Le grand livre [Doomsday Book - fr]
- Автор: Уиллис Конни
- Год: 1994
- Язык: французский
- Год: J’ai lu
- ISBN: 2-277-23761-2
- Переводчик: Jean-Pierre Pugi
- Жанр: Научная фантастика
Электронная книга - «Le grand livre [Doomsday Book - fr]». Краткое содержание книги:
Kivrin Engle, elle, a choisi l’an 1320, afin d’étudier les us et coutumes de cette époque fascinante qu’aucun de ses contemporains n’a encore visitée : le Moyen Age.
Le grand jour est arrivé, tous sont venus assister au départ : Gilchrist, le directeur d’études de Kivrin ; l’archéologue Lupe Montoya, le docteur Ahrens ; sans oublier ce bon professeur Dunworthy, qui la trouve trop jeune et inexpérimentée pour se lancer dans pareille aventure et qui s’inquiète tant pour elle.
Ses craintes sont ridicules, le professeur Gilchrist a tout prévu ! Tout, mais pas le pire…
Le sermon viendrait ensuite, s’il y en avait un. Dans la plupart des villages, les prêtres ne prêchaient que pour les fêtes importantes et ce n’était généralement qu’une leçon de catéchisme et l’énumération des sept péchés capitaux. Il devait le réserver pour la grand-messe du matin de Noël.
Mais il s’avança face à ses ouailles et leur dit :
— Et lorsque le Christ se fit chair, Dieu adressa des signes aux hommes pour leur annoncer sa venue. Il nous enverra également de tels signes avant le Jugement dernier. Il y aura des famines et des épidémies, et Satan parcourra le monde.
Oh, non ! pensa Kivrin. Épargnez-nous l’arrivée du Diable sur son étalon noir !
Imeyne était furieuse mais les propos du prêtre ne devaient pas être en cause. Elle dressait simplement la liste de ses erreurs pour en informer l’évêque. Dame Yvolde semblait irritée, elle aussi, et tous les autres avaient l’expression résignée des gens qui écoutaient un sermon, quel que fût le siècle. Kivrin avait été témoin de la même apathie à St. Mary, un an plus tôt.
Le prêche avait eu pour thème le tri des ordures ménagères et le doyen de Christ Church l’avait commencé par ces mots : « La Chrétienté a débuté dans une étable. Finira-t-elle dans une porcherie ? »
Mais c’était secondaire. Tout était authentique, à St. Mary, et elle n’avait eu qu’à fermer les yeux pour ne plus voir la moquette, les parapluies et les cierges laser. Elle avait repoussé le coussin pour s’agenouiller sur le sol de pierre et essayer de s’imaginer au Moyen Âge.
M. Dunworthy disait que tout serait bien différent dans la réalité. Il avait vu juste, sauf pour cette messe qui était conforme à ses suppositions : les dalles glacées et le Kyrie, les odeurs d’encens et de suif.
— Le Seigneur sèmera le feu et la destruction, et tous périront, disait Roche. Mais même lors de la purification finale, Dieu nous accordera sa miséricorde. Il nous enverra de l’aide et du réconfort, et il nous conduira aux Cieux.
M. Dunworthy lui avait dit : « N’y allez pas, vous ne pouvez imaginer ce que c’est. » Il avait eu raison. Il avait toujours raison.
Mais même cet homme, qui redoutait la variole, les brigands et les bûchers, n’avait pas envisagé qu’elle pourrait se perdre et ignorer l’emplacement du point de transfert à moins d’une semaine de la date du rendez-vous. Elle regarda Gawyn qui n’avait d’yeux que pour Eliwys. Elle devrait absolument lui parler à la fin de la messe.
À St. Mary, l’office avait duré une heure et quart et le biper du docteur Ahrens s’était déclenché en plein milieu de l’offertoire. « Pour un bébé, leur avait-elle murmuré en s’esquivant. N’est-ce pas de circonstance ? »
Je me demande s’ils sont à l’église, pensa-t-elle avant de se rappeler qu’ils avaient célébré la Nativité trois jours après son arrivée, alors qu’elle était encore alitée. Pour eux c’était le… le combien ? Le deux janvier. Les vacances de Noël s’achevaient et les rues reprenaient leur aspect normal.
La température s’élevait à l’intérieur de la nef et les flammes des cierges semblaient consumer tout l’oxygène. Les fidèles commençaient à s’agiter derrière elle, pendant que le père Roche poursuivait le rituel et qu’Agnès s’affaissait. Kivrin soupira de soulagement lorsqu’il arriva au Sanctus et qu’elle put enfin s’agenouiller.
Elle se représenta Oxford le deux janvier, les soldes annoncés dans les vitrines et le carillon de Carfax silencieux. À l’hôpital, le docteur Ahrens soignait les gens qui avaient fait trop bonne chère et à Balliol M. Dunworthy préparait le deuxième trimestre de cours. Non, se reprit-elle. Il s’inquiète pour moi.
Le père Roche leva le calice. L’agitation et les murmures s’amplifiaient du côté des hommes. Gawyn s’était accroupi sur ses talons et Messire Bloet dormait.
De même qu’Agnès. Affaissée contre Kivrin, elle l’empêchait de se lever pour le Pater. Kivrin resta agenouillée, et quand tous furent debout, elle déplaça la tête de l’enfant pour être plus à son aise.
Le prêtre mit un bout de pain dans le calice et dit l’Haec Commixtio. Tous s’agenouillèrent pour l’Agnus Dei.
— Agnus dei, qui tollis peccata mundi, miserere nobis. Agneau de Dieu, qui ôtez les péchés du monde, ayez pitié de nous.
Agnus dei. Agneau de Dieu. Kivrin sourit en regardant Agnès qui dormait profondément, la bouche ouverte. Mais elle gardait le poing serré sur sa clochette. Mon agneau, pensa Kivrin.
À St. Mary, elle avait imaginé les cierges et le froid mais pas Dame Imeyne, Eliwys, Gawyn, Rosemonde et le père Roche avec son faciès de brigand et son haut-de-chausses troué.
Ni Agnès, son chiot, ses colères et son genou infecté. Je ne regrette rien, pensa-t-elle.
Le prêtre traça le signe de la croix avec le calice puis but.
— Dominus vobiscum, dit-il.
La messe tirait à sa fin et l’audience commençait à partir, pour éviter la bousculade. La famille du seigneur local n’avait pas droit à des égards particuliers, au moment du départ, et les paysans n’attendaient même pas d’être sortis pour reprendre leurs bavardages.
— Ite, missa est, dit le père Roche au sein du brouhaha.
Dame Imeyne se dirigea vers la porte avant qu’il n’eût baissé la main. Peut-être avait-elle l’intention d’aller exposer de ce pas ses doléances à l’évêque.
— Avez-vous remarqué les cierges de suif, sur l’autel ? dit-elle à Dame Yvolde. Il avait pourtant pour instructions d’y installer mes bougies en cire d’abeille.
L’autre femme secoua la tête et lança un regard mauvais au prêtre. Elles sortirent, suivies par Rosemonde qui ne devait pas souhaiter regagner le manoir en compagnie de son fiancé.
Les villageois se regroupèrent derrière elles en échangeant des commentaires et des rires. Le temps que Messire Bloet se fût péniblement redressé, elles seraient arrivées à destination.
Kivrin avait elle aussi des difficultés à se lever. Son pied droit était ankylosé et Agnès dormait profondément.
— Agnès, réveille-toi. Nous devons rentrer.
Bloet était debout, le visage rougi par l’effort. Il alla offrir son bras à Eliwys.
— Votre fille cadette s’est endormie, fit-il remarquer.
Eliwys lança un regard à Agnès et prit le bras de l’homme, sans en faire cas.
Dehors, toutes les cloches sonnèrent à l’unisson.
— Agnès, répéta Kivrin en secouant l’enfant. Tu peux utiliser ta clochette.
La fillette ne bougea pas. Kivrin tenta de la hisser sur son épaule. Les bras d’Agnès se balançaient et un tintement ponctuait chaque oscillation.
— Tu as attendu toute la nuit cet instant. Réveille-toi.
Kivrin se releva sur un genou puis regarda autour d’elle. Cob faisait le tour des fenêtres pour pincer les bougies, au fond de la nef Gawyn et les neveux de Messire Bloet remettaient leurs épées et le père Roche avait disparu. Elle se demanda si c’était lui qui sonnait la cloche avec tant d’enthousiasme.
Elle sentait des fourmillements dans son pied engourdi. Elle fit porter son poids sur l’autre jambe et remonta l’enfant plus haut sur son épaule. Elle tenta de se lever. Son pied se prit dans l’ourlet de sa cotte et elle bascula en avant.
Ce fut Gawyn qui la retint.
— Dame Katherine, Dame Eliwys m’a chargé de vous aider, dit-il.
Il prit Agnès et se dirigea vers la porte. Kivrin le suivit en clopinant.
— Merci, dit-elle lorsqu’ils furent sortis du cimetière bondé de monde. J’ai cru que mes bras allaient tomber.
— C’est une fille bien en chair.
La clochette glissa et chut dans la neige. Kivrin se baissa pour la ramasser. Le nœud était minuscule mais il se défit dès qu’elle prit le ruban effiloché. Elle l’attacha au poignet ballant de l’enfant et fit une petite boucle.