La grande mascarade parisienne
- Автор: Robida Albert
- Язык: французский
- Жанр: Европейская старинная литература
Электронная книга - «La grande mascarade parisienne». Краткое содержание книги:
— Vieux filou ! grommela Cabassol.
— La vostra Excellenza a souscrit pour une si jolie somm e qu'elle peut se permettre quelques invectives à l'égard de mon humble personnalité... Je souffrirai en silence!... Votre Excellence veut-elle suivre Jacopo, qui attend les dons en nature?
— C'est mon tour? demanda le prince, je donne tout, mais je demande à être dépouillé, qu'ils se mettent à quatre... ai-je le droit de donner quelques coups de poing?
— Si Votre Excellence y tient, je vais les prévenir... mais pas trop fort, ce sont des pères de famille !
Jacopo, et trois de ses camarades se jetèrent sur le prince qui en envoya deux à terre d'un coup de pied et d'un coup de poing bien dirigés; les deux autres se cramponnèrent à lui.
— Encore, fit le prince, ce n'est pas assez!
Mais les brigands s'étaient relevés, chacun d'eux saisit vigoureusement une jambe du prince, les deux autres lui empoignèrent les bras après avoir reçu et rendu encore quelques bourrades.
— Passez le portefeuille, fit le gros brigand, passez la montre et les bagues... Excellenza, vous en avez une en cheveux, à notre grand regret nous ne pouvons pas la recevoir.
Tulipia sourit.
— C'est de mes cheveux, et j'en ai encore, dit-elle.
— Je l'accepte alors, à titre de souvenir,fit galammentle gros homme, en posant la main sur son cœur.
— Et maintenant, si son Excellenza veut passer aux dons en nature?
— Je demande qu'on me porte I s'écria le prince, je veux qu'on me dépouille avec violence I
— Nous n'avons rien à vous refuser, Excellenza... Jacopo! enlevez Son Excellence.
Les quatre bandits soulevèrent le prince et le portèrent derrière la masure.
La livraison des dons en nature dura un bon quart d'heure, le prince était exigeant, il voulait une somme de violence suffisante pour lui donner l'illusion d'une vraie bataille
— Dépêchons-nous! fit le chef, l'après-midi se passe...
Le prince rentra enfin complètement dépouillé de ses habits et revêtu à la place d'un caleçon de pêcheur et d'un bonnet rouge.
— Superbe! fit Tulipia, mon petit Mich, vous êtes splendide !
— Il ne reste plus que Madame, dit le gros homme, si Madame veut passer à la caisse... nous disons?
— Je n'ai que cinq cents francs, dit Tulipia, en jetant son porte-monnaie.
— Madame, il y a de quoi nourrir une famille tout un hiver! la Galabre vous remercie par ^a voix... Et les bijoux, bagues, médaillons, porte-bonheur?...
— Voilà !
— Il y en a quelques-uns en toc... y jus les avez achetés à Naples? C'est honteux pour mes compatriotes... je suis confus... enfin, je les accepte tout de même, madame, soyez bénie!... Pour les effets de toilette, je suis sûr que je ne ferai pas en vain appel à votre bon cœur...
— Sans doute! sans doute! fit Tulipia, mais dites-moi?... est-ce que vous allez me mettre dans le même état que ces messieurs...
— Oh! signora ! pouvez-vous penser des choses pareilles... Hélas! nous n'avons que des costumes de pêcheur, les ressources de la souscription sont si bornées!... Mais, pour vous être agréable, je me permettrai de vous offrir en plus un superbe fichu jaune?
— Est-ce que c'est Jacopo qui va recevoir les dons en nature?
— Signora, c'est un garçon charmant et discret, il va vous conduire dans le magasin aux dons en nature, et pendant que vous vous débarrasserez des objets de toilette que vous voulez bien nous offrir, il regardera le sommet du Vésuve...
— Allons! Jacopo, je te suis... Vous me jurez, n'est-ce pas, qu'il n'est pas méchant?... s'il ne mord pas, je le prierai de m'aider à retirer mes bottines, il regardera le paysage après!
— Excellent 1 splendide! charmant! répétait le prince, je ne me suis jamais autant amusé! que je suis donc content, ces voleurs napolitains sont exquis! Et dire que je ne comptais plus en rencontrer!...
Cabasso) ne disait mot, furieux d'avoir vu sa proposition repoussée par
Tulipia, je t'aime avec toute l'ardeur d'un Trombolino du seizième siècle!
le formaliste chef des voleurs, et d'avoir ainsi sacrifié dix mille francs en pure perle. — Miradoux et les autres clercs, transformés aussi en pêcheurs napolitains, avaient hâte, quoique revenus de leur frayeur, d'être rentrés à Naples. Liv. 49.
On entendait Tulipia discuter derrière la cabane avec Jacopo sur les effets à livrer et sur le costume napolitain à recevoir en retour, elle était difficile et cherchait ce qui lui allait le mieux. Enfin elle reparut suivie de Jacopo. Campée sur la porte, les mains dans les poches et le torse en arrière, elle rit aux éclats et fut quelques minutes avant de pouvoir reprendre son sérieux.
C'était bien le plus joli et le plus coquet de tous les pêcheurs napolitains présents, passés et futurs, avec ses larges calezones, retroussés aux genoux, sa ceinture rouge et son bonnet...
— Bravo! s'écria le prince.
— Tous mes compliments, madame! fit tristement Cabassol, vous portez le travesti à merveille.
— Masaniello jeune ! dit Miradoux en s'inclinant.
Et maintenant que nous avons terminé, reprit l'obèse chef des voleurs, plairait-il à Leurs Excellences de me signer un petit certificat?
— Un certificat? pourquoi faire?
— Pour la régularité, Excellence, et pour ma satisfaction personnelle... Chacun ici-bas est exposé à la calomnie, le monde est si méchant, moi je liens à me mettre à couvert... supposez qu'un jour on cherche à me faire de la peine, mes certificats témoigneront de la pureté de mon cœur!... Tenez, Excellenza, voici le registre aux certificats, lisez... voici un des derniers :
Nous soussignés, Jean Théodule du Tilleul et Louise Anna Bertfiier, rentiers à Paris, en ce moment en voyage de noce en Italie, certifions n'avoir eu qiïà nous louer et féliciter des rapports que nous avons eus, dans le cours de notre excursion au Vésuve, avec le signor Rodolfo Roccanera — notamment à l'occasion de notre participation à la souscription en faveur des indigents de la Calabre, ouverte par ce généreux signor.
En témoignage de ses égards et de ses bontés, nous lui délivrons le présent certificat.
du Tilleul, Anna Berthier.
kota. Les costumes de pécheur napolitain que le signor Roccanera nous a offerts en sou--venir sont d'une fraîcheur délicieuse en cette saiso?i.
DU T. A. B.
— C'est très bien, dit le prince après avoir parcouru quelques certificats à peu près identiques dans la forme, nous allons vous délivrer une attestation collective.
Miradoux prit la plume et formula le plus élogieux des certificats que toute la société parafa sans protestation.
— Maintenant, messieurs, il ne nous reste plus qu'à vous remercier, dit le signor Rodolfo avec le plus gracieux des sourires, je baise la main de la très charmante signora et je dis : au bonheur de la revoir! Jacopo, reconduisez les Excellences jusqu'au bon chemin.
Jacopo prit sa carabine et fit signe qu'il était prêt.
Tous les voyageurs, à l'exception du prince, poussèrent un soupir de satisfaction en sortant de la cabane où ils avaient été si poliment et si complètement dévalisés. Les voleurs, debout sur le seuil, agitèrent leurs chapeaux en signe d'adieu.
Jacopo marchait en avant.
— Attendez, fit le prince, quand il vit que les voleurs étaient rentrés dans la cabane.
L'arrivée du diner.
Et il revint un peu en arrière en paraissant chercher quelque chose dans les tas de pierres qui encombraient le ravin.
— Voilà, fit-il en revenant avec un paquet, pendant que Jacopo avait le dos tourné, quand je livrais les dons en nature, j'ai aperçu ce vêtement dans un coin et je l'ai jeté au loin pour le retrouver en partant. C'est un ulster presque neuf, je vais l'offrir à ma charmante Tulipia, si son costume de pêcheur napolitain lui semble un peu léger.