Magie et Cristal
- Автор: Кинг Стивен Эдвин
- Серия: La Tour Sombre #4
- Год: 2006
- Язык: французский
- Год: Éditions J'ai Lu
- ISBN: 978-2290345924
- Переводчик: Marie de Prémonville
- Жанр: Ужасы
Электронная книга - «Magie et Cristal». Краткое содержание книги:
— J’compte point passer les trois, quat’ mois qui viennent à attendre d’voir qui d’vous va tuer qui. Que nenni ! Et j’veux pas plus me retrouver dans la position où j’devrais porter l’chapeau pour votre stupide querelle au sujet d’ce simplet de Sheemie. J’fais appel à votre bon sens, les gars, quand j’vous signale que j’peux être soit votre ami soit votre ennemi, le temps de vot’ séjour, ici… mais j’aurais tort de point faire appel aussi à c’qu’y a d’plus noble dans vos natures, j’en doute point, savoir la largeur d’esprit et la sensibilité.
Le Shérif prit alors une expression exaltée qui ne fut pas, du point de vue de Roland, particulièrement heureuse. Avery concentra toute son attention sur Jonas.
— Sai, j’arrive point à croire que vous vouliez chercher noise à trois jeunes gens de l’Affiliation — l’Affiliation qu’a été comme le lait maternel et la protection paternelle depuis… oh… hum… cinquante bonnes générations, si fait ; vous voudriez pas être irrespectueux à ce point ?
Jonas fit non de la tête et l’aumône de son sourire imperceptible.
Avery opina à nouveau. Les choses étaient en bonne voie, si l’on se fiait à cet acquiescement.
— Tous tant qu’vous z’êtes, z’avez votre fer à battre et vos oignons à éplucher, et pas un d’vous n’a envie qu’truc pareil vienne s’mettre en travers d’son boulot, pas vrai ?
Et tous d’acquiescer cette fois.
— Alors je vous demande d’vous lever, d’vous serrer la main en vous implorant mutuellement pardon. Si vous refusez, en c’qui m’concerne, faudra tous tant qu’vous êtes sortir d’la ville au lever du soleil et chevaucher vers l’Ouest.
Il s’empara à nouveau de la chope et but plus longtemps, cette fois. Roland s’aperçut que la main du bonhomme tremblait très légèrement, ce qui ne le surprit pas. Tout ça était du bluff, du vent. Le Shérif avait dû comprendre que Jonas, Reynolds et Depape échappaient à son autorité dès qu’il avait vu les petits cercueils bleus tatoués sur leurs mains ; à l’issue de cette soirée, il serait persuadé de la même chose concernant Dearborn, Stockworth et Heath. Il pouvait simplement espérer que tous verraient où se trouvait leur intérêt. Roland le vit. Apparemment, il en fut de même pour Jonas, car à l’instant où Roland se leva, il l’imita.
Avery eut un petit mouvement de recul, comme s’il s’attendait à ce que Jonas sorte son arme à feu et Dearborn le couteau passé à sa ceinture, celui dont il piquait le dos de Jonas quand Avery avait fait son apparition poussive au saloon.
Cependant, ni revolver ni couteau ne furent sortis. Jonas se tourna vers Roland et lui tendit la main.
— Il a raison, mon gars, fit Jonas de sa voix chevrotante et flûtée.
— Oui.
— Tu veux bien en serrer cinq à un vieillard et jurer de repartir de zéro ?
— Oui, fit Roland en lui tendant la main.
Jonas la prit.
— J’implore ton pardon.
— Et moi, le vôtre, Messire Jonas.
Roland se tapota la gorge de la main gauche, comme il seyait quand on s’adressait à l’un de ses aînés, sur ce mode-là.
Au moment où tous deux se rasseyaient, Alain et Reynolds se levèrent à leur tour, comme les participants d’un cérémonial parfaitement huilé. Cuthbert et Depape furent les derniers à se lever. Roland était persuadé que l’espièglerie de Bert allait se manifester comme un diable hors de sa boîte — cet idiot ne serait pas capable de s’en empêcher, même s’il devait être conscient qu’un Depape n’était pas homme à prendre à la légère ce qui s’était passé ce soir-là.
— Implore votre pardon, dit Cuthbert, nulle trace d’ironie dans la voix ; ce qui était remarquable.
— Et moi, l’tien, marmonna Depape, tendant sa main zébrée de sang.
Roland envisagea le pire cauchemar : Bert la serrant de toutes ses forces, provoquant chez le rouquin un ululement de hibou collé sur un poêle chauffé au rouge, mais la poignée de main de Bert eut la même retenue que sa voix.
Avery, depuis l’estrade où il était assis, ses jambes grassouillettes pendouillant dans le vide, supervisa cette scène avec la bonne humeur d’un vieil oncle. Même l’Adjoint Dave avait le sourire.
— Maint’nant, j’m’propose d’vous serrer la main à tous et d’vous renvoyer chacun d’vot’ côté, car l’heure s’fait tardive, si fait, et quelqu’un comme moi a besoin d’repos pour ménager sa beauté.
Il pouffa et eut l’air à nouveau mal à l’aise quand personne ne lui emboîta le pas. Se laissant glisser au bas de l’estrade, il commença à distribuer des poignées de main, avec l’enthousiasme d’un plénipotentiaire ayant finalement réussi à marier un couple têtu au terme de longues et orageuses fiançailles.
Quand ils se retrouvèrent à l’extérieur, la lune était couchée et les premières clartés se montraient déjà dans le ciel, à l’horizon de la Mer Limpide.
— Il se peut que nous soyons appelés à nous rencontrer à nouveau, sai, dit Jonas.
— Oui, il se peut, dit Roland, avant de sauter en selle.
Les Grands Chasseurs du Cercueil demeuraient dans une maison de gardien à environ une demi-lieue de Front de Mer — à deux lieues et demie de la ville, en fait.
À mi-chemin, Jonas s’arrêta à un embranchement, d’où la route descendait en une pente raide et caillouteuse jusqu’à la mer qui s’éclairait de plus en plus.
— Descends de cheval, messire, fit-il, les yeux fixés sur Depape.
— Jonas… Jonas… je…
— Descends.
Se mordillant nerveusement la lèvre, Depape obéit.
— Enlève tes lunettes.
— Jonas, à quoi ça rime tout ça ? Je ne…
— Si tu préfères qu’on te les casse, tu n’as qu’à les garder. Pour moi, c’est tout un.
Se mordant la lèvre carrément, à présent, Depape ôta ses lunettes cerclées d’or. À peine les avait-il à la main que Jonas lui appliquait une formidable taloche sur la tempe. Depape, poussant un cri, tituba vers l’à-pic. Jonas se précipita sur lui avec la même célérité avec laquelle il l’avait frappé et le rattrapa par la chemise juste avant qu’il ne fasse la culbute dans le vide. Jonas, affermissant sa prise, tira Depape vers lui. Il respirait fort, inhalant le mélange résine de pin et sueur qui émanait de Depape.
— Tu mériterais que je te précipite dans le vide, souffla-t-il. Tu te rends compte du tort immense que tu nous as causé ?
— Je… Jonas… Je voulais pas… m’amuser un peu, tout ce que je… comment on aurait pu su ce qu’ils…
Lentement, la main de Jonas relâcha son emprise. Ce dernier bafouillage avait fait son chemin en lui. Comment ils auraient pu su avait beau écorcher la grammaire, l’idée était juste. Et, sans ce qui s’était passé ce soir, ils auraient pu n’en rien savoir. Si l’on considérait les choses sous cet angle, Depape leur avait vraiment fait un cadeau. Le démon que l’on connaît est toujours préférable à celui qu’on ne connaît point. N’empêche, l’histoire circulerait et on allait en faire des gorges chaudes en ville. Mais peut-être que même ça n’était pas une mauvaise chose. Les rires cesseraient en temps voulu.
— J’implore ton pardon, Jonas.
— La ferme, fit Jonas.
À l’est, le soleil se hisserait sous peu au-dessus de l’horizon, dardant ses premiers rayons sur un nouveau jour dans ce monde de peine et de labeur.