Magie et Cristal
- Автор: Кинг Стивен Эдвин
- Серия: La Tour Sombre #4
- Год: 2006
- Язык: французский
- Год: Éditions J'ai Lu
- ISBN: 978-2290345924
- Переводчик: Marie de Prémonville
- Жанр: Ужасы
Электронная книга - «Magie et Cristal». Краткое содержание книги:
— Rengainez votre arme, fit une voix derrière lui.
Elle était calme, sans timbre, comme vidée de toute émotion.
— Tout de suite. Sinon je vous enfonce ça dans le cœur. Plus de parlote. L’heure des palabres est passée. Vous vous exécutez ou je vous crève.
Jonas perçut deux choses dans cette voix : sa jeunesse et son ton de sincérité. Il remit son revolver dans son étui.
— Vous, le type à cheveux bruns, sortez le canon de votre flingue de l’oreille de mon ami et rengainez-le aussi. Tout de suite.
Clay Reynolds ne se le fit pas répéter deux fois puis, encore tout tremblant, poussa un long soupir quand Alain éloigna la lame du couteau de sa gorge et prit du champ. Cuthbert, sans risquer un seul regard alentour, garda sa fronde en position de tir.
— Vous au bar, dit Roland. Rengainez.
Depape obtempéra. Et grimaça de douleur en heurtant son doigt blessé contre son ceinturon. Alors seulement, Cuthbert relâcha l’élastique et fit glisser la bille d’acier de la poche de sa fronde dans sa paume.
On avait oublié la cause de ce remue-ménage pendant le déroulement de ses effets. À présent, Sheemie se remit debout et traversa la salle ventre à terre, les joues mouillées de larmes. Il saisit l’une des mains de Cuthbert entre les siennes, la baisa à plusieurs reprises (bruit de bises sonores qui aurait été cocasse en d’autres circonstances), et la tint contre sa joue un instant. Puis passant devant Reynolds en faisant un détour, il poussa le battant de droite et tomba direct dans les bras d’un Shérif ensommeillé et ivre à moitié. Sheb avait tiré Avery de la prison où ledit Shérif de la Baronnie cuvait le dîner de gala du Maire en roupillant dans l’une des cellules.
— Le beau bordel que voilà !
C’était Avery qui avait parlé. Personne ne répondit. Il ne s’était pas attendu à ce qu’ils le fassent, pas s’ils savaient ce qui valait mieux pour eux.
Comme le bureau de la prison était trop petit pour contenir confortablement trois hommes, trois grands gaillards qui n’en étaient pas tout à fait sans compter un Shérif extralarge, Avery avait dirigé la petite troupe vers la Salle Municipale, pleine d’échos des battements d’ailes des pigeons nichant sous les combles et du tic-tac régulier de l’horloge de parquet, derrière le podium.
C’était une pièce simple, mais néanmoins un choix inspiré. C’était là qu’habitants de la ville et propriétaires terriens de la Baronnie venaient depuis des centaines d’années prendre des décisions, voter des lois et à l’occasion expédier dans l’ouest tout individu particulièrement gênant. Une certaine gravité se dégageait de son obscurité éclairée par les rayons de lune et Roland pensa que même le vieil homme, Jonas, la ressentait un peu. Cela dotait à coup sûr le Shérif Herk Avery d’une autorité qu’il aurait été bien en peine de dégager autrement.
La salle était remplie de ce qu’en cet endroit-là et en ce temps-là, on appelait « des bancs à cru » — à savoir en chêne, sans coussins pour les fesses ou le dos. On en comptait soixante en tout, trente de chaque côté d’une vaste allée centrale. Jonas, Depape et Reynolds étaient assis sur le premier banc, à gauche de l’allée. Roland, Cuthbert et Alain s’étaient installés à droite, en face d’eux. Reynolds et Depape avaient l’air embarrassé et maussade ; Jonas, perdu dans ses pensées, semblait calme. La petite équipe de Will Dearborn se tenait coite. Roland avait lancé un regard à Cuthbert que ce dernier, espérait-il, avait déchiffré : si je te prends une fois à faire le malin, je t’arrache la langue. Il pensait que le message avait été bien reçu. Bert avait rangé quelque part sa stupide « vigie », ce qui était bon signe.
— Un beau bordel, répéta Avery.
Il poussa un profond soupir alcoolisé en leur direction. Assis au bord de l’estrade, ses courtes jambes ballant dans le vide, il les considérait avec un étonnement mêlé de dégoût.
La porte latérale s’ouvrit et l’Adjoint Dave entra ; il s’était dépouillé de sa veste blanche de serveur et avait fourré son monocle dans la poche de la chemise kaki de sa tenue plus habituelle. Il tenait à la main une chope et dans l’autre un morceau d’écorce de bouleau, à ce qu’il sembla à Roland.
— Tu as fait bouillir la première moitié, David ? demanda Avery, du ton de celui à qui on ne l’a fait pas.
— Si fait.
— Tu l’as bien fait bouillir deux fois ?
— Deux fois, si fait.
— Car telles étaient les prescriptions.
— Si fait, répéta David d’une voix résignée.
Il passa la chope à Avery dans laquelle il jeta l’écorce de bouleau qui restait quand le Shérif la lui tendit pour la recueillir.
Avery fit tournoyer le breuvage, le contemplant d’un œil dubitatif et résigné, puis le but. Il grimaça.
— Ah, pouah ! s’écria-t-il. J’connais rien d’aussi infect.
— Qu’est-ce que c’est ? demanda Jonas.
— Une potion contre la migraine. Contre la gueule de bois, plutôt. C’est une recette de la vieille sorcière, celle qui vit là-haut sur le Cöos. Vous voyez où ça se trouve ?
Avery lança à Jonas un regard entendu. Le vieux porte-flingue prétendit n’avoir rien vu, mais Roland fut de l’avis contraire. Qu’est-ce que cela voulait dire ? Nouveau mystère.
Depape leva la tête au mot Cöos, puis se remit à suçoter son doigt blessé. Assis après Depape, Reynolds, drapé dans sa cape et d’une humeur noire, fixait obstinément ses genoux.
— Et ça marche ? demanda Roland.
— Si fait, mon garçon, mais faut payer le prix fort pour ces remèdes de bonne femme. Souvenez-vous bien : on paie toujours le prix. Çui-là ôte le mal de tête quand on a trop bu de ce satané punch du Maire Thorin, mais y vous tord les boyaux quelque chose de costaud, si fait. Et les pets, j’vous raconte point… ! fit-il, agitant la main devant son visage pour souligner ses dires.
Il avala une autre gorgée avant de reposer la chope. Il reprit sa gravité première, mais l’humeur générale s’était un petit peu allégée ; tous le sentaient.
— Et maintenant, qu’est-ce qu’on décide à propos de cet’ affaire ?
Herk Avery les dévisagea lentement tour à tour, commençant par Reynolds à l’extrême droite jusqu’à Alain — « Richard Stockworth », autrement dit —, à l’extrême gauche.
— Alors, les gars ? Nous avons d’un côté, les hommes du Maire et de l’autre, les… hommes… de l’Affiliation… six individus prêts à en découdre et à propos de quoi ? D’un simple d’esprit et d’un baquet de lavasse renversé.
Il désigna du doigt les Grands Chasseurs du Cercueil, puis les « compteurs » de l’Affiliation.
— Deux barils de poudre et un gros shérif au milieu. Alors, à votre avis ? Exprimez-vous, soyez pas timides, vous l’étiez point t’à l’heure dans le boxon de Coraline, alors le soyez point ici !
Personne ne souffla mot. Avery sirota à nouveau un peu de son affreux breuvage, puis le reposa et les regarda, l’air décidé. Ce qu’il dit ensuite ne surprit pas Roland outre mesure ; il n’attendait pas autre chose de la part d’un homme tel qu’Avery, il avait même prévu jusqu’à son ton suggérant qu’il se considérait comme celui qui pouvait prendre des décisions difficiles, par les dieux.
— Je vais vous dire c’qu’on va faire : oublier la chose.
Il adopta l’air de celui qui, s’attendant à un chahut, se prépare à prendre les choses en main. Quand personne n’éleva la voix ni ne remua un orteil, il parut tout déconfit. Il avait cependant un boulot à faire, et la soirée s’avançait. Il carra ses épaules et poursuivit :