La grande mascarade parisienne
- Автор: Robida Albert
- Язык: французский
- Жанр: Европейская старинная литература
Электронная книга - «La grande mascarade parisienne». Краткое содержание книги:
cœur le fanatisme de la couleur locale poussé au paroxysme ; il lui en fallait toute la journée, à toute heure et de la plus intense, même aux heures sacrées des repas et pendant la nuit. Au besoin il serait descendu au fond du Vésuve pour en chercher. Heureusement qu'à Naples on en trouve avec la plus grande facilité et souvent plus que les simples mortels qui ne sont ni artistes ni princes, peuvent en demander.
En route pour le Vésuve.
Tout d'abord au lieu de se promener dans une voiture, sinon excellente, du moins passable, le prince avait réclamé le corricolo classique ; il avait fallu coûte que coûte en découvrir un, oublié depuis 1830 dans une écurie du faubourg. Le prince avait été ravi ; c'était bien le corricolo des vieilles lithographies, une antique guimbarde haute sur roues et très mal commode que Ton attela de trois chevaux tintinnabulants, celuidumilieu portant et agitant très fièrement une réduction de clocher d'église, avec double girouette et garniture de sonnettes de tous les calibres.
A la première promenade, Tulipia faillit s'évanouir; ce n'était pas une voiture, c'était une balançoire ou plutôt une immense et violente raquette dont elle était le volant ; on sautait, on dansait là-dedans comme goujons dans la poêle à frire et, comme on le pense bien, vu l'anti-confortabilité du véhicule, ce n'était pas sans dommages plus ou moins graves.
Tulipia se plaignit amèrement.
— Couleur locale! répondit le prince avec énergie, couleur locale!!!
Mais soudain il se rappela que dans les dessins et dans les descriptions, le corricolo, voiture faite pour deux personnes en contenait toujours sept ou
La montée du Vésuve.
huit, parmi lesquelles au moins un moine. Ce ne devait pas être sans raison. Les peintres ne sont pas bêtes. Peut être qu'ainsi chargé, le corricolo secouait moins ses voyageurs.
Il prit donc à chaque sortie un moine pour lest dans son corricolo. Il choisissait le plus gros padre qu'il pouvait rencontrer, bavardant avec les commères ou remontant à son couvent avec des provisions provenant de la piété des fidèles, il l'installait avec son panier à côté de Tulipia et le conservait pendant toute la promenade; au retour il le mettait à la porte du couvent avec deux pièces de cinq francs dans les mains.
Le bon padre en échange donnait une incommensurable quantité de bénédictions pour le généreux signor et pour la bellissima signora.
Tulipia se plaignait toujours avec la même amertume, car la voiture ne sautait guère moins avec un seul moine, si gros qu'il fût. Le prince le comprit et résolut d'augmenter son lest.
— Eh ! révérendissimo padre ! dit le prince au premier moine qu'il installa, faites donc monter tous les capucins que nous rencontrerons, nous nous serrerons un petit peu.
— Nous ne serons plus aussi bien, répondit le moine.
— Fi, bon padre, l'égoïsme est un vilain péché! il y a place encore pour deux ou trois personnes.
Les employés de la souscription au pro de la Calabre.
Avec deux moines, Tulipia put constater une certaine amélioration, les coups de raquette étaient moins durs. Quand on en eut trois, le corricolo parut tout à fait amélioré. — Un lazzarone s'assit sur le marchepied d'un côté, un pêcheur en caleçon se mit sur l'autre, une grappe de gamins qui ne possédaient en fait de vêtements qu'une chemise et trois casquettes pour six, s'accrocha par derrière au véhicule qui fut définitivement dompté.
— La couleur locale! il n'y a que cela de vrai! s'écria le prince. On ne voyage pas en corricolo comme en Victoria.
— Et les puces! gémit Tulipia.
— Nous viendrions à Naples et nous n'aurions pas de puces? fit le prince, vous ne le voudriez pas, ô ma reine! ce serait une grave atteinte à la couleur locale.
De temps en temps le prinee et Tulipia se livraient à des excursions à pied à travers les petites rues napolitaines où grouille la plus étonnante des populations, vivant, dormant, cuisinant ou même travaillant pêle-mêle sur le pas des porte-, sur Lea balcons ou sur les terrasses.
Dans ces promenades, le prince et Tulipia avaient toujours pour escorte d'honneur une légion de gamins de tous les âges, depuis deux ans jusqu'à douze, les uns, les mieux mis. absolument nus, les autres vêtus d'une affreuse casquette ou d'une chemise plus ou moins en lambeaux, tous courant derrière les promeneurs, se bousculant, cabriolant ou faisant la roue, et criant à qui mieux mieux, sur tous les tons pour obtenir des largesses.
Le prince jouissait parmi eux d'une popularité sans égale; il emportait à chaque promenade une provision de sous pour les jeter par volées à son escorte, qu'il entraînait hurlant d'enthousiasme jusque dans la belle rue de Tolède ou sur la promenade aristocratique de Villa Réale parmi les carrosses où les marchesaset les contessinas au nez patricien, au teint ambré, à l'épaisse chevelure brune, jouaient indolemment de l'éventail et voilaient sous leurs immenses cils des yeux profonds et noirs.
Au retour, quand le prince rentrait à l'hôtel, il avait pour coutume de dis-tribuer à ses faméliques gardes du corps toutes ses cigarettes et tous ses cigares. Au bout de huit jours-, le prince aurait eu sous ses fenêtres et à ses trousses toute la jeunesse peu ou point vêtue des rues de Naples, si les premiers gardes du corps, considérant le généreux voyageur commeleurpropriété, ne l'avaient défendu à coups de pied et à coups de poing contre les survenants des autres quartiers.
Le corricolo et l'escorte bruyante ne formaient pas encore au gré du prince une dose de couleur locale suffisante. En débarquant à Naples, il avait inscrit sur son carnet les mots : Naples, productions ou attraits : Lazzaroni, corricolo, macaroni, tarentelle, grotte du chien, Vésuve et Pompéi. — Cela cons-tituait un programme qu'il entendait suivre jusqu'au bout.
Tulipia aimait le macaroni et c'était heureux, car le prince avait entendu se nourrir presque exclusivement de macaroni pendant toute la durée de son séjour. Du macaroni, des pastèques et du raisin, tel était le menu invariable. Cependant le prince, au bout de huit jours, fut pris d'un scrupule; il lui semble que le macaroni des premiers restaurants, n'était pas suffisamment assaisonné de couleur locale. Le vrai macaroni c'était celui de la rue, celui qui se cuisinait en plein vent sur les quais ou dans la strada di Porto, pour la nombreuse partie de la population qui ne possédait pas de cuisine ou même quelquefois de domicile.
Où la couleur locale culinaire pouvait-elle se trouver, sinon là? Aussi, le soir même du jour où cette idée triomphante lui vint, le prince, au lieu de diner à l'hôtel, emmena Tulipia au milieu de la cohue populaire, parmi les innombrables lazzaroni des deux sexes en train de manger, de chanter ou de danser autour des fourneaux établis en plein air au beau milieu de lu Strada.
Le prince, avec Tulipiaà son bras, passa devant chaque cuisine humant les fortes senteurs de friture et de rissolage qui s'en échappaient, cherchant l'installation la plus pittoresque; quand il crut l'avoir trouvée, il prit gravement ileux assiettes et fit servir deux portions de macaroni au safran. Le cuisinier, un instant interloqué parla demande imprévue du seigneur étranger, prit la peine d'essuyer les assiettes avec sa manche avant de servir, ce qu'il ne faisait pas pour tout le monde, puis profita du fait pour vanter à tue-tête l'excellence de son macaroni et la supériorité de sa cuisine sur celle de ses voisins.
— Voyez, voyez, le seigneur étranger, hurla-t-il, en servant à la douzaine
— Vous ne devez pas tenir beaucoup au pantalon !
d'autres assiettes de macaroni, par saint Janvier, c'est à moi seul qu'il s'est adressé, la fraîcheur de mon macaroni l'a tenté, il n'a pu résistera l'envie d'y goûter! Voyez comme il mange, voyez !... Mes confrères sont des empoisonneurs, moi je suis un artiste I...