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Электронная книга - «Felicia au soleil couchant». Краткое содержание книги:

Аннотация

Belle et riche héritière d’une famille de banquiers morts dans des circonstances mystérieuses, Hortense de Lauzargues a su résister au désespoir qui l’attendait dans la demeure de son oncle et déjouer les manœuvres de ce châtelain féodal. Le destin a fini par la délivrer d’un mari épousé sous la contrainte alors que son cœur et ses sens appelaient Jean de la Nuit, le sauvage meneur de loups rencontré dans les environs de Lauzargues. Fuyant une province hostile, elle a retrouvé son rang dans le Paris tumultueux et révolutionnaire de 1830, lutté pour protéger son enfant et même, aux côtés de sa vieille amie Felicia, comtesse de Morosini, défié le pouvoir.
Au moment où s’ouvre le troisième volet de ses aventures, le destin d’Hortense semble menacé de toute part. Est-ce la fin d’un rêve ? Le dernier acte avant la conquête du bonheur ?
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— Qu’a-t-il voulu dire ?

— Je ne sais pas. Je n’ai pas réussi à en tirer davantage. Et comme je n’ai plus le droit, moi non plus, d’approcher de Lauzargues…

Hortense se leva si brusquement que son fauteuil bascula et ne resta debout que par un miracle d’équilibre :

— Et cela vous paraît normal ? Vous êtes son meilleur ami, son seul ami et il vous défend d’approcher ce tas de ruines ? Et vous acceptez ça ?

— Si c’est son idée à lui ? Et puis, sincèrement, que voulez-vous que j’aille faire à Lauzargues ? Je commence à croire moi aussi que c’est un endroit maléfique. Les hommes de cette maison y perdent le sens commun pour n’être plus qu’orgueil. Si l’esprit du marquis y règne comme on le dit en tremblant dans tout le pays, il s’est emparé de celui de son fils et j’ai peur qu’à présent il ne le modèle à son image. Oui, madame Hortense, Jean a beaucoup changé…

— Jean et le marquis se haïssaient…

— Certes, mais Jean a toujours aimé le vieux château. Il s’y intègre entièrement à présent alors qu’il n’avait même pas le droit d’en franchir le seuil. D’une certaine façon, il réalise son rêve…

— Le dernier seigneur ? fit Hortense avec un petit rire plein d’amertume. Un seigneur jaloux d’un domaine où rien ni personne ne peut trouver place ? Décidément, François, vous avez bien fait de me rappeler. Il est temps que quelqu’un lui remette la tête à l’endroit.

— Que voulez-vous faire ?

— Aller à Lauzargues. Et tout de suite ! Moi, personne ne m’a défendu de m’y rendre ! Sellez-moi un cheval, François ! Je vais me changer !

— Vous n’irez pas seule. Je vais avec vous.

— Ne soyez pas stupide. Que voulez-vous qu’il m’arrive ? Je vais… dire bonjour à Godivelle et lui apprendre mon retour. Elle ne lâchera tout de même pas les chiens sur moi ?

Mais quand, une demi-heure plus tard, Hortense, qui avait revêtu son amazone verte, sortit de sa maison, elle vit que François tenait deux chevaux en bride. Il n’attendit pas sa protestation :

— Je vous attendrai aux limites du domaine, dit-il, mais laissez-moi vous accompagner. Je serai plus tranquille…

Pour toute réponse elle lui sourit, posa le bout de sa botte sur la main qu’il lui offrait, s’enleva en selle et tourna la tête de son cheval vers la vallée.

— Passons par la rivière, cria-t-elle, la promenade sera belle et nous irons plus vite…

En dépit de l’inquiétude que lui causait l’étrange attitude de Jean, Hortense retrouva vite le plaisir qu’elle éprouvait toujours à se déplacer à cheval. C’était une manière comme une autre de plonger au cœur de la nature et d’en extraire des forces vives. Et ce matin était particulièrement beau. Les deux cavaliers s’enfoncèrent dans les bois qui tapissaient la vallée, suivant le cours de la petite rivière aux eaux tumultueuses. Ils allaient dans l’odeur des pins et de l’oseille sauvage, sous une voûte d’un vert profond que traversaient par endroits les rayons du soleil. Il faisait si paisible et si frais qu’Hortense ralentit instinctivement pour écouter chanter le coucou, guetter l’éclair bleu d’un geai ou la fuite rapide d’un lapin… C’était peut-être le dernier instant de joie pure qu’elle goûtait sur ce sentier et elle s’accorda de le savourer. Son excitation de tout à l’heure était tombée. Une curieuse impression s’y substituait : c’était comme si une voix intérieure lui soufflait que, dès l’instant où elle quitterait l’ombre protectrice des arbres, il n’y aurait plus pour elle ni trêve ni repos. Ce fut si net tout à coup, qu’elle retint son cheval et détourna la tête en direction de sa maison. Ce faisant, elle rencontra le regard de François.

— Ne croyez-vous pas, madame Hortense, que vous feriez mieux de rentrer ? Vous n’êtes pas prête, il me semble. Moi, j’irai, si vous voulez..

— Est-ce qu’on ne vous a pas interdit l’approche du château ? fit Hortense avec un petit rire où se cachait l’angoisse qui montait en elle…

— On n’a rien à m’interdire dans ce pays où tout le monde est libre. Jusqu’ici je n’avais rien à y faire et puisque cela déplaisait à Jean, je n’avais aucune raison de le contrarier. A présent, c’est différent. Je peux aller lui dire que vous êtes rentrée… que vous l’attendez ?…

C’était si simple, bien sûr ! Hortense fut tentée un instant d’accepter mais soudain elle eut honte d’elle-même, honte de ce qu’elle considérait comme une lâcheté. Elle n’avait rien à se reprocher qu’un mensonge dont, depuis le temps, elle avait bien cru être pardonnée. Pourquoi donc reculerait-elle ?

— Non, François. Je vous remercie mais il faut que j’y aille. Après tout, je n’ai jamais revu Lauzargues depuis l’explosion qui l’a détruit…

Elle toucha du bout de sa cravache la croupe de son cheval qui repartit à une allure plus soutenue. Le bois était trop joli, il incitait trop à la rêverie, à la mollesse… Il fallait le fuir.

Et puis, soudain, le rideau d’arbres se déchira et Hortense vit Lauzargues tel que l’avait laissé l’explosion déchaînée par Eugène Garland, le bibliothécaire qui se voulait, lui aussi, le dernier seigneur. Mais, à sa grande surprise, elle constata que le château était reconnaissable.

Certes, le donjon central formait un énorme tas de ruines, mais les quatre tours d’angle étaient encore debout et semblaient retenir l’amas de pierres écroulées et noircies. Certes, les tours découronnées aux bords déchiquetés traçaient sur le nuage un étrange dessin mais ces tours étaient toujours fières et proclamaient insolemment qu’elles ne s’avouaient pas vaincues. La butte féodale était constellée de pierraille et de moellons qui avaient jailli des murailles mais, en fait, le château s’était surtout écroulé sur lui-même. Et cela expliquait la passion réveillée de Jean pour ce vieux repaire qu’il avait toujours considéré comme la plus belle maison qui fût au monde.

Hortense resta là un moment, abritée sous les feuillages des derniers arbres du bois, contemplant ce château qui résumait sa vie. Si ce n’avait été une impossibilité absolue, on aurait même pu croire que cette ruine était encore habitée car un peu de fumée semblait en monter. Sans doute quelqu’un faisait-il brûler des herbes de l’autre côté… En tout cas, l’illusion était parfaite. D’autant que, sur la gauche, la maison de Chapioux, l’ancien régisseur tué au moment du désastre, paraissait en bon état et aussi la petite chapelle Saint-Christophe blottie dans un creux de rocher comme un chat dans son coussin… Hortense eut pour elle un regard de tendresse. Elle espérait bien pouvoir, au moins, y prier un moment et, laissant François sous l’abri des arbres, ce fut vers elle qu’elle dirigea son cheval.

Mais elle avait été aperçue et, avant même qu’elle eût atteint le porche roman qui l’avait vue passer, mariée de satin et de dentelle au bras d’Étienne de Lauzargues, Godivelle l’avait rejointe avec une rapidité qui faisait honneur à ses vieilles jambes.

— Madame Hortense ! s’exclama-t-elle. Ce n’est pas possible que ce soit vous ?

— Et pourquoi donc est-ce que ce ne serait pas possible ? fit calmement la jeune femme en sautant à terre et en allant attacher son cheval à un arbuste…

— Mais, on dit que…

Une brusque colère fit étinceler les yeux dorés de la jeune femme.

— Je ne veux plus entendre quoi que ce soit sur ces « on-dit » incroyables. Je suis partie pour porter secours à une amie. Je m’en suis expliquée avec François Devès et je m’en expliquerai avec Jean mais je ne veux plus rien entendre à ce sujet. Je suis rentrée, me voilà, j’entends reprendre ma place dans le pays… et je trouve, Godivelle, que votre bienvenue n’est plus ce qu’elle était. Curieuse façon d’accueillir quelqu’un que l’on disait aimer !

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