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Dominium Mundi. Livre II

Электронная книга - «Dominium Mundi. Livre II». Краткое содержание книги:

« Cette guerre pour laquelle il s’était engagé n’était pas une guerre de religion, ni même une simple guerre de conquête ou de colonisation, mais bel et bien une guerre d’extermination. »
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Après le dîner, en dépit de la pluie qui tombait toujours sans interruption et qui rendait la nuit encore plus froide, quatre-vingt-dix-neuf inermes et deux soldats assistèrent en silence à l’enterrement de notre ami.

Nul ne dit mot en revenant aux cavernes. C’était un moment difficile pour tout le monde. Une sorte de cap que chacun voulait franchir seul.

Néanmoins, je me rapprochai discrètement de Tancrède. Il fallait que j’en aie le cœur net.

« Intéressant ton exposé sur le tombeau, lui glissai-je. Quand as-tu élaboré cette théorie ?

— Sur le chemin de retour. J’ai eu largement le temps de réfléchir à tout ça. Et puis, ça m’a évité de m’endormir sur le méca.

— C’est curieux, j’ai eu l’impression que quelque chose te gênait dans ton argumentation. Je me trompe ? »

Il me fixa de ses yeux fatigués, un sourire aux lèvres.

« Je ne peux rien te cacher. En fait, je me suis soudain rendu compte que, bien que l’ensemble du raisonnement tienne la route, j’avais oublié un détail qui le fragilisait nettement. J’ai même peur que cela ne le fiche par terre.

— Par terre, rien que ça ? Quel détail ?

— Si réellement ce n’est pas le Christ qui repose dans le sanctuaire, alors pourquoi son effigie se trouve-t-elle au-dessus de l’entrée ? »

* * *

La faille forestière est envahie par la brume.

Seuls des cris d’animaux troublent la tranquillité des lieux.

Il avance lentement, mesure chacun de ses pas. Il craint de s’enfoncer dans la mousse spongieuse qui couvre le sol.

Où se trouve-t-il ? Est-il revenu à l’endroit où il a affronté le Foudroyeur ?

Cherche les lignes.

Encore la voix. Que veut-elle ?

La brume est si dense qu’il distingue à peine où il pose les pieds.

Impossible de savoir s’il est loin des parois. Il en vient même à douter du haut et du bas.

Suis les lignes.

Bon sang, ça suffit avec ces damnées lignes qu’il ne voit jamais !

Soudain, une étrange petite créature jaillit d’une branche et s’accroche à sa chemise.

On dirait une sorte de rongeur anémique, au long cou décharné terminé par une tête dans laquelle s’ouvre une fine gueule garnie de minuscules crocs brillants.

Les quatre pattes sont pourvues de crochets grâce auxquels elle entreprend de grimper sur lui.

Cette chose est laide et ses griffes le blessent à travers sa chemise, pourtant il la regarde progresser vers le haut sans la repousser, étrangement fasciné.

La créature atteint son épaule gauche et s’y installe.

Il voit ses petites côtes se soulever au rythme de sa respiration saccadée.

Il a à peine le temps de l’observer qu’un autre animal atterrit sur son épaule droite.

Une sorte de perroquet jaune pâle dont les serres se referment sur sa clavicule, lui arrachant un cri de douleur.

Le nouveau venu est aussi disgracieux que le premier. Un bec difforme blanchâtre, des yeux rouges d’albinos et des plumes sales. Il pousse des cris stridents qui blessent les tympans.

Il essaie de le chasser d’un geste brusque, mais le perroquet augmente encore l’emprise de ses serres. Des taches rouges apparaissent sur sa chemise.

Il veut alors chasser le rongeur de son autre épaule, mais il a l’air si misérable qu’il renonce.

Il reprend sa marche. Il faut sortir d’ici.

Chaque fois qu’il trébuche, il sent les serres ou les griffes le blesser davantage.

Par le Christ, comment sortir d’ici ?

Dépouille-toi.

Il s’est déjà dépouillé ! Ses seules parures sont deux bestioles repoussantes.

Dépouille-toi ; viens à moi.

À qui ? Qui lui parle ?

Je suis ta voie ; viens à moi.

Comment ?

Accepte tout. Suis ma voix.

Sans prévenir, le perroquet jaunâtre quitte son épaule droite et volette devant lui, battant des ailes sur son visage pour rejoindre l’autre épaule où il se met à attaquer à coups de bec le rongeur anémique. L’odeur fétide des plumes sales est écœurante et les cris aigus sont insupportables. Bien que le rongeur tente de repousser les assauts avec ses crochets, le perroquet ne se décourage pas.

Il bat des mains pour les séparer. À chaque geste qu’il fait, ses pieds s’enfoncent un peu plus dans la mousse.

Tes questions.

Les attaques du perroquet sont pitoyables, mais il est comme enragé.

Tes doutes.

S’il ne met pas un terme à cette rixe, il va s’enfoncer pour de bon !

Le sang du rongeur gicle sur sa joue.

Suis les lignes.

Il parvient enfin à frapper le perroquet du plat de la main. Celui-ci recule d’un bon mètre, étourdi.

Il retourne se percher sur l’épaule droite, sans faire d’histoire.

Il faut suivre la voix maintenant, c’est son seul guide dans cette brume.

Tu dois avoir confiance.

Oui, il veut avoir confiance.

Il parvient à extraire ses pieds de la mousse et recommence à avancer.

Tu es une part du Tout.

Oui, il va suivre cette voix.

Dépouille-toi ; viens à moi.

Oui, il va suivre cette voie.

24 novembre 2205 TR

« Bon sang ! s’exclama Germandière en jetant un œil par l’un des hublots de la barge. Vous avez vu tout ce monde ? »

Clorinde et Blanche se penchèrent pour regarder à leur tour tandis que la barge qui ramenait leur unité à la Nouvelle-Jérusalem entamait sa manœuvre de descente. Des centaines de personnes, venues les accueillir, étaient massées sur les côtés du tarmac, maintenues à distance par la PM.

« Tout ça, c’est pour toi, Clorinde, ironisa Blanche. Tu t’es rudement bien débrouillée pour être au bon moment, au bon endroit, n’est-ce pas ?

— Pas du tout, répondit l’Italienne, un peu embarrassée. J’ai été portée par le destin, voilà tout. »

Les trois jeunes femmes s’esclaffèrent.

« Il faut croire que le destin te devait une faveur, alors ! » fit Germandière, en reprenant son souffle.

La 23e unité d’assaut du régiment des Amazones ne rentrait au camp qu’aujourd’hui, car elle avait été retenue à la capitale par une obscure procédure administrative. Toutes les troupes ayant participé à l’offensive finale avaient dû attendre que la Legio Sancta procède à des « vérifications », sans que l’on daigne leur expliquer en quoi exactement elles étaient nécessaires.

Tout le monde avait été interrogé et les enregistrements de tous les Weiner-Nikov avaient été vérifiés. Les légionnaires voulaient être certains que personne n’avait enfreint l’ordre de ne pas pénétrer dans le Sanctuaire. Les troupes n’avaient été autorisées à rentrer – avec quarante-huit heures de retard – qu’une fois ces tracasseries terminées.

En descendant la rampe d’accès, Clorinde constata que Blanche n’avait pas exagéré. Tous ces gens étaient vraiment venus pour elle. Ils l’acclamèrent dès qu’elle apparut, scandant son nom et brandissant des banderoles sur lesquelles des félicitations avaient été écrites à la hâte.

« Tu es satisfaite ? lui souffla Blanche en lui flanquant un coup de coude. Tout le monde t’admire. »

Clorinde ne répondit pas. Elle était émue.

En arrivant devant la foule, elle s’arrêta pour serrer les mains qu’on lui tendait. Certains allaient même jusqu’à lui demander des autographes, qu’elle n’osait signer, de peur du ridicule.

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