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Le bouclier du temps [The Shield of Time - fr]

Электронная книга - «Le bouclier du temps [The Shield of Time - fr]». Краткое содержание книги:

Voici venue l’heure des ultimes aventures de Manse Everard et ses collègues de la Patrouille du temps au service de l’Histoire… Des aventures qui conduiront nos héros depuis la préhistoire jusqu’à une étrange variante de notre XXe siècle, en passant par la Bactriane du IIIe siècle avant notre ère et le Moyen Âge italien. Car les Exhaltationnistes menacent toujours, sans parler d’un danger plus grand encore qui pourrait bien annihiler jusqu’à la Patrouille elle-même… et nous avec !
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Fous le camp, vite !

Peu entraîné aux missions de combat, il réagit avec une demi-seconde de retard. Un homme vêtu de bleu lui sauta dessus, lui enserra la taille, l’arracha à sa selle. Par réflexe, Denison se rappela le bouton à presser en cas d’urgence. Un scooter temporel ne devait jamais tomber entre les mains de personnes étrangères au service. Le sien s’évapora. Son agresseur et lui churent sur le pavé.

« Lâchez-moi, bon sang ! » L’entraînement aux arts martiaux faisait partie de la formation de base des Patrouilleurs. L’homme en bleu menaçait de l’étrangler. Il lui décocha un atémi à la gorge, juste sous le maxillaire. L’autre poussa un hoquet et s’effondra sur lui. Denison avala une goulée d’air. Son champ visuel s’éclaircit. Il se dégagea, se releva.

Encore trop tard. Si les civils s’empressaient de lui faire de la place – il crut entendre au sein du brouhaha des insultes ressemblant à « Sorcier* ! » et « Juif vengeur* ! » –, un second homme en bleu venait de faire son apparition, monté sur un cheval qui fendait la foule pour foncer sur lui. Denison entrevit des bottes, une cape, un casque… oui, un gendarme ou un policier. Il vit aussi une arme de poing braquée sur lui. Et, dans les yeux qui luisaient au sein de ce visage glabre, la terreur qui pousse les hommes à tuer. Il leva les mains.

Le gendarme porta un sifflet à ses lèvres et l’actionna à trois reprises. Puis il ordonna aux passants de faire silence. Denison ne suivait ses propos qu’avec difficulté. Rien à voir avec le français qu’il connaissait : ce dialecte était fortement accentué et parsemé de vocables anglais, mais il ne s’agissait pas non plus de franglais* : « Du calme ! Contrôlez-vous ! Je l’ai arrêté… Les saints… Dieu tout-puissant… Sa Majesté…»

Je suis pris au piège, se dit Denison, le cœur battant. Et c’est encore pire que la Perse de Cyrus. Au moins n’avais-je pas quitté l’histoire réelle. Mais ceci…

La foule se calma avec une rapidité surprenante. Les badauds cessèrent de s’agiter et le fixèrent des yeux. Ils se signaient et priaient à voix basse. L’homme que Denison avait frappé reprit conscience en grognant. D’autres gendarmes à cheval firent leur apparition. Deux d’entre eux étaient armés d’une carabine, d’un type que le chrononaute n’avait jamais vu de sa vie. Ils l’encerclèrent. « Déclarezz vos nomm, aboya l’un d’eux, qui portait un écusson d’argent représentant un aigle. Qui êtes-vous ? Faites quick* ! »

La gorge de Denison se serra. Je suis perdu, Cynthia est perdue, le monde est perdu. A peine s’il parvint à marmonner. Saisissant la matraque passée à sa ceinture, l’un des gendarmes le frappa violemment au creux des reins. Il chancela. L’officier prit une décision et lança sèchement un ordre.

Raides et muets, les gendarmes lui firent signe d’avancer. Ils parcoururent environ quinze cents mètres. Reprenant peu à peu ses esprits, Denison s’efforça d’observer ce qui l’entourait. Les chevaux qui le serraient de près l’empêchaient d’avoir une vision détaillée de son environnement, mais celui-ci prenait néanmoins forme. Des rues étroites et tortueuses, mais pavées avec soin. Pas de gratte-ciel en vue, rien que des bâtiments de six ou sept étages au maximum, la plupart vieux de plusieurs siècles et présentant encore colombages et vitres en verre plombé. Si les passants de sexe masculin étaient aussi exubérants que les Français dont il se souvenait, les femmes paraissaient étrangement silencieuses. Les enfants étaient rares – étaient-ils tous scolarisés ? Une fois qu’il se fut éloigné du lieu de son apparition, le groupe n’attira plus guère les regards, et seuls de rares piétons esquissaient un signe de croix à son passage – voyait-on tous les jours des prisonniers ainsi escortés par la gendarmerie ? En guise de véhicules, il ne voyait que des chariots et quelques carrosses, tractés par des chevaux laissant derrière eux un sillage de crottin. Arrivé sur les bords de la Seine, il découvrit des barges remorquées par des galères à vingt bancs.

Il aperçut aussi Notre-Dame. Mais ce n’était pas la cathédrale dont il se souvenait. On eût dit qu’elle occupait la moitié de l’île de la Cité, une montagne de pierre noircie par la suie se hissant vers le ciel, un empilement de tours et de flèches qui évoquait une ziggourat à la mode chrétienne de trois cents mètres de haut. Quelle ambition démesurée avait remplacé le chef-d’œuvre de l’art gothique par cette monstruosité ?

Il oublia la cathédrale lorsque l’escadron le conduisit devant un autre édifice, une forteresse surplombant le fleuve. Au-dessus de sa porte était sculpté un crucifix grandeur nature. A l’intérieur régnaient la pénombre et la froidure, et ils croisèrent de nouveaux gendarmes ainsi que des hommes en robe noire et capuchon, portant rosaire et croix pectorale, qu’il jugea être des moines ou des frères lais. En dépit de ses efforts de concentration, il ne réussissait à capter que des images floues. Ce fut seulement lorsqu’il se retrouva dans une cellule qu’il commença à reprendre pied.

Il se tenait dans une minuscule pièce sombre, aux murs de ciment ruisselants d’humidité. Une chiche lumière lui parvenait depuis le couloir, à travers les barreaux de la porte fermée à double tour. En guise de meubles, il avait droit à une paillasse jetée à même le sol et à un pot de chambre. À sa grande surprise, il vit que cet ustensile était en caoutchouc. Trop mou pour servir d’arme, devina-t-il. Une croix était gravée au plafond.

Bon Dieu que j’ai soif ! Si seulement je pouvais boire un peu d’eau. Il agrippa les barreaux, se colla à la porte, lança un appel d’une voix rauque. Pour toute réponse, il reçut des insultes d’un autre prisonnier : « Tu peux toujours espérer ! Ferme donc ton clapet ! » Il s’exprimait dans un anglais à l’accent étrange. Denison lui répondit dans cette langue, mais l’autre se contenta d’un grognement inarticulé.

Il se laissa choir sur sa couche. Ça s’annonçait plutôt mal. Bon, au moins avait-il le temps de réfléchir, de se préparer à l’interrogatoire qu’il allait forcément subir. Ne perdons pas de temps. Prendre cette décision lui redonna des forces. Quelques secondes plus tard, il s’était levé et arpentait sa cellule.

Deux heures avaient passé lorsque la porte s’ouvrit sur deux gardes armés de pistolets et accompagnés d’un ecclésiastique en robe noire. C’était un vieillard au visage ridé mais aux yeux encore vifs. « Loquerisque latine ? » demanda-t-il.

Est-ce que je parle le latin se dit Denison. Oui, c’est sûrement une langue véhiculaire dans un tel monde. Hélas, la réponse est non. Vu mon boulot, je n’ai jamais jugé utile de l’apprendre à fond et tout ce qui me reste du lycée, c’est « rosa, rosa, rosam ». Soudain, l’image de la vieille Miss Walsh lui apparut en esprit : Je vous l’avais bien dit, gronda-t-elle. Refoulant un fou rire, il secoua la tête. « Non, monsieur, je regrette, bafouilla-t-il.

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