Dominium Mundi. Livre II
- Автор: Baranger François
- Серия: Dominium Mundi #2
- Год: 2014
- Язык: французский
- Год: Critic
- ISBN: 979-1-090648-18-0
- Жанр: Космическая фантастика
Электронная книга - «Dominium Mundi. Livre II». Краткое содержание книги:
Mais son esprit se mit rapidement à vagabonder, revivant une fois de plus cette terrible expédition au Sanctuaire et son point d’orgue, l’affrontement contre le Foudroyeur – nom, selon Tancrède, bien trop valorisant pour une ordure de cette espèce.
L’intervention in extremis de la créature fabuleuse qu’était le tigre-roche revêtait dans ses souvenirs un aspect quelque peu miraculeux qui le mettait mal à l’aise. Il avait beau se dire qu’il n’y avait là qu’une coïncidence – la bête s’était trouvée là, un point c’est tout – au fond de lui subsistait le sentiment qu’il avait su que cela allait arriver.
Cette intuition l’avait saisi dès que le rugissement de la bête avait éclaté dans les ténèbres, et de longues minutes s’étaient envolées après son départ avant qu’il ne recouvre ses esprits. Lorsqu’enfin cette étrange torpeur s’était dissipée, il avait dû fournir un violent effort pour reprendre contact avec la réalité et dresser un constat objectif de la situation : il se trouvait au fond d’une faille forestière, en pleine nuit, sous une pluie torrentielle, équipé d’un Weiner-Nikov hors d’usage, blessé et épuisé.
Pourtant, il fallait sortir de là.
Il s’approcha alors de la pente qu’il avait dégringolée quelques minutes plus tôt. Ce n’était qu’un magma de boue et de pierres d’où émergeaient des racines torturées. Tancrède craignait d’être incapable de remonter une telle pente avec un exo déchargé sur le dos, mais il était hors de question de l’abandonner ici. C’était un équipement bien trop précieux. Résigné devant la tâche harassante qui l’attendait, il souleva une jambe, puis l’autre et entreprit l’ascension de cette cascade de boue.
Malheureusement, il dut rapidement se rendre à l’évidence : l’effort n’était pas à la mesure de ses moyens physiques actuels. Il ne savait même pas si en temps normal, il eût été capable de cette performance. Alors, dans un tel état d’épuisement…
Soudain, il releva la tête.
Une voix.
Il aurait juré avoir entendu une voix.
Il resta immobile un instant, tendant l’oreille au cas où celle-ci se ferait à nouveau entendre, mais le martèlement de la pluie sur la végétation couvrait tout.
Alors, réunissant une fois encore les maigres forces qui lui restaient, il leva une jambe, déporta son centre de gravité au même endroit, puis s’apprêta à faire suivre l’autre lorsqu’il entendit :
« Tancrède ! »
La voix était lointaine, mais il n’avait pas rêvé !
« Liétaud ? répondit-il le souffle court. Liétaud ! Je suis là ! »
Quelques minutes, qui semblèrent des siècles, s’écoulèrent puis la voix retentit de nouveau, beaucoup plus proche cette fois.
« Tancrède !
— Oui, je suis là ! Juste en dessous. »
Il agita sa lampe torche vers le haut sans savoir si le faisceau pouvait percer les feuillages.
« Je te vois ! cria Liétaud. Tu ne peux pas monter ?
— Non, mon WN est mort ! C’est à peine si je peux tenir debout !
— Compris. Ne bouge pas, je vais te sortir de là ! »
Un quart d’heure plus tard, Tancrède vit apparaître un crochet dans le cercle de lumière de sa lampe. Il reconnut le crochet des treuils placés dans le poitrail des méca-percherons. Celui-ci avait été fixé sur une branche brisée afin de rester à flot dans le torrent boueux qui dévalait la pente. Tancrède l’enroula autour de son torse puis passa le câble dans le crochet.
« C’est bon, Liétaud, je suis attaché ! »
Le câble émergea alors lentement de la boue en se tendant progressivement jusqu’à ce que Tancrède se sente tracté. Il lui suffit ensuite de suivre le mouvement pour remonter la pente, même si sur les derniers mètres, la déclivité était si forte que le Méta-guerrier dut ravaler sa fierté et se laisser traîner sur le dos jusqu’à ce qu’il se retrouve entre les pattes antérieures du percheron de Liétaud.
« Où as-tu donc trouvé cette monture ? demanda-t-il tandis que le Flamand l’aidait à se détacher.
— Lorsque tu m’as planté sur place, répondit celui-ci sur un ton mordant, j’ai foncé quelques rues plus haut, là où j’avais vu un groupe de trois soldats en poste. Je leur ai emprunté un méca après les avoir mis hors de combat. »
Le jeune homme racontait cela comme si n’importe qui en faisait autant tous les jours. En se relevant, Tancrède s’aperçut que son propre méca se trouvait juste derrière.
« Après, je suis parti sur tes traces, continua Liétaud en suivant son regard, et c’est comme ça que j’ai trouvé ta monture. Je l’ai configuré en mode esclave pour qu’elle me suive puis me suis relancé à ta poursuite. J’ai fini par perdre ta piste dans ce dédale rocheux et comme tu ne répondais sur aucune fréquence, j’ai pris le risque de t’appeler à voix haute. J’avais peur de me faire aligner comme un faisan par le Foudroyeur, mais je n’avais pas le choix si je voulais te retrouver. »
Tancrède s’approcha et le serra dans ses bras, en dépit du fait que les exos ne permettaient pas une véritable étreinte.
« Merci, mon frère, lui dit-il. Une fois de plus, tu m’as sauvé la mise.
— Tu en aurais fait autant, répondit Liétaud. Et de toute façon, tu t’en serais sorti tout seul.
— Peut-être, mais j’aurai dû abandonner mon WN. »
Pour un soldat moderne, un exosquelette de guerre était comme la prunelle de ses yeux. Ces armures étaient faites sur mesure et ne pouvaient « s’emprunter » aussi facilement qu’un percheron mécanique.
« Et… le Foudroyeur ? demanda Liétaud, qui semblait toutefois se douter de la réponse.
— Il ne fera plus jamais de mal à personne. »
Liétaud se détourna. Son regard balaya la faille, en contrebas, comme s’il lui était possible de voir le corps du meurtrier de Viviane.
« Ainsi, tu l’as tué, dit-il doucement.
— Non, je crains de ne pas pouvoir prétendre à cette gloire. »
Avec un mouvement de surprise, Liétaud se tourna vers lui de nouveau.
« Ce n’est pas toi qui… Que veux-tu dire ? »
Tancrède narra alors rapidement l’intervention du tigre-roche, sans trop s’appesantir sur l’étrange échange silencieux qu’il avait eu avec la créature. Liétaud esquissa une grimace à l’évocation du coup de grâce.
« C’est une mort horrible, dit-il d’une voix grave, toutefois il la méritait. Mon sens du pardon trouve ici ses limites ; puisse-t-il souffrir une éternité de tourments en enfer.
— J’espère… que tu ne m’en veux pas de t’avoir privé de ta vengeance », demanda Tancrède d’une voix hésitante. Il craignait un peu la réponse.
« Je ne crois pas, répondit le jeune homme après un instant de réflexion. Peut-être même m’as-tu rendu service. Tandis que je cherchais une nouvelle monture pour te rattraper, ma rage a eu le temps de refroidir et je me suis revu là-haut, près de la muraille, hurlant comme une bête sauvage. Cela m’a déplu. Si j’avais pu étancher cette soif de meurtre, si j’avais pu le tuer moi-même, peut-être cela m’aurait-il changé à tout jamais ? Peut-être que je n’aurais plus été le même homme après ? Je sais que… je sais que Viviane n’aurait pas aimé me voir comme ça. »
Une fois de retour parmi les inermes, ils avaient dormi pratiquement quinze heures d’affilée. Théodore Janaillat, le médecin du groupe, s’était occupé des blessures de Tancrède en les soignant à l’ancienne ; à l’infirmerie des cavernes, nul tapis nanochir, juste des blocs-médic, l’équipement portable à-tout-faire capable d’effectuer des diagnostics et de prodiguer les premiers soins à un blessé.