Magie et Cristal
- Автор: Кинг Стивен Эдвин
- Серия: La Tour Sombre #4
- Год: 2006
- Язык: французский
- Год: Éditions J'ai Lu
- ISBN: 978-2290345924
- Переводчик: Marie de Prémonville
- Жанр: Ужасы
Электронная книга - «Magie et Cristal». Краткое содержание книги:
— Fille ingrate, lui dit sa tante, d’une voix douce, si venimeuse qu’elle en devenait caressante. Après tout ce que j’ai fait pour toi et tout ce que Art Thorin a fait pour toi. Car le bourrin que tu comptes monter ce matin était un gage de respect de Thorin envers…
— PYLÔNE ÉTAIT À NOUS ! hurla-t-elle, rendue quasi folle de rage par ce brouillage délibéré de la vérité. TOUT ÉTAIT À NOUS ! LES CHEVAUX, LES TERRES — TOUT ÉTAIT À NOUS !
— Baisse le ton, fit Tante Cord.
Susan inspira profondément, tâchant de retrouver un peu de maîtrise d’elle-même. Elle ôta les cheveux qui lui masquaient la figure, révélant la marque rouge que la main de sa tante avait laissée sur sa joue. Cordélia tressaillit légèrement en la voyant.
— Mon père n’aurait jamais permis ça, dit Susan. Il ne m’aurait jamais laissée devenir la « gueuse » de Thorin. Quels qu’aient pu être ses sentiments envers Thorin en tant que Maire… ou comme son patrono… il n’aurait jamais autorisé une chose pareille. Et vous le savez très bien. Tu le sais très bien.
Tante Cord leva les yeux au ciel, puis se frappa la tempe du doigt comme si Susan était devenue folle.
— Tu y as consenti de toi-même, Mamzelle Fraîche et Rose. Si fait. Et si vos lubies de gamine vous poussent maintenant à vouloir vous dédire de ce qui a été dit…
— Si fait, reconnut Susan. J’ai accepté ce marché, si fait. Après avoir été harcelée par vous, jour et nuit, après que vous m’avez conjurée d’accepter en pleurant…
— Qui ça ? Moi ? Jamais de la vie ! s’écria Cordélia, piquée au vif.
— Vous avez déjà oublié, ma tante ? Si fait, je suppose. Comme ce soir, vous aurez oublié m’avoir souffletée au petit déjeuner. Eh bien, moi, je n’ai point oublié. Tu as pleuré, assurément, tu m’as dit en pleurant que tu avais peur qu’on nous chasse de nos terres puisque nous n’avions plus aucun titre de propriété, qu’on se retrouverait sur les routes, tu as pleuré et tu m’as dit…
— Arrête de t’adresser à moi comme ça ! hurla Tante Cord.
Rien sur terre ne l’enrageait autant que de se voir renvoyer son propre tutoiement.
— Tu n’as pas plus le droit d’utiliser l’ancien langage que de te plaindre avec des bêlements stupides ! Va-t’en ! Déguerpis d’ici !
Mais Susan ne s’arrêta pas là, saisie d’une fureur débordante qui refusait de se laisser détourner de son objet.
— Tu as pleuré en me disant qu’on serait forcées de partir, expédiées dans l’ouest, qu’on ne reverrait jamais la demeure de mon pa ni Hambry… et puis, quand tu m’as eu bien effrayée, vous m’avez parlé du mignon petit bébé que j’aurais. Vous avez ajouté que nos terres nous seraient rendues, nos chevaux, de même. En gage de l’honnêteté du Maire, je possède un cheval que j’ai moi-même aidé à mettre bas. Et qu’ai-je fait pour mériter tout ça, qui aurait été mien dans tous les cas, n’eût été la perte d’une paperasse ? Qu’ai-je fait pour qu’il vous donne de l’argent ? Qu’ai-je fait d’autre que lui promettre de baiser avec lui pendant que son épouse depuis quarante ans dormira au bout du couloir ?
— C’est l’argent que tu veux, alors ? demanda Tante Cord, avec un sourire rageur. C’est ça que tu veux, si fait ? Tu l’auras, alors. Prends-le, garde-le, perds-le, nourris-en les cochons, je m’en moque !
Elle se tourna vers sa bourse, accrochée à un montant, près du fourneau. Elle commença à fouiller dedans, mais ses gestes perdirent rapidement de leur conviction et ralentirent. Un miroir ovale était fixé à gauche de la porte de la cuisine. Susan y surprit le visage de sa tante. Ce qu’elle y lut — mélange de haine, de consternation et de cupidité — lui serra le cœur.
— Laisse tomber, ma tante. Je vois combien tu répugnes à t’en séparer, et je n’en voudrais pour rien au monde, de toute façon. C’est le prix de la putasserie.
Tante Cord pivota vers elle, scandalisée, oubliant sa bourse fort à propos.
— Cela n’a rien à voir avec de la putasserie, stupide rejetonne ! Quoi, la plupart des grandes femmes de l’histoire ont été des gueuses, et la plupart des grands hommes sont fils de gueuses. Ce n’est point de la putasserie !
Susan arracha la casaque rouge de son portemanteau et la tint devant elle. La chemise se moula sur ses seins comme si elle n’avait attendu que ça.
— Alors pourquoi m’envoie-t-il des habits de putain ?
— Susan ! fit Tante Cord, les larmes aux yeux.
Susan lui jeta la casaque comme elle lui avait lancé les quartiers d’orange. Elle atterrit à ses pieds.
— Ramassez-la donc et portez-la vous-même, si ça vous dit. Vous pouvez aussi lui ouvrir les cuisses, si ça vous chante.
Là-dessus, elle s’était détournée et avait franchi la porte à toute allure, poursuivie par les cris d’hystérie de sa tante :
— Ne va point te mettre des idées folles en tête, Susan ! Les idées folles entraînent une folle conduite et il est trop tard pour l’une comme pour les autres ! Tu as donné ton accord !
Elle ne le savait que trop. Et avait beau mener Pylône à un train d’enfer le long de l’Aplomb, elle ne pourrait jamais devancer ce savoir. Elle avait accepté et Pat Delgado aurait eu beau être — ô combien — horrifié devant le guêpier dans lequel elle s’était fourrée, il aurait vu au moins une chose clairement — elle avait fait une promesse et les promesses devaient être tenues. L’Enfer attendait ceux qui ne les tenaient point.
Elle retint le rosillo tant qu’il avait du souffle en réserve. Regardant derrière elle, elle vit qu’elle avait couvert presque une demi-lieue et réduisit encore l’allure — petit galop, trot, train de promenade. Elle inspira profondément, puis expira. Pour la première fois de la matinée, elle prit conscience de la beauté éclatante du jour — les mouettes qui décrivaient des cercles dans l’air brumeux, vers l’ouest, l’herbe haute qui l’entourait et les fleurs nichées dans le moindre recoin ombreux : bleuets, lupins, phlox, et ses préférées, les dauphinelles d’un bleu soyeux si délicat. De partout montait le bourdonnement somnolent des abeilles. Ce son l’apaisa, et le trop-plein de ses émotions se vidant quelque peu, elle fut capable d’admettre quelque chose la touchant directement… de l’admettre, puis de le formuler à haute voix.
— Will Dearborn, dit-elle, frissonnant quand ce nom sortit de sa bouche, même s’il n’y avait personne pour l’entendre, hormis Pylône et les abeilles. Aussi le répéta-t-elle et à peine l’eut-elle prononcé que, portant son poignet à ses lèvres, elle le baisa à la saignée, là où le pouls bat à fleur de peau. Son geste la choqua, car elle le fit sans y penser, et davantage encore, car le goût de sueur de sa propre peau lui provoqua une excitation immédiate. Elle sentit la nécessité de se rafraîchir les sangs, comme elle l’avait fait dans son lit après l’avoir rencontré. Vu l’état dans lequel elle errait, ce serait tôt fait.
Au lieu de ça, elle se contenta de grommeler le juron favori de son père — « Ah ! mors de bleu » en crachant loin de ses bottes. Will Dearborn avait semé beaucoup trop de désordre dans sa vie, ces trois dernières semaines ; Will Dearborn, avec ses yeux bleus troublants, ses cheveux bruns en bataille, son attitude collet monté, si prompt à porter des jugements. Je sais me montrer discret, madame. Quant à la bienséance, je suis étonné que vous connaissiez ce mot.