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La grande mascarade parisienne

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La grande mascarade parisienne
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— Merci," mon petit Mich, dit Tulipia en endossant l'ulster

Il parut à Gabassol, qui la contemplait avec la tristesse d'une âme navrée., que cet ulster ne lui était pas complètement inconnu.

— Tiens, fit Tulipia, il y a des papiers dedans... une carte de visite :

PALAMÈDE HURSTLEY

— Allons bon! s'écria Gabassol, encore le^ Américains! Ils sont à Ne pies puisque voici l'ulster de Palamèdel II n'y a pas autre chose dans les poches?

— Non, répondit Tulipia en dissimulant un petit papier qu'elle venait de lire et qui n'était rien moins que la promesse d'épouser miss Lucrezia Blooms-big, signée par Gabassol I

Jacopo parut assez surpris, en se retournant, de voir Tulipia revêtue de l'ulster de Palamède; il balbutia quelques réclamations, en baragouinant dans un patois cosmopolite, que ce vêtement avait été offert, la veille, à la souscription par un généreux voyageur et que le signor yadrone ne serait pas content...

Mais le prince tint bon et refusa de rendre l'objet volé aux voleurs; le bon Jacopo se résigna ; il indiqua aux voyageurs un sentier qui devait les conduire en une petite heure à Portici, et prit congé d'eux.

Le prince ne se hâtait pas de prendre la route de Portici; retourné vers la montagne, il suivait Jacopo de l'œil d'un air d'hésitation.

— Eh bien, qu'attendons-nous? demanda Tulipia, vous ne pouvez plus vous séparer de Jacopo, maintenant.

— Non, répondit le prince, ce n'est pas cela, je regardais ce sacripant de Jacopo parce que...

— Parce que?

— Parce que j'avais envie de lui voler sa carabine... pour avoir un souvenir de nos voleurs.

Le soir venait et la fraîcheur en même temps, sous leurs légers vêtements les voyageurs commençaient à sentir le froid se glisser. Heureusement, les premières maisons de Portici apparurent bientôt.

— Mais, fit tout à coup Gabassol, comment allons-nous regagner Naples? - Le chemin de fer, dit Miradoux.

— Et de l'argent? nous n'avons plus un sou...

Le prince éclata de rire, pris d'un accès de joie folle.

— Une aventure complète ! s'écria-t-il, nous allons mendier sur la route.

— Allons demander l'hospitalité à un couvent de capucins quelconque, proposa Tulipia, il y aura bien des puces, mais enfin...

— Non ! reprit le prince, cherchons un corricolo, nous payerons à l'hôtel. Quelle chance que Blikendorf ne soit pas venu avec nous, lui qui tient la caisse !

Un corricolo, découvert à Portici, reconduisit tous les voyageurs à leur hôtel, le prince toujours plein de joie, Gabassol et ses compagnons très ennuyés. Leur arrivée en costume de pêcheurs napolitains fit quelque bruit; l'aventure mit en gaieté tout le monde, hôtelier, garçons, voyageurs et gendarmes. Le prince, Tulipia et Blikendorf dînèrent comme d'habitude dans leur appartement; Cabassol et ses amis, après un léger repas, allèrent se coucher en proie à une contrariété violente et à des rhumes de première force contractés sous le costume pittoresque, mais beaucoup trop léger, de pêcheurs napolitains.

Quand il s'éveilla, le lendemain vers dix heures, Gabassol sonna pour demander de la tisane pour tout le monde.

Le portrait de la douce et mélancolique Bianca

— Eh bien, signor, dit le garçon qui apporta la tisane, vous savez, vos compagnons de malheur au Vésuve...

— Eh bien?

— Eh bien, ils viennent de partir. Son Exellence, dans son contentement, nous a donné une belle gratification, mais elle n'a pas voulu rester à Naples, parce que, après l'aventure d'hier, rien ne lui semblait plus intéressant...

— Vite, fermons les malles et partons! s'écria Gabassol.

— Impossible! dit Miradoux survenant, nous n'avons plus un sou, il faut que nousrestions en attendant lesfonds que je vais demander par télégramme à M e Taparel... Je vais emprunter trois francs au garçon pour aller au télégraphe I

IV

Les agréments du palais Troniboiino-Trombolini.

Trap de gondoles. — Touchante histoire de la tendre Bianca Trombolino.

Rats, hiboux, spectres et courants d'air.

Nous sommes à Venise, la fille étincelante de l'Adriatique, la ville des amours, des gondoles, des palais à arcades mauresques, la terre classique do la poésie et des patriciennes rousses et passionnées...

Premier repas dans le palais Trombolino.

Il pleut. A Paris nous dirions il pleut à verse, mais à Venise nous n'oserions employer cette expression qui manque de couleur poétique. Il pleut d'une façon désastreuse qui met la mort dans l'âme à tous les étrangers, il pleut sur les palais du grand canal comme si le Seigneur leur vidait le canal Orfano sur la tête; le pont triangulaire du Rialto voit couler sur chacun de ses versants des torrents qui lui donnent un petit air alpestre ; Venise est lamentable, les flots de madame sa mère, l'Adriatique, battent mélancoliquement les dalles du quai des Esclavons ; sur sa colonne, le lion de Saint-Marc fait de l'hydrothérapie et saint Théodore, son voisin de l'autre colonne, grelotte tristement avec son crocodile...

Les coupoles de Saint-Marc brillent sous un ruissellement d'eau qui les iave à grandes cascades; plus de pigeons voltigeant en haut du campanile ou picotant le grain devant la loggietta; plus de jolies bouquetières fleurissant les seigneurs étrangers, plus de cicérones empressés, de gondoliers flânant à travers les arcades, et même plus d'étrangers prenant des glaces devant le café Florian...

Il pleut!

Un navire du Lloyd autrichien mouillé — oh! oui, mouillé! — entre la piazzetta et l'isola San-Giorgio disparaît dans la buée de l'averse, les bateaux

Le rats se familiarisaient.

pêcheurs rangés au quai des Esclavons, avec leurs voiles— multicolores et flamboyantes les jours de soleil — ressemblent en ce jour humide à de vieux parapluies hors de service.

Cependant, sur la surface troublée du grand canal, quelques noires embarcations circulent sous la pluie, ce sont les gondoles qui reviennent de là station du chemin de fer où le train vient d'arriver. Ces gondoles sont chargées de malles, de caisses recouvertes de toiles, des têtes de voyageurs curieux et attristés se distinguent vaguement par les petites fenêtres ; à l'avant et à l'arrière, les gondoliers jouent de l'aviron.

Ils sont lugubres, ces gondoliers, avec leurs cabans à capuchon et leurs chapeaux de toile cirée; non! vraiment, il n'est pas possible que ces gens-là sachent pincer de la guitare et qu'ils soient quelquefois amoureux.

Dans une de ces gondoles, trois personnes sont installées tant bien que mal, le prince de Bosnie et la charmante Tulipia Balagny dans le fond, M. de

Blikendorf à l'entrée, se défendant contre la pluie qui fouette, avec un parapluie tenu de côté.

Personne ne dit mot. Le prince est furieux contre cette pluie qui lui gâte Venise, Blikendorf songe qu'il est en retard dans la correspondance qu'il entraient avec la cour de Klakfeld et avec la cour de Bosnie pour faire prendre patience à toutes les deux ; Tulipia est mélancolique.

Voilà trois semaines qu'ils ont quitté Naples après avoir été si délicieusement dévalisés par la bande du signor Rodolfo Boccanera. — Dès le lendemain de cette aventure ils ont faussé compagnie àCabassol, avec lequel il ne pouvait convenir au prince ni à Tulipia, de continuer des relations commences chez les brigands dans la montagne, par suite d'un grave manquement à l'étiquette.

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