La grande mascarade parisienne
- Автор: Robida Albert
- Язык: французский
- Жанр: Европейская старинная литература
Электронная книга - «La grande mascarade parisienne». Краткое содержание книги:
Jacopo et ses amis ont mauvaise mine, mais c'est parce qu'ils sont mal nourris ; ils ne volent pas, ils implorent les voyageurs et recueillent les souscriptziones. Je vous l'ai dit, j'ai ouvert une souscriptzione au profit des indigents de la Calabre... tenez, je vais vous faire voir les listes... Jacopo, le registre 1
Jacopo sortit encore et revint avec un gros volume à reliure verte et à
— Tenez I fit le gros homme. Voyez, SOUSCRIPTION AU PROFIT DES INDIGENTS CALABRAIS, jetez un coup d'oeil sur les listes... tous les seigneurs étrangers qui viennent au Vésuve tiennent à figurer sur nos registres... j'habite une petite villa sur le bord de la mer, une modeste villa avec des fleurs et la vue de la mer Tyrrhenienne aux flots bleus... mais j'ai des employés à Naples qui vont chaque jour dans tous les hôtels, s'informer des seigneurs voyageurs ; quand il doit y avoir des excursions au Vésuve ou dans la montagne, je quitte ma maison de campagne, je viens présenter mes respects aux voyageurs et solliciter leur souscriptzione..., jamais personne ne me refuse, j'implore si bienl... ahl la philanthropie est une belle passion elle donne de l'éloquence.
Cabassol et le prince s'approchèrent seuls et feuilletèrent le registre.
— Voyez..., 1 er mars. M. le baron de Saint-Falot et M me la baronne, 725 fr. 35, plus un billet de 40 lires douteux... un paletot, un pardessus, un gilet et un pantalon, une robe, un manteau et différents effets de lingerie, une montre et divers bijoux... 2 mars, lord Scarborough, lady Scarborough f t.leurs deux filles 2,345 fr. 70, une longue vue, deux lorgnettes, trois sacs, six bouteilles de lacryma-chrisli, deux boîtes de homard, deux poulets rôtis, une bouteille de café concentré, un complet pour homme, trois robes, trois plaids, quelques divers objets de toilette et trois chignons blonds... On a offert jusqu'aux chignons 1 3 mars, mauvaise journée. M. Achille Dublocq artiste peintre 18 fr. 25, pantalon, paletot et gilet de toile, un album neuf...Vousai-je dit que nous recevions aussi les dons en nature?
— Non, mais je le vois, fit le prince.
— Dons en argent et en nature, tout cela ira à mes protégés, les indigents de la Calabre ! j'espère que vous serez aussi généreux que les autres voyageurs... c'est que nous avons des
L'uister de Païamède. frais, voyez-vous ! à tous nos souscripteurs,
Voyageurs descendant du Vésuve après avoir souscrit en faveur des indigents de la Calabro
nous remettons en souvenir un costume de pêcheur napolitain... Voyons, messieurs, qui est-ce qui commence, la caisse est ouverte ! Tenez, Jacopo, à monsieur là-bas qui nous a déjà offert trois francs... Jacopo mit la main sur l'épaule de Miradoux.
— Messieurs, résistons-nous? demanda tout bas Cabassol à ses amis.
— Par exemple ! s'écria Tulipia.
— Ce n'est pas mon avis non plus, souscrivons, alors !
— Moi, dit le prince, je veux qu'on me vole avec des violences légères. Je ne donnerai rien, il faudra qu'on me dépouille.
Arrivée poétique à Venise.
— A lout à l'heure, Excellenza, répondit le gros homme, on fera comme vous voudrez, nous avons souvent des voyageurs anglais qui tiennent aussi aux actes de violence.
Miradoux, très ému, était disposé à s'exécuter de bonne grâce. Il tendit à Jacopo son porte-monnaie.
— Cent trente-huit francs vingt-cinq, inscrivit le gros homme, voyons maintenant, dons en nature, vous avez de bien belles bottes...
— Si elles vous font plaisir! balbutia Miradoux, elles sont toutes neuves.., elles me gênent, même..
— J'accepte, elles feront le bonheur d'un pauvre diable qui vous bénira Yous avez un paletot qui vous va très très bien...
— Si vous y tenez I fit Miradoux gêné par l'œil terrible que Jacopo faisait peser sur lui.
— Je suis confus, mais j'accepte encore... Ab, le beau gilet! permettez que j'admire... bonne étoffe, bonne coupe...
— Je... j'allais vous l'offrir, dit encore Miradoux...
— Je vous remercie, je connais au fond de la Calabre, un brave et digne garçon qui le portera toute sa vie en souvenir de vous... je l'inscris... laissez la montre, ça doublera son plaisir. Mais j'y pense, vous ne devez plus tenir
Cher les capucins.
beaucoup au pantalon, vous avez offert le reste, c'est un costume dépareillé... vous nous l'offrez n'est-ce pas ?
— Oh ! fit Miradoux scandalisé.
Tulipia, le prince, Cabassol et les autres ne purent s'empêcher de sourire malgré la gravité de la situation.
— Bah! nous allons vous donner un charmant costume napolitain... Et songez que des familles entières vous béniront, là-bas dans la montagne ! ah, vous avez un bon tailleur... vous voulez passer dans une autre pièce? mais certainement ! Jacopo, emmenez monsieur de l'autre côté pour recevoir les dons en nature.
Miradoux accablé, suivit le farouche Jacopo, pendant que le gros homme passait à un autre voyageur.
Un éclat de rire général signala la rentrée de Miradoux après cinq minule3 d'absence. Comme l'avait dit le gros homme, Jacopo, après l'avoir dépouillé de tous ses effets, lui avait fait cadeau du souvenir annoncé, un costume
Le palais Trombolino et ses poétiques souvenirs.
complet de pêcheur napolitain, c'est-à-dire une chemiso de grosse toile, un caleçon et des espadrilles.
Tulipia et le prince se tordirent de joie sur leurs chaises.
— Àh ! que je m'amuse ! s'écria le prince, la voilà, la vraie couleur locale !
je suis cachante, je promets une gratification aux guides qui nous ont amenés ici I
— Laissez, excellenza, fit le chef des voleurs, ce soin nous regarde, nous récompenserons ces braves garçons..
Les deux clercs de notaire venaient de passer au bureau, ils ne souscrivirent à eux deux que pour trente-huit francs, ce qui fit faire la grimace au teneur de livres.
— Donnez-leur le costume n° 2, dit-il à Jacopo. C'était le tour de Gabassol.
— Voilà, fit notre ami en tirant de son gilet quelques pièces d'or mêlées à du billon, et à des petits billets de banque napolitains.
— 225 fr. 35, inscrivit le gros homme, et pour les dons en nature, que dois-je inscrire? Gomme ces messieurs n'est-ce pas, vous offrez tout pour les pauvres indigents de la montagne?
— J'offre tout ! répondit Gabassol, et en outre j'ai une petite proposition à vous faire...
— A vos ordres, Excellenza, répondit le gros homme en suivant Cabassol dans un coin.
— Écoutez, dit tout bas Gabassol, voulez-vous me laisser partir avec la dame que voilà en retenant tous les autres ici jusqu'à demain ? je vous offre dix mille francs!...
— C'est une jolie somme, fit le gros homme, il y a de quoi soulager bien oes misères, mais une fois à Naples vous oublierez de nous les payer...
— Et si je vous les payais comptant?
— Ce serait une belle journée pour notre souscription...
— Suivez-moi, je vais vous les remettre !
Cabassol entraîna le gros homme derrière la cabane et se baissant, ramassa derrière une pierre son portefeuille qu'il y avait jeté avant d'entrer dans l'antre.
— Vous nous faisiez des cachotteries 1 fit le gros homme en palpant le portefeuille, quelle indélicatesse, fi! Les voyageurs sont quelquefois peu scrupuleux.,, je vais inscrire vos dix mille francs...
— Et vous ferez ce que je vous ai demandé?
— Monsieur,pour qui nous prenez-vous! Et la morale? Je suis pour la morale, moi,monsieur, et mes employés aussi, nous recevons les souscriptions, et c'est tout, nous remercions les voyageurs ensuite et nous les remettons sur la route de Naples.