Le bouclier du temps [The Shield of Time - fr]
- Автор: Андерсон Пол Уильям
- Год: 2009
- Язык: французский
- Год: B
- ISBN: 978-2-84344-092-2
- Переводчик: Jean-Daniel Breque
- Жанр: Альтернативная история
Электронная книга - «Le bouclier du temps [The Shield of Time - fr]». Краткое содержание книги:
— Vous dites que certains agents se sont rendus dans cet avenir parallèle mais n’ont pu s’en extraire. Que sont-ils devenus une fois qu’il a été… aboli ? »
Les ongles d’Everard se plantèrent dans la paume de ses mains. « Eux non plus n’avaient jamais existé, dit-il d’une voix monocorde.
— Apparemment, ils n’étaient pas très nombreux. Comment cela se fait-il ? Après tout, si l’on tient compte de toutes les époques balisées par la Patrouille…
— Ces agents avaient eu le malheur d’effectuer un déplacement vers l’aval durant le laps de temps où s’est déroulée l’opération de sauvetage menée par la Patrouille. Dans le cas qui nous occupe aujourd’hui, nous avons affaire à une portion d’histoire plus importante, avec la densité de circulation qui en découle, si bien que le problème est encore plus grave. J’espère que vous comprenez ce que je suis en train de vous dire. Moi, je n’y pige que dalle.
— Pour comprendre ce phénomène, il faut maîtriser un métalangage et une métalogique qui ne sont pas à la portée de tous les intellects », intervint Komozino. Sa voix se fit plus sèche encore. « Nous n’avons pas le loisir de pinailler sur la théorie. L’intervalle de temps durant lequel nous pouvons utiliser cette base sans faire trop de dégâts est limité. Il en va de même du personnel et des années-hommes à notre disposition. Nous devons tirer parti de nos ressources avec le maximum d’efficience.
— Que proposez-vous ? lança la pianiste de Saturne.
— Pour commencer, annonça Everard à l’assemblée, je vais me rendre dans le milieu de ce fameux roi et collecter le maximum d’informations. Ce boulot est du ressort d’un agent non-attaché. »
Et pendant ce temps – concept futile s’il en fut –, Wanda est prise au piège dans un avenir autre. Il n’y a pas d’autre explication. Sinon, pourquoi ne m’est-elle pas revenue ? Où se réfugierait-elle sinon ici et maintenant ?
« Ce monde post-carthaginois n’est sûrement pas le seul de son espèce à s’être manifesté, fit remarquer le Babu.
— Peut-être. On ne m’a pas informé de cas similaires, mais… je n’étais pas censé l’être, après tout. Pourquoi risquer d’autres altérations ? Cela aurait pu déclencher un nouveau vortex temporel. Et d’ailleurs, conclut Everard, c’est à une nouvelle réalité que nous avons affaire aujourd’hui. »
S’agit-il encore d’une altération délibérée ? Les Neldoriens, les Exaltationnistes et leurs émules, ces criminels animés par le fanatisme ou la cupidité… La Patrouille leur a réglé leur compte. Parfois non sans difficulté. Comment avons-nous pu être terrassés par ce nouvel ennemi ? Et qui est-il ? Comment pouvons-nous le vaincre ?
Le chasseur qui sommeillait en lui se réveilla. Un frisson glacé lui parcourut l’échine, jusque dans son cuir chevelu et au bout de ses doigts. L’espace d’un instant de félicité, il réussit à oublier sa douleur et à se concentrer sur son objectif, sur son action, sur sa vengeance.
1989α apr. J.C.
Un banc de brume flottant à l’ouest accrochait la lumière du soleil, parant de blancheur l’azur du ciel. Une brise fraîche venue de l’océan invisible commençait doucement à le réduire en lambeaux. Les feuilles des houx de Californie bruissaient en sourdine. Non loin de là, une haie de cyprès rayonnait d’un éclat vert foncé. Deux corbeaux s’envolèrent en croassant d’un chêne de Virginie.
La première réaction de Wanda Tamberly fut la stupéfaction. Qu’est-ce qui se passe ? Où diable ai-je atterri ? Comment ai-je fait mon compte ? Reprenant son souffle, elle jeta un regard circulaire sur les lieux et ne vit aucune trace de présence humaine. Le soulagement l’envahit. L’espace d’un instant, elle avait craint que don Luis[22]… Mais non, c’était absurde : la Patrouille avait renvoyé le conquistador dans son siècle d’origine. Et puis, elle ne se trouvait pas au Pérou. Elle reconnaissait la menthe verte à ses pieds, sentait même le parfum des pousses écrasées par son scooter. Yerba buena, l’appellation espagnole de cette plante, avait donné son nom à la colonie qui était devenue San Francisco…
Son cœur s’accéléra. « Cool, ma fille », murmura-t-elle, et elle examina la console derrière le guidon. L’écran de contrôle affichait la date, l’heure locale, la latitude et la longitude… oui, exactement les données qu’elle avait entrées, à la fraction de seconde près, sauf que les secondes s’étaient remises à défiler. La cible superposée à la carte régionale confirmait elle aussi sa position. Elle pianota le clavier de ses doigts tremblants, ouvrant une carte détaillée des environs. Le point d’émergence était bien à sa place, chez le bouquiniste du quartier de Cow Hollow qui servait de base à la Patrouille.
Et là-bas se dressaient Nob Hill et Russian Hill. Sauf que ?… Ces deux collines auraient dû être couvertes d’immeubles et non de buissons. De l’autre côté, la silhouette de Twin Peaks lui semblait familière ; mais où était passée l’antenne relais ? Sans parler du reste. Elle ne s’était pas matérialisée dans une cave mais à la surface du sol, apparemment seule au monde.
L’instinct reprit le dessus. Un coup de pédale, et son engin gagna les hauteurs. La friction de l’air fit hurler le champ de force. Comprenant qu’elle paniquait, elle recouvra son self-control et s’immobilisa à deux mille pieds d’altitude. Un pop dans ses oreilles. Ça faisait mal. La réalité s’imposa à elle : ce n’était pas un mauvais rêve, mais bien une crise qu’elle devait résoudre.
Est-ce que je fais une connerie en restant visible aux yeux de Dieu et des radars ? Ben, il n’y a personne pour me reluquer, pas vrai ?Absolument personne…
Plus de San Francisco, plus de Treasure Island, plus de Golden Gâte, plus de Bay Bridge, plus de banlieue est, plus de navires ni d’avions, plus rien hormis le vent et le monde. De l’autre côté du détroit, les collines du comté de Marin moutonnaient dans les ocres, tout comme la plaine par-delà Oakland, Berkeley, Albany Richmond… autant de villes qui avaient cessé d’exister. L’océan était une prairie d’argent écumant à l’ouest comme au nord, par-delà les ombres bleutées du banc de brume. A la lisière de ce dernier, elle distinguait les dunes de sable qui avaient pris la place du Golden Gâte Park.
C’est comme avant la venue de l’Homme blanc. Quelques campements indiens çà et là, sans doute. Est-il possible que mon scooter ait déconné et que j’aie émergé bien en amont du XXe siècle. Je n’ai jamais entendu parler d’un pépin de ce genre, mais, d’un autre coté, je ne connais aucune machine high-tech qui ne soit pas capricieuse. Comme si une main apaisante se posait sur son front, elle se rappela que la Patrouille du temps disposait d’une infinité d’antennes à tous les points de l’espace-temps ou quasiment.
Elle activa son communicateur. Les fréquences radio étaient muettes. A l’altitude où elle planait, le vent soufflait plus fort qu’à la surface. Elle commençait à avoir froid. La tenue qu’elle avait adoptée était franchement estivale. Ce véhicule n’était pas équipé pour effectuer des transmissions sophistiquées, genre modulation neutrinique, mais la Patrouille utilisait la radio sans problème avant la naissance de Marconi – ou celle de Hertz, ou encore de Maxwell, peu importe. Peut-être que personne n’émettait en ce moment précis. « Allô, allô, ici la spécialiste Wanda Tamberly, répondez… Je vous en prie, répondez…» N’était-elle pas censée se caler sur un émetteur ? Et si celui-ci était trop éloigné de sa position actuelle ? Impossible : les scientifiques de ce milieu parvenaient à détecter des signaux de quelques watts en provenance des confins du système solaire. Mais elle n’avait rien d’une radio-amatrice…
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Voir « L’Année de la rançon », op. cit. (N.d.T.)