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Le grand livre [Doomsday Book - fr]

Электронная книга - «Le grand livre [Doomsday Book - fr]». Краткое содержание книги:

Quoi de plus naturel, au XXIe siècle, que d’utiliser des transmetteurs temporels pour envoyer des historiens vérifier sur place l’idée qu’ils se font du passé ?
Kivrin Engle, elle, a choisi l’an 1320, afin d’étudier les us et coutumes de cette époque fascinante qu’aucun de ses contemporains n’a encore visitée : le Moyen Age.
Le grand jour est arrivé, tous sont venus assister au départ : Gilchrist, le directeur d’études de Kivrin ; l’archéologue Lupe Montoya, le docteur Ahrens ; sans oublier ce bon professeur Dunworthy, qui la trouve trop jeune et inexpérimentée pour se lancer dans pareille aventure et qui s’inquiète tant pour elle.
Ses craintes sont ridicules, le professeur Gilchrist a tout prévu ! Tout, mais pas le pire…
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— Je suis toujours ravi de pouvoir aider une dame dans le besoin, précisa Gawyn.

Plongée dans ses pensées, elle ne l’entendit pas.

Loin devant eux l’intendant levait sa lanterne pour éclairer le passage à Imeyne et à Yvolde. La plupart des villageois étaient restés dans le cimetière. Quelqu’un avait allumé un feu et des gens s’étaient regroupés autour pour se réchauffer les mains. Elle était seule avec Gawyn. L’occasion tant attendue se présentait enfin.

— Je voulais vous remercier de m’avoir amenée au manoir, lui dit-elle. M’avez-vous découverte loin d’ici ? Pourriez-vous me conduire là-bas ?

Il s’arrêta pour la dévisager.

— Ne vous en a-t-on pas informée ? Je suis allé récupérer tout ce que ces brigands n’avaient pas emporté.

— Je le sais, et je vous en suis reconnaissante, fit-elle alors qu’il repartait. Mais c’est pour une autre raison que je voudrais revoir cette clairière.

Dame Imeyne regardait dans leur direction. Kivrin devait convaincre Gawyn avant que cette femme ne décidât d’envoyer l’intendant voir ce qui les retardait.

— Le coup que j’ai reçu sur la tête a effacé mes souvenirs, mais je garde l’espoir de les recouvrer en voyant le lieu où ces brigands m’ont assaillie.

Il s’immobilisa à nouveau et regarda la route, au-delà de l’église. Des lumières y dansaient et approchaient rapidement. Des retardataires qui avaient raté la messe ?

— Vous seul savez où est ce lieu, ajouta-t-elle. Il vous suffirait de m’expliquer comment m’y rendre…

— Il n’y a plus rien, là-bas. J’ai tout apporté.

— Je sais, et je vous en remercie encore, mais…

— Tout est dans la grange.

Il se détourna en entendant des chevaux. Une demi-douzaine de cavaliers passèrent au galop devant l’église et traversèrent le village. Ils ne serrèrent la bride à leurs montures qu’une fois à la hauteur de Dame Eliwys.

Guillaume est revenu, se dit Kivrin. Mais Gawyn lui mit Agnès dans les bras et partit au pas de course vers les nouveaux venus, en dégainant son épée.

Oh, non ! Elle le suivit. Elle titubait sous le poids de l’enfant. Ce n’était pas le maître de céans mais ses adversaires, les individus qui les contraignaient à se dissimuler, la raison pour laquelle Eliwys s’était emportée en apprenant qu’Imeyne avait informé Messire Bloet de leur présence en ce lieu.

Les cavaliers qui tenaient les lanternes avaient mis pied à terre. Eliwys alla vers un des trois hommes restés en selle puis tomba à genoux, comme transpercée d’un coup d’épée.

Non, oh, non ! La clochette d’Agnès tintait follement alors qu’elle courait.

Gawyn arriva sur les lieux et s’agenouilla à son tour. Eliwys se releva, les bras tendus en geste de bienvenue.

Kivrin s’arrêta, hors d’haleine. Messire Bloet se contenta d’une révérence. Les nouveaux venus repoussèrent leurs capuchons. Ils avaient d’étranges chapeaux, ou des couronnes. Gawyn, toujours agenouillé, rengaina son épée. Un des hommes à cheval leva la main. Une bague scintilla.

— Que se passe-t-il ? demanda Agnès d’une voix pâteuse de sommeil.

— Je l’ignore.

La fillette se contorsionna dans ses bras, pour mieux voir la scène.

— Ce sont les rois mages, fit-elle, émerveillée.

EXTRAIT DU GRAND LIVRE
(064996–065537)

Soir de Noël 1320 (calendrier julien). Un représentant de l’évêque est arrivé avec deux autres ecclésiastiques. Dame Imeyne est ravie. Elle croit qu’ils sont venus en réponse à son message, mais j’en doute. Aucun serviteur ne les accompagne, et leur nervosité semble indiquer qu’ils exécutent une mission à la fois pressante et secrète.

Cela doit concerner Messire Guillaume, bien que la cour d’assises soit séculière. Ce sont peut-être des intermédiaires venus négocier avec Eliwys la libération de son époux.

Quelles que soient les raisons de leur voyage, ils ne manquent pas de panache. Agnès les a pris pour les rois mages et ils ont effectivement une allure princière. L’envoyé de l’évêque a des traits aristocratiques, et leurs tenues sont magnifiques. L’un d’eux porte un manteau de velours pourpre avec dans le dos une croix blanche en soie.

Dame Imeyne lui a immédiatement parlé de l’ignorance et des maladresses du père Roche. « Il ne mérite pas une paroisse », a-t-elle dit. Malheureusement pour elle (et heureusement pour le prêtre), cet homme n’est qu’un clerc. Le représentant de l’évêque a une tenue rouge agrémentée de broderies dorées et d’un ourlet noir.

Le troisième est un cistercien… tout au moins porte-t-il l’habit blanc de cet ordre. Il convient cependant de noter que sa laine est d’un tissage encore plus fin que mon manteau, que le cordon de sa ceinture est en soie et qu’une bague digne d’un roi orne chacun de ses doigts boudinés. Son comportement n’a rien de monacal, lui non plus. Cet homme et l’envoyé de l’évêque ont réclamé du vin avant même d’avoir mis pied à terre, et il est évident que le clerc était déjà ivre à son arrivée. Il titubait tant après être descendu de sa monture que le gros moine a dû le soutenir pour entrer dans la grande salle.

(Pause)

J’ai dû me tromper sur la raison de leur présence. Eliwys et Messire Bloet se sont isolés avec le représentant de l’évêque, mais ils n’ont parlé que quelques minutes et j’ai ensuite entendu Eliwys déclarer à sa belle-mère :

— Ils n’ont pas de nouvelles de Guillaume.

Imeyne n’a pas paru se sentir concernée par cette déclaration. Elle pense qu’ils sont venus nommer un nouvel aumônier et elle les harcèle. Elle a insisté pour que le festin soit immédiatement servi, mais les ecclésiastiques s’intéressent bien plus à la boisson qu’à la nourriture. Ils ont déjà vidé d’un trait les gobelets de vin apportés par Imeyne et en ont réclamé d’autres. Quand Maisry a apporté un pichet, le clerc a saisi sa jupe et l’a attirée vers lui pour glisser la main dans son corsage. Elle a réagi comme à son habitude, en couvrant ses oreilles.

Leur arrivée a le mérite d’ajouter à la confusion générale. Je n’ai pu dire que quelques mots à Gawyn mais j’espère avoir une autre occasion de lui parler sans témoins… d’autant plus qu’Imeyne accorde toute son attention au prélat qui vient de subtiliser le pichet à Maisry pour se servir. Je pense encore pouvoir convaincre Gawyn de me guider jusqu’au point de transfert. Rien ne presse, j’ai près d’une semaine devant moi.

21

Le vingt-huit, on signala deux nouveaux décès — des malades qui étaient allés danser à Headington — et Latimer eut une attaque.

— Une thrombose due à une myocardite, expliqua Mary par téléphone. Il ne réagit plus.

Plus de la moitié des pensionnaires de Balliol avaient la grippe et seuls les cas les plus graves étaient admis à l’hôpital. Dunworthy, Finch et une fille qui avait reçu une formation d’infirmière — une découverte de William — distribuaient thermosondes et jus d’orange. Dunworthy faisait les lits et administrait les médicaments.

Et il s’inquiétait. Lorsqu’il avait répété à Mary les propos de Badri, elle lui avait rétorqué : « C’est la fièvre, James. Il est coupé de la réalité. Un de mes patients parle à tout bout de champ des éléphants de la reine. » Mais il ne pouvait chasser de son esprit que Kivrin était peut-être en 1348.

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