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Электронная книга - «Felicia au soleil couchant». Краткое содержание книги:

Аннотация

Belle et riche héritière d’une famille de banquiers morts dans des circonstances mystérieuses, Hortense de Lauzargues a su résister au désespoir qui l’attendait dans la demeure de son oncle et déjouer les manœuvres de ce châtelain féodal. Le destin a fini par la délivrer d’un mari épousé sous la contrainte alors que son cœur et ses sens appelaient Jean de la Nuit, le sauvage meneur de loups rencontré dans les environs de Lauzargues. Fuyant une province hostile, elle a retrouvé son rang dans le Paris tumultueux et révolutionnaire de 1830, lutté pour protéger son enfant et même, aux côtés de sa vieille amie Felicia, comtesse de Morosini, défié le pouvoir.
Au moment où s’ouvre le troisième volet de ses aventures, le destin d’Hortense semble menacé de toute part. Est-ce la fin d’un rêve ? Le dernier acte avant la conquête du bonheur ?
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— Vous me peinez en repartant si vite, Felicia. Pourquoi ne pas prolonger votre séjour ? Pourquoi ne pas passer l’hiver auprès de moi ? Nous venons seulement d’arriver…

En effet, les deux jeunes femmes avaient fait leur entrée à Combert la veille dans l’après-midi, créant dans ce petit monde clos la sensation et l’agitation que l’on devine. Clémence avait pleuré dans son tablier en reconnaissant Hortense ; Jeannette, oubliant tout protocole, s’était jetée dans ses bras pour l’embrasser, quitte à s’en montrer confuse après. Quant à François, qui avait appris la nouvelle en revenant des champs, il s’était incliné en silence mais avec l’air tellement heureux qu’Hortense s’était adressé de vifs reproches. Comment avait-elle pu abandonner pendant tant de mois et presque sans nouvelles de si braves gens ? Ils n’avaient rien dû comprendre à son aventure autrichienne et se tenaient déjà pour abandonnés, ainsi que Clémence le traduisit à sa manière :

— On croyait que vous étiez partie pour toujours, comme jadis demoiselle Victoire de Lauzargues votre pauvre mère.

— En voilà une idée ! Ma mère a quitté le pays pour se marier. Et moi, j’ai un fils…

— Pourtant, des bruits couraient… Vous savez comment sont les gens… Quand on se pose des questions, on cherche des réponses et c’est bien rare si on n’en trouve pas. Y en a qui disent que vous êtes partie chercher un mari…

— Quelle sottise ! Je suis partie pour de graves raisons comme pourrait vous le dire la comtesse Morosini ici présente. Et puis j’ai écrit plusieurs fois…

— De l’étranger ! Et comme le François lisait pas vos lettres sur les marchés, chacun arrangeait ça à sa manière…

Hortense remit à plus tard la discussion de l’affaire. Jeannette venait de lui amener le petit Étienne et la jeune mère fondait de bonheur. Elle s’était jetée à genoux pour le prendre dans ses bras et le couvrir de baisers passionnés. Et aussi de larmes de joie…

— Mon petit ! Mon tout petit !… Mon Tienou !… Comme il est beau, comme il est grand !…

— Et comme il est insupportable ! ajouta Jeannette en écho. Il n’y a guère que mon oncle François pour le faire tenir tranquille…

— L’aurait besoin d’un père ! conclut Clémence en disparaissant dans sa cuisine pour se précipiter sur ses casseroles. Et vous, vous avez besoin d’un bon repas après tout ce chemin…

Le reste du temps avait été consacré à la joie du retour, au plaisir de faire visiter la maison à Felicia, à l’énorme repas que Clémence confectionna après avoir massacré une partie de la basse-cour, malaxé une énorme quantité de pâte et monté de la cave quelques bonnes bouteilles avec l’aide de Timour – dont la silhouette majestueuse impressionnait la brave femme – et des serviteurs de Felicia.

C’est que, cette fois, la berline de voyage avait amené cinq voyageurs. A Paris, où elle n’était restée que deux jours, Felicia avait rendu sa maison de la rue de Babylone à son propriétaire et récupéré Livia et Gaetano qui, durant si longtemps, en avaient assuré la garde fidèle et l’entretien dans l’espoir d’une arrivée auguste. Mais le rêve d’Empire s’écroulant, Felicia n’avait plus besoin de conserver un logis dans une ville où elle ne comptait plus revenir.

— Le seul qui avait besoin de moi ici, c’est Delacroix et il est parti lui aussi.

En effet, une brève visite quai Voltaire avait appris aux deux femmes que le peintre avait quitté Paris de son côté, mais en direction du Maroc en compagnie de son ami le comte Charles de Mornay. L’artiste, à ce que l’on apprit, n’avait pas eu avec la Liberté le succès qu’il escomptait, bien que l’œuvre eût été achetée par le roi. Il avait préféré abandonner pour de plus belles aventures un Paris jugé par lui trop bourgeois.

C’était donc sans regrets que l’on avait quitté la capitale de Louis-Philippe et même, pour Livia et Gaetano, avec une grande joie à l’idée de revoir les doux paysages et le soleil d’Italie.

A cet instant, tout ce monde emplissait la maison d’Hortense d’une gaieté et d’une agitation tout à fait inhabituelles et qu’elle aurait aimé conserver au moins quelque temps. Malheureusement Felicia voulait repartir et repartir vite…

— Votre maison est pleine de charme et ce jardin est ravissant, dit-elle à son amie. Il serait facile de s’y arrêter et peut-être de tout oublier… Trop facile ! Et moi, je ne veux pas oublier. Il faut que ma vie serve à quelque chose.

— J’aimerais tant vous garder. Au moins un peu. Cela va être difficile de vivre sans vous…

Felicia sourit et glissa son bras sous celui de son amie pour regagner avec elle l’intérieur de la maison où Clémence les appelait pour le petit déjeuner.

— Ce sera plus difficile encore pour moi. Vous avez ici… une affaire à régler dont vous avez eu la grâce de ne pas même faire mention depuis notre arrivée alors que l’impatience doit vous ronger. Ma présence vous gênerait et moi, je vous l’avoue, j’ai hâte à présent de regagner mon pays…

— Pour retrouver Marmont ? fit Hortense avec un sourire.

— Notre ancien ennemi ? Il est assez intelligent pour savoir qu’il n’a pas grand-chose à attendre de moi. Non. Je vais là-bas pour retrouver une raison de vivre…

Hortense s’arrêta et regarda son amie avec une soudaine angoisse :

— Vous êtes bien sûre, Felicia, que ce n’est pas une raison de mourir ? Je vous aime beaucoup… plus qu’une sœur sans doute. Je voudrais vous revoir…

— N’ayez crainte ! Moi aussi, j’ai envie de vous revoir… Et de vous revoir heureuse si possible. Vous allez pouvoir y travailler. Mais n’oubliez pas ceci : l’amour est chose trop belle et trop rare pour qu’on risque de le perdre au nom de Dieu sait quel préjugé social. Il mérite qu’on lui sacrifie tout…

Une heure plus tard, au tournant du chemin qui marquait la limite de sa propriété, Hortense, qui tenait son fils par la main, regardait s’éloigner la grosse berline jaune et noir grâce à laquelle elle avait parcouru tant de lieues. Cette fois, la berline la laissait au bord de la route, de sa propre volonté bien sûr, mais elle ne pouvait s’empêcher d’en éprouver un serrement de cœur. Quand retrouverait-elle l’amie qui était devenue sa seule famille ?

Le nuage de poussière dans lequel s’enfonçait la voiture s’enfla tandis qu’allait s’affaiblissant le bruit de sabots et de gourmettes. Bientôt, Hortense ne vit plus que cette poussière qui, en retombant, montra la route vide. Elle essuya une larme qu’elle ne pouvait plus retenir et serra plus fort la menotte toute chaude qui se blottissait dans la sienne. Étienne, qui n’avait cessé d’agiter l’autre main en un geste qui était surtout un jeu, regarda sa mère :

— Partie ? fit-il d’un ton interrogateur.

— Oui, mon chéri. Tante Felicia est partie. Mais elle reviendra.

L’enfant parlait bien à présent et Hortense s’attendrissait de ces grands progrès accomplis durant son absence. Cela allait être merveilleux de pouvoir causer avec son fils… Lentement, à cause des petites jambes d’Étienne, on revint vers la maison où Hortense remit son fils à Jeannette qui l’attendait pour sa toilette.

— Je voudrais voir votre oncle, dit-elle. Savez-vous où il est ?

— A la maison, madame la comtesse. Je crois qu’il fait ses comptes. Il m’a dit d’ailleurs qu’il attendrait Madame toute la matinée…

François Devès, en effet, attendait Hortense car elle ne le trouva pas assis devant sa table, alignant des chiffres d’une plume d’oie soigneuse, mais debout dans l’encadrement de la porte, les bras croisés sur sa poitrine, surveillant le chemin qui descendait de la maison. Quand il aperçut la jeune femme, il ôta le grand chapeau noir qui ne le quittait jamais comme presque tous les hommes de la campagne auvergnate et resta là, tête nue, attendant qu’elle le rejoignît.

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