La grande mascarade parisienne
- Автор: Robida Albert
- Язык: французский
- Жанр: Европейская старинная литература
Электронная книга - «La grande mascarade parisienne». Краткое содержание книги:
Je veux qu'on me dépouille!
— Quoi, pas de brigands du tout?
— Non, Excellenza !
— Même pas de tout petits voleurs ?
— Du tout, Excellenza ! Tous braves et honnêtes gens dans ce pays ! de pauvres travailleurs, pas voleurs du tout 1
— Tant pis !
— Oh ! la vostra Excellenza pourrait se promener avec tout son argent dans tous les sentiers du Vésuve, la plus entière sécourita r la voslra Excellenza a-t-elle tout son argent? ce serait plus prudent que de le laisser à Naples où il y a des pickpockets qui viennent d'Angleterre pour faire du tort aux pauvres napolitains ! C'est ce que l'on dit toujours aux seigneurs voyageurs... mais ils ne veulent pas le croire ; et quand il arrive des accidents de portefeuille, ils mettent cela sur le dos des pauvres napolitains !
Le prince parut contrarié de ne pouvoir au moins espérer la rencontre d'un simple voleur ; il se leva et donna le signal du départ.
— A la lave ! dit-il.
Cabassol et ses amis firent les .libations d'usage et laissèrent leurs ânes à l'ermitage pour se diriger à pied vers la coulée de laves. Le soleil avait disparu caché sous un épais nuage de cendres ^J A XJ' i V qui tourbillonnaient mêlées à des étin-celles et à des scories lancées en l'air par le volcan. Vers le cratère, au centre delà nuée sombre, un énorme feu étincelait, etlalave, comme une fontaine, coulait les longs jets sur la pente.
A quelque distance, le petit groupe formé par le prince et par les guides était arrêté ; le prince voulait aller plus avant, mais les guides refusaient et, proposaient de conduire par un détour à un escarpement qui permettrait de dominer l'éruption. L'insistance des guides eut raison de l'entêtement du prince,
Michel et Tulipia s'engageaient sur les pas de leurs guides dans un ravin pierreux, lorsque la caravane Cabassol les rejoignit.
Miradoux en pêcheur napolitain.
Tulipia rcvùluc du costume piirne.
— Mais nous descendons ! dit Cabassol.
— C'est pour mieux remonter, signons, allez toujours. Tenez là-bas, ou vous voyez une casa, nous nous arrêterons !
Au bout d'un grand quart d'heure de marche, dans le ravin tourmenté et encombré de pierres, on arriva à la casa. C'était une masure à l'apparence abandonnée, sans toit et presque sans fenêtres.
Le prince et Tulipia s'étaient arrêtés, la caravane Cabassol en fit autant*
— Entrez donc, signori ! dirent les guides.
— Qu'est-ce encore? demanda le prince, du lacryma-ehristi?
Le signor Rodolfo Reccanera.
— Oh ! fît tout à coup Cabassol qui venait de regarder par une des ouvertures de la casa.
— Allons! entrez doncl firent les guides en poussant assez peu respectueusement leurs voyageurs dans la maison.
Cabassol obéit comme les autres, mais il eut le temps de laisser tomber derrière une pierre, un objet qu'il tira précipitamment de sa poche.
Les voyageurs poussèrent des exclamations diverses. Dans l'unique pièce de la casa démantelée, six hommes armés jusqu'aux dents les attendaient.
— Des brigands ! s'écria le prince, ah I je savais bien qu'il devait encore y en avoir.
— Des brigands ! gémit Tulipia en se préparant à s'évanouir.
La caravane Cabassol se serra autour de son chef. Les têtes bronzées des brigands, leurs barbes noires et les dents blanches qu'ils découvraient dans un féroce rictus, les ceintures rouges et leur garniture de gros pistolets et de poignards, uniforme complété pour chacun par une petite carabine à pierre, dont ils s'amusaient à faire jouer la batterie, tout cela fit cruellement tressaillir les fibres des voyageurs.
— Superbes 1 s'écria le prince, en voilà de la couleur locale ! quelles têtes de chenapans, ces brigands !
Six crosses de carabines s'abattirent violemment sur le sol, les brigands roulèrent des yeux furieux et montrèrenCleurs dents blanches.
— Plus bas ! plus bas ! Excellenza, s'écria l'un des guides, vous allez les mettre en colère.
Un homme auquel les voyageurs n'avaient pas fait attention, parce qu'il n'avait pas de barbe noire, pas de ceinture rouge garnie et pas de carabine, s'avança vers eux.
C'était un petit homme tout rond, tout guilleret et tout sautillant, habillé tout en coutil blanc, comme un petit bourgeois aisé. Il calma d'un geste les brigands à barbe noire et s'adressa le chapeau de paille à la main, aux voyageurs.
— Ah! quelle errore est cela! dit-il en français panaché d'italien,.quelle errore ! Des brigands ! avez-vous dit, Excellenza? Mais il n'y en a plus depuis longtemps! Ils ont foui devant le progrès et la civilisazione... Ma, scuzate mi, je vous tiens debout, vous devez être fatigués... C'est un oubli, une simple négligence ! Je sais trop l'honneur que vous me faites en venant me rendre une petite visite... Jacopo! des sièges...
Un des six gaillards barbus remit sa carabine à son voisin et se précipita perrière la cabane par une brèche ; il revint une minute après chargé de chaises de paille en bon état, qu'il poussa devant les voyageurs.
— Jacopo ! dit sévèrement le gros homme, il y a oune signora I Corpodi bacchoîoù avez-vousl'esprit, mioraro,apportezle fauteuil pour la signora!...
Jacopo murmura sourdement des excuses dans sa barbe et se précipita. Le gros homme saisit le fauteuil qu'il rapporta et l'offrit avec grâce à l'infortunée Tulipia.
— Plus de brigands ! reprit le prince, et Jacopo ? N'a-t-il pas tout à fait la mine d'un parfait sacripant? je ne pourrais imaginer un type de brigand plus réussi...
— Ah ! Excellenza ! que vous êtes dour pour ce povero Jacopo ! heureusement il ne comprend pas le français ! ça lui ferait trop de la peine ! Oun si brave homme!
— Eh bien, alors, si Jacopo et ses camarades ne sont pas des brigands, pourquoi ont-ils des carabines, des pistolets et tant de poignards
— Excellenza, je vais vous le dire ! Ce sont de pauvres gens, ils viennent de loin, des montagnes de la Calabre, et pour se nourrir en route, quand ils rencontrent un lapin, ils tirent dessus. Ils sont très adroits
— Vraiment ! Et de temps en temps, n'est-ce pas, ils confondent les voyageurs avec les lapins?
— C'est arrivé bien rarement, bien rarement! Et ce n'était pas leur faute, ils sont un peu myopes... Mais je vois que vous les prenez encore pour des voleurs, ça me fait de la peine, je vais tout vous dire I Tel que vous me voyez je suis un bon bourgeois de Naples, un petit rentier, un tout petit rentier... Je m'occupe de bonnes œuvres, che voleté I j'aime l'humanité, je suis un philanthrope ! Je me suis dit il y a beaucoup de pauvres gens dans la Galabre, je
En témoignage de ses égards et de ses bontés, nous lui délivrons le présent certificat.
vais ouvrir une souscripzione à leur profit... Il vient beaucoup d'étrangers à Naples, oun si beau pays, les seigneurs voyageurs sont riches, je vais les implorer pour ma souscripzione !...
— Une souscription ! s'écriaMiradoux, je mets trois francs!... je désirerais m'en aller, je vous demande pardon, mais je suis pressé 1...
— Tout à l'heure, signor, et j'espère que vous serez plus généreux... tenez, c'est bien triste, il y a deux jours que Jacopo n'a pas mangé ! Montre tes dents, Jacopo !
Jacopo montra ses longues dents et frappa sur son ventre de façon à faire mtentir toute la ferraille de sa ceinture.
— Je suis très content ! fit le prince, mais, mon Dieu, ne faites pas tant de façons, avouez donc tout bonnement ciue vous êtes des voleurs!...
— La Vostra Excellenza est cruelle... elle se trompe sur les apparences...