Felicia au soleil couchant
- Автор: Бенцони Жюльетта
- Серия: Волки Лозарга #3
- Язык: французский
- Жанр: Исторические любовные романы
Электронная книга - «Felicia au soleil couchant». Краткое содержание книги:
Аннотация
Belle et riche héritière d’une famille de banquiers morts dans des circonstances mystérieuses, Hortense de Lauzargues a su résister au désespoir qui l’attendait dans la demeure de son oncle et déjouer les manœuvres de ce châtelain féodal. Le destin a fini par la délivrer d’un mari épousé sous la contrainte alors que son cœur et ses sens appelaient Jean de la Nuit, le sauvage meneur de loups rencontré dans les environs de Lauzargues. Fuyant une province hostile, elle a retrouvé son rang dans le Paris tumultueux et révolutionnaire de 1830, lutté pour protéger son enfant et même, aux côtés de sa vieille amie Felicia, comtesse de Morosini, défié le pouvoir.Au moment où s’ouvre le troisième volet de ses aventures, le destin d’Hortense semble menacé de toute part. Est-ce la fin d’un rêve ? Le dernier acte avant la conquête du bonheur ?
— Vous saviez que j’allais venir maintenant, François ? demanda Hortense.
— J’ai entendu partir la voiture de votre amie, madame Hortense. Je savais que vous ne tarderiez guère… Mais je vous remercie d’être venue si vite. Voulez-vous vous donner la peine d’entrer ou bien préférez-vous marcher ?
— Je préfère entrer. J’ai déjà fait une promenade avec la comtesse Morosini. Nous avons beaucoup admiré votre jardin, François. Je crois que chaque année il est plus beau que l’année précédente…
— Il vous attendait comme nous vous attendions tous. Il ne fallait pas que vous soyez déçue…
— Comme je vais l’être à présent, peut-être ? Pour que vous m’ayez écrit cette lettre, il faut que mes affaires aillent mal, n’est-ce pas ?
Ils étaient entrés dans la longue pièce basse qui était le centre même de la maison et où Jeannette entretenait une propreté bénédictine. La longue table de châtaignier, les coffres à bois ou à vêtements, les bancs et les fauteuils de bois qui flanquaient le profond cantou à l’intérieur velouté de suie, luisaient dans l’ombre fraîche comme du satin brun. Sur le manteau de la cheminée, les cuivres brillaient comme du vermeil et, au milieu de la table, dans une jatte d’étain, s’épanouissait un grand bouquet de reines-marguerites azurées. Cela sentait le feu de bois, la cire d’abeilles et le pain fraîchement cuit.
François avança à Hortense l’un des petits fauteuils rustiques, jadis façonnés par son grand-père et que Jeannette avait garnis de coussins de toile verte. Hortense s’y assit avec un soupir qui traduisait sa lassitude autant que son inquiétude et jeta un regard sur les registres et l’écritoire disposés sur la table. François surprit ce regard et sourit :
— S’il s’agit des affaires de la maison ou de la ferme, je peux vous assurer que tout va bien. Nous avons fait, sur la planèze, une récolte de gentiane exceptionnelle et le bétail…
— François ! Ne me faites pas languir. Vous ne m’auriez pas lancé cet appel au secours pour me parler de gentiane ou de bétail. Il s’agit de Jean, bien sûr, et vous savez bien que je brûle d’avoir enfin de ses nouvelles. Pourquoi ne parliez-vous pas de lui dans vos lettres ? Ou si peu…
— Mais parce qu’il me l’avait défendu, madame Hortense. Il ne voulait pas que je vous écrive quoi que ce soit qui pût ressembler à un appel. Il croit… que vous êtes déjà lasse de la vie ici et que vous êtes partie sans grand espoir de retour…
— Il est fou ? Peut-il croire que j’abandonnerais mon enfant ? Notre enfant ?…
— J’aurais dû dire sans grand espoir de retour vers lui.
— Mais il a lu mes lettres ? Il sait bien que je l’aime ? Pourquoi ne m’a-t-il pas répondu ?
— Pour la même raison que je vous ai dite. Jean croit que vous avez eu pour lui un… caprice violent et que, devant l’impossibilité où vous vous trouviez de vivre ensemble au grand jour, vous avez préféré partir…
— Mais c’est lui qui est parti. C’est lui qui, tout d’un coup, a décidé d’habiter Lauzargues pour que Godivelle n’y reste pas seule. Quelle excuse en vérité ! Il la voyait en danger…
— Il y a du vrai là-dedans. On parle beaucoup de Lauzargues depuis l’incendie. Et pas en bien. Les gens disent qu’il est hanté, maudit. Et comme Jean, aussi bien que Godivelle d’ailleurs, en interdisent l’approche…
— Quelle sottise ! Voilà beau temps que j’ai eu maille à partir pour la première fois avec la malédiction du château. J’ignore pour quelle raison Jean et Godivelle entendent accréditer ces contes de bonne femme. Et d’ailleurs cela ne m’intéresse pas. Ce qui m’intéresse, c’est Jean. Il sait bien que je ne veux que lui au monde. Il sait bien que je voulais l’épouser contre vents et marées. J’avais même été jusqu’à lui dire…
— Que vous attendiez un enfant ? Je sais. Voyez-vous, madame Hortense, je crois que c’est cela qui lui a fait le plus de mal. « Elle m’a menti une fois, m’a-t-il dit. Elle que je croyais incapable du plus petit mensonge, elle que je croyais limpide… Pourquoi, dès lors, ne mentirait-elle pas encore ? » Que vous soyez partie pour venir en aide à votre amie d’enfance, cela, il l’a compris. Mais qu’ensuite vous l’ayez suivie au bout de l’Europe, cela, il a refusé de le croire…
— Qu’a-t-il cru, alors ? Que je suivais un homme ?
François ne répondit pas, mais son visage figé constituait la plus claire des réponses. D’un effort de volonté, Hortense retint les larmes qui montaient à ses yeux mais ne put empêcher sa voix de s’enrouer :
— Me connaît-il si mal ? fit-elle douloureusement.
— Je crois qu’en fait, et si vous permettez à un ami de vous dire la vérité, madame Hortense, je crois qu’il ne vous connaît pas du tout et que vous non plus, vous ne le connaissez guère. Vous vous êtes rencontrés, aimés avec passion sans chercher à en savoir davantage. Mais vous venez de mondes entièrement différents et vous n’avez jamais vécu ensemble. Ce qui s’appelle vivre…
— Je ne demandais que cela ! Que venez-vous me parler de mondes différents ? Mes racines sont ici et je l’ai compris depuis longtemps. Ma mère…
— Il m’a aussi parlé de votre mère, dit François tristement. Et j’avoue qu’il m’a fait du mal quand il m’a dit : « Elle aussi t’aimait, mon pauvre François, et te le disait et te répétait qu’elle ne pourrait pas vivre loin de toi. Pourtant elle est partie en épouser un autre. Et elle n’avait même pas l’excuse, pour ce mariage, de l’obéissance à sa famille. Telle mère… »
— Telle fille ! acheva Hortense dans un souffle. Et c’est Jean, Jean qui a dit une chose pareille ? Qui a pu lui mettre de pareilles idées dans la tête ? On me l’a changé. Il n’est plus le même homme ? Ou alors il est fou… Il faut qu’il le soit pour avoir oublié qu’entre ma mère et moi il existe une immense différence. Une différence qui s’appelle Étienne, qui est notre chair et notre sang à tous deux ?…
— Mais qui passe pour le fils de votre défunt époux. Si vous n’aimiez plus Jean, ce serait bien facile à oublier…
— Par pour moi ! Mais dites-moi, François, si c’est ainsi que l’on me voit, que l’on me juge au pays… pourquoi m’avoir écrit cette lettre ? Pourquoi m’avoir fait revenir ?
— Parce que moi, je ne crois pas que vous aimiez quelqu’un d’autre. Parce que, depuis un moment, je me fais l’avocat du diable et que, tout au fond de moi, j’espère encore que votre amour garde une chance d’être sauvé.
— Vous y croyez donc, vous, à cet amour ?
— Oui. J’ignore qui met à Jean de telles idées en tête mais vous n’êtes pas celle qu’il s’imagine. Alors, je lui ai désobéi et je vous ai écrit. Grâce à Dieu, vous êtes revenue avant qu’il ne soit trop tard.
— Trop tard pour quoi ?
— Pour retrouver Jean. Il y a plus d’un mois, je l’ai rencontré à Saint-Flour ; il était allé acheter plusieurs choses. J’ai voulu lui parler de vous, de ce que vous m’écriviez, mais il m’a arrêté : « Écoute, François, m’a-t-il dit, ce n’est pas la peine de m’en parler à présent. C’est à elle de s’expliquer si elle en a encore envie. Si elle revient un jour… » et comme je me récriais, assurant que vous reviendriez certainement, ne serait-ce que pour le petit, il m’a répondu : « On verra bien. Mais si à Noël, elle n’est pas revenue, il sera trop tard… d’ailleurs je crains qu’il ne soit déjà trop tard. »