines. Cela entraîne souvent des tragédies, et la tentation d’intervenir dans le cours des événements est presque irrésistible. Mais nous devons y résister. Car sinon régnera le chaos.

» Et si nous voulons accomplir notre devoir, il faut que nous nous imposions d’agir de la façon la plus linéaire possible. N’oublions jamais que le paradoxe représente un danger pire que mortel.

» En conséquence de quoi, je me suis assurée que l’immense majorité de notre personnel ne serait pas informée de la crise en cours. Mieux vaut que la résolution de celle-ci soit confiée à des agents triés sur le volet, assistés d’individus en permission comme vous. Perturber davantage la structure normale des événements signifierait risquer l’oubli et l’oblitération. »

Ses épaules se voûtèrent. « La tâche a été dure », murmura-t-elle. Everard se demanda combien de temps elle y avait consacré. Elle ne s’était pas contentée de sauter d’une antenne à l’autre, transmettant l’information ici et l’étouffant là. Elle devait savoir ce qu’elle faisait. Sans doute avait-elle passé des journées entières dans les archives, les bases de données, les évaluations d’individus et d’époques sélectionnés. Et prendre des décisions bien souvent déchirantes. Est-ce qu’il lui avait fallu des semaines, des mois, des années pour venir à bout de sa mission ? Il se rendit compte avec stupéfaction qu’une telle prouesse était hors de sa portée.

Mais il possédait des qualités qui lui étaient propres. Il prit le relais : « Ne l’oubliez pas, mes amis : la Patrouille ne se contente pas de veiller à l’intégrité du temps. C’est là la mission des officiers spécialisés et, si importante soit-elle, elle ne constitue pas le plus gros de notre activité. La plupart d’entre nous sont des flics, affectés à des tâches de police. » Donner des conseils, régler la circulation, arrêter les criminels, aider les voyageurs en détresse, et parfois offrir notre épaule à ceux qui ont besoin de pleurer. « Nos camarades sont déjà assez occupés. Si nous les arrachions à leurs tâches, le continuum partirait à vau-l’eau. » Le temporel ne disposait malheureusement pas d’une expression aussi imagée. « Donc, on leur fiche la paix, d’accord ?

— Mais comment allons-nous nous y prendre ? demanda un Nubien du XXIe siècle.

— Nous avons besoin d’un quartier général, répondit Everard. Ce site fera l’affaire. Nous pouvons le sceller pendant une période limitée sans trop affecter les autres. Cela serait impossible à l’Académie, pour prendre un exemple. Nous allons faire venir des agents et de l’équipement, et nous opérerons à partir d’ici. Quant à nos tâches prioritaires… eh bien, primo, nous devons nous faire une idée précise de la situation, et secundo, élaborer une stratégie. En attendant, on reste planqués quelques jours. »

Un sourire, ou plutôt un rictus, se peignit sur les lèvres de Komozino. « Le fait que l’agent Everard soit impliqué dans cette opération et qu’il la mène depuis ce lieu est soit grotesque, soit parfaitement approprié, déclara-t-elle.

— Pourrions-nous avoir des éclaircissements sur ce dernier commentaire ? » demanda un Babu originaire de l’Inde du XIXe siècle.

Komozino se tourna vers Everard. Celui-ci grimaça, haussa les épaules et répondit d’une voix lasse : « Peut-être est-il souhaitable que vous en soyez avisés. J’ai déjà eu à régler un problème de ce genre dans mon temps propre[21]. Je séjournais ici même avec un ami. Plusieurs années en aval, dans le calendrier du site. Vous savez à quel point il peut être compliqué de réserver un séjour. Mais peu importe. Nous avions décidé de finir notre permission dans mon milieu d’origine, la New York du XXe siècle, et nous avons sauté là-bas. Tout avait changé de fond en comble. Nous avons fini par découvrir que Carthage avait battu Rome durant les guerres puniques. »

Un hoquet monta de l’assemblée. Quelques Patrouilleurs firent mine de se lever, puis se rassirent en tremblant. « Que s’est-il passé ? » lui lancèrent plusieurs voix.

Everard glissa sur les dangers qu’il avait courus. Cet épisode était encore douloureux. « Nous avons gagné le passé pour monter une expédition et rallié le point critique, à savoir une certaine bataille. Nous avons repéré dans le camp carthaginois deux chrononautes hors la loi armés de pistolets énergétiques. Ils avaient monté toute cette histoire pour vivre comme des dieux dans le monde antique. Nous les avons éliminés avant qu’ils n’aient pu accomplir leur acte décisif et… l’histoire a repris le cours dont nous nous souvenions, celui qui avait abouti au monde où nous étions nés. » Et j’ai condamné au néant un monde tout entier, des milliards d’êtres humains parfaitement innocents. Ils n’ont jamais existé. Rien de ce que j’avais vécu parmi eux ne s’est jamais produit. Mon esprit porte encore les cicatrices de mon acte, mais elles n’ont aucune cause.

« Je n’ai jamais entendu parler de cette histoire ! protesta le Français.

— Bien sûr que non, répliqua Everard. Nous n’ébruitons pas les incidents de ce type.

— Vous m’avez sauvé la vie, monsieur.

— Épargnez-moi votre gratitude. Elle n’a pas de raison d’être. Je n’ai fait que mon devoir. »

Un Chinois, ancien taïkonaute de son état, plissa les yeux et s’enquit d’une voix traînante : « Votre ami et vous étiez les seuls Patrouilleurs à avoir sauté en aval dans cet univers indésirable ?

— Sûrement pas, répondit Everard. La plupart de ceux qui l’ont fait se sont empressés de revenir à leur point de départ. Quelques-uns n’y sont pas parvenus ; on ne les a vus réapparaître nulle part ; nous ne pouvons que supposer qu’ils ont été capturés ou tués. Mon ami et moi avons eu du mal à nous évader. Parmi tous ceux qui y ont réussi, nous étions les seuls en mesure de prendre les choses en main et d’organiser les opérations de secours – ce qui était la simplicité même, d’ailleurs, sinon nous ne nous en serions jamais sortis, du moins avec les effectifs dont nous disposions. Lorsque nous avons eu redressé la situation, eh bien, ce monde post-carthaginois n’avait tout simplement jamais existé. Les gens qui retournaient dans le futur y trouvaient « toujours » le monde qu’ils s’attendaient à trouver.

— Mais vous avez conservé le souvenir de l’autre !

— Comme tous les Patrouilleurs qui avaient pu le visiter, ainsi que tous ceux que nous avions avisés de la situation. Les expériences que nous avons eues, les actes que nous avons accomplis, rien de tout cela ne pouvait être effacé de notre esprit.

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21

Voir « L’Autre Univers », op. cit. (N.d.T.)

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