Dominium Mundi. Livre II
- Автор: Baranger François
- Серия: Dominium Mundi #2
- Год: 2014
- Язык: французский
- Год: Critic
- ISBN: 979-1-090648-18-0
- Жанр: Космическая фантастика
Электронная книга - «Dominium Mundi. Livre II». Краткое содержание книги:
Bien entendu, elle avait été parfaitement consciente de ce qu’elle faisait lorsqu’elle avait brandi cette bannière de I’ECM devant les caméras, mais elle ne se doutait pas que le résultat prendrait de telles proportions. Gênée pour ses camarades de régiment qui passaient derrière elle, très agacées, Clorinde abrégea les remerciements et s’éclipsa avec les autres.
Une fois dans ses quartiers, elle s’attendait à des railleries ou des sifflets – elle en aurait fait autant à la place des autres. Or, elle eut la surprise de trouver les lieux parfaitement calmes. Chaque Amazone rangeait son paquetage sans lui accorder davantage qu’un regard. Il lui fallut quelques secondes pour comprendre ce qui provoquait cet accès inusité de discipline.
Le duc de Montgomery en personne était assis dans un coin de la salle.
Dès que Clorinde entra, il se leva précipitamment, suivi par une brute à tête de molosse, et se dirigea vers elle, un grand sourire de politicien sur le visage.
« Amazone Clorinda di Severo (il l’avait prononcé à l’italienne), quel plaisir de vous rencontrer ! Je suis ravi ! »
Décontenancée, Clorinde s’inclina avec déférence.
« Monsieur le duc.
— Je tenais absolument à venir vous féliciter en personne pour votre comportement exemplaire lors de l’assaut final au Sanctuaire. C’est bien simple, vous avez été splendide. »
Terriblement embarrassée, Clorinde balbutia une formule de remerciement un peu plate. Les regards furieux des autres Amazones étaient éloquents.
« Il est toujours réconfortant de constater que nos armées comptent des soldats aussi dévoués et vaillants que vous. On m’a signalé que vous avez été lauréate de l’Épreuve, récemment ? Ce n’est donc pas une surprise qu’une Méta-guerrière s’illustre sur le terrain ! Néanmoins, je pense qu’il est important de signifier à ceux qui donnent leur maximum qu’on leur en est reconnaissant. Rien de pire que l’ingratitude, n’est-ce pas ?
— Euh… Certes, Monsieur le duc. »
Clorinde commençait à se méfier. Même si elle avait aujourd’hui tendance à rejeter tout ce que Tancrède avait pu lui dire durant leur liaison, elle se souvenait parfaitement des intrigues que le duc de Normandie avait ourdies à son encontre. En soi, ce n’était pas inhabituel qu’un baron vienne personnellement féliciter un combattant qui s’était distingué au front, mais de la part de cet homme, cela sonnait faux.
Soudain, Robert de Montgomery parut s’aviser du trouble de la jeune femme et jeta un regard alentour, comme s’il attribuait cela à l’agacement de plus en plus visible de ses camarades. Il lui passa alors courtoisement un bras derrière la taille – en gardant une distance convenable – afin de l’inviter à le suivre dehors.
« Sortons, lui glissa-t-il à l’oreille, je ne voudrais pas vous mettre mal à l’aise devant votre unité. »
Pendant qu’ils descendaient les marches du baraquement, toujours suivis par le garde du corps, Clorinde remarqua le disque doré épinglé sur la veste du duc.
L’insigne du Prætor peregrini.
Pierre l’Ermite était censé occuper ce poste, toutefois elle avait entendu comme tout le monde, sur une plaque de l’intra dans la barge de retour, une déclaration d’Urbain IX annonçant officiellement que le duc de Montgomery devenait le nouveau chef suprême de la croisade. Il n’avait pas précisé la raison de ce bouleversement majeur à la tête des armées, ni ce qu’il advenait de Pierre l’Ermite.
Le trio s’arrêta au pied des marches, afin de rester à l’abri de l’auvent qui protégeait l’escalier.
« C’est incroyable cette pluie qui ne faiblit pas depuis plus de deux jours alors qu’on n’avait pas vu une goutte depuis le débarquement », fit le duc sur un ton badin.
Clorinde ne voyait vraiment pas quoi répondre. Le Prætor peregrini discutant avec elle du temps qu’il faisait ; l’incongruité de la situation frôlait le comique.
Alors, comprenant que son enthousiasme manifestement trop calculé ne fonctionnait pas avec la jeune femme, Robert de Montgomery changea de ton.
« Permettez-moi de vous présenter mes excuses si je vous ai embarrassée, ce n’était pas mon intention.
— Monsieur le duc, je vous prie de croire…
— Ne vous justifiez pas, ma chère. Cela vous honore. J’y vois la marque des grands soldats, qui préfèrent mériter les éloges que les entendre. Néanmoins, et je vous promets que c’est la dernière fois que je vous le dirai, votre prestation sur le champ de bataille était éblouissante. La classe des Méta-guerriers semble avoir été conçue spécialement pour vous.
— Je… Merci, Monsieur le duc.
— Je vous en prie, oubliez le duc. Appelez-moi simplement Robert, cela me fera le plus grand plaisir. »
Là, c’en était trop.
Clorinde comprit qu’il n’était pas venu juste pour la féliciter. Il y avait autre chose.
Et comme Robert de Montgomery était trop fin politicien pour ne pas remarquer l’expression soupçonneuse qui venait d’affleurer sur le visage de l’Italienne, il laissa passer quelques secondes avant de reprendre, sur un ton différent :
« Chère Clorinde, vous n’avez visiblement rien d’une ahurie. Je vois bien que, comme moi-même d’ailleurs, vous n’aimez guère les tergiversations et les politesses interminables.
— Monsieur le duc, jamais je ne me permettrais d’insinuer que vos compliments n’étaient pas…
— Jamais vous ne vous le permettrez, mais vous avez toutes les peines du monde à le cacher. Laissons cela, je n’en prends pas ombrage. En conséquence, m’autorisez-vous à en venir directement à la seconde raison – outre vos louanges méritées – de ma visite ?
— Bien sûr, Monsieur le duc.
— Robert. J’insiste. »
Cette fois, cela ressemblait davantage à un ordre qu’à une politesse.
« Bien sûr… Robert. »
Recevoir des félicitations outrancières devant ses camarades de régiment avait été embarrassant ; mais, appeler cet homme par son prénom était… déplaisant.
« Il s’avère, ma chère, que l’état-major de cette croisade se trouve confronté à un nouveau problème. L’insidieuse sédition qui s’est emparée de certains esprits depuis le début de la campagne, et qui vous a personnellement touchée il y a une semaine (Clorinde comprit l’allusion à la désertion de Tancrède et cela lui serra l’estomac), prend une ampleur aussi grave qu’inattendue. En effet, loin d’avoir disparu avec le démantèlement du Métatron Hérétique, ni avec l’évasion de ce groupe d’inermes mutins, cet esprit de sédition est remonté au plus haut niveau. Vous avez certainement appris que l’ancien représentant du pape, Pierre l’Ermite, avait été placé en résidence surveillée. Je puis en vérité vous apprendre – et je vous conjure de garder le secret le plus absolu sur cette question – qu’il a été convaincu de haute trahison et devra en subir toutes les conséquences. »
Clorinde était muette d’étonnement. Le si célèbre guide spirituel arrêté pour haute trahison alors qu’il menait une armée à la guerre sainte ! C’était incompréhensible. Et surtout, pourquoi le nouveau Préteur venait-il l’entretenir, elle, de cette affaire ?
« Je vous vois bouleversée par cette révélation, continua Robert, et croyez-moi, je vous comprends. Moi-même, quelle ne fut pas ma stupéfaction en apprenant une si terrible nouvelle ! Quoi qu’il en soit, nos difficultés n’ont pas pris fin avec son arrestation. Certaines informations nous permettent de penser que d’autres membres importants de la hiérarchie sont également concernés. Jusqu’à l’un des plus fameux d’entre eux : le duc de Basse-Lotharingie.