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Le bouclier du temps [The Shield of Time - fr]

Электронная книга - «Le bouclier du temps [The Shield of Time - fr]». Краткое содержание книги:

Voici venue l’heure des ultimes aventures de Manse Everard et ses collègues de la Patrouille du temps au service de l’Histoire… Des aventures qui conduiront nos héros depuis la préhistoire jusqu’à une étrange variante de notre XXe siècle, en passant par la Bactriane du IIIe siècle avant notre ère et le Moyen Âge italien. Car les Exhaltationnistes menacent toujours, sans parler d’un danger plus grand encore qui pourrait bien annihiler jusqu’à la Patrouille elle-même… et nous avec !
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Everard réprima un frisson. « Vous avez dit 213 av. J.C. ? » Mon Dieu. La Deuxième Guerre punique. Il bourra sa pipe avec frénésie.

Guion hocha la tête. « C’est en grande partie à vous qu’on doit d’avoir prévenu cette catastrophe[18].

— Combien de catastrophes semblables a-t-on recensées ? » répliqua-t-il d’une voix éraillée.

Posée en anglais, cette question ne signifiait rien. Avant qu’il ait pu passer en temporel, Guion répondit : « C’est un problème insoluble par essence. Réfléchissez un peu. »

Everard s’exécuta.

« La Patrouille, l’humanité telle qu’elle est et les Danelliens eux-mêmes vous sont redevables suite à l’épisode carthaginois, reprit Guion au bout d’un temps. Vous êtes libre de considérer les démarches récemment effectuées en votre faveur comme une petite récompense.

— Merci. » Everard alluma sa pipe et aspira la fumée. « Mais je n’agissais pas uniquement par altruisme, vous savez. Moi aussi, je voulais retrouver mon monde à moi. » Il se raidit. « Quel rapport ces anomalies ont-elles avec moi-même ?

— Très probablement aucun.

— Et avec Wanda… avec la spécialiste Tamberly ? Pourquoi vous intéressez-vous tellement à nous ? »

Guion leva la main. « Je vous en prie, inutile d’éprouver un quelconque ressentiment. Je sais quel prix vous attachez à votre intimité ; pour vous, cela relève même d’un droit.

— Il en va ainsi dans mon milieu d’origine », grommela Everard. Il avait le rouge aux joues.

« Mais si la Patrouille doit veiller sur l’évolution des ères, ne doit-elle pas aussi veiller sur elle-même ? En vérité, vous êtes devenu l’un des agents les plus importants parmi ceux qui opèrent dans le cadre des trois derniers millénaires. De ce fait, que vous en ayez ou non conscience, vous jouissez d’un rayonnement nettement supérieur à celui de vos collègues. Notamment, comme cela est inévitable, par le truchement de vos amis. Tamberly a exercé un effet catalytique sur un milieu qu’elle était censée étudier sans l’altérer. Lorsque vous l’avez protégée des conséquences de son acte, vous vous êtes impliqué dans celles-ci. Il n’en est rien résulté de néfaste et nous estimons que ni elle ni vous-même n’êtes susceptibles de nuire sciemment et délibérément ; mais comprenez qu’il est légitime que nous en sachions davantage sur vous. »

Everard sentit les cheveux se dresser sur sa nuque. « « Nous », vous dites, murmura-t-il. Qui êtes-vous, Guion ? Ou, plus précisément : qu’êtes-vous ?

— Un agent comme vous, au service de la Patrouille, mais affecté à ce que vous appelleriez les affaires internes. »

Everard insista. « De quelle époque venez-vous ? Celle des Danelliens ? »

Guion se décomposa. « Non ! » Il leva la main comme pour parer un coup. « Je n’en ai même jamais vu un ! » Il détourna les yeux. Son visage aristocratique se tordit de douleur. « Vous avez eu ce privilège, mais je… Non, je ne suis personne. »

Tu veux dire que tu es humain, comme moi, songea Everard. Nous sommes aux Danelliens ce que l’Homo erectus – voire l’australopithèque – est à nous-mêmes. Mais vu que tu es né dans une civilisation plus tardive et plus raffinée que la mienne, tu en sais sûrement davantage à leur sujet que je ne pourrai jamais en apprendre. Suffisamment pour vivre dans la terreur ?

Guion recouvra sa contenance, but une gorgée d’alcool et déclara : « J’accomplis mon devoir. Point final. »

Pris d’une soudaine compassion, et d’une envie irrationnelle de le réconforter qui était en elle-même revigorante, Everard murmura : « Et donc, pour le moment, vous cherchez à clore un dossier le plus proprement du monde, rien de plus.

— Je l’espère. De tout mon cœur. » Guion inspira. Il sourit. « Cette façon si terre à terre que vous avez de dire les choses, comme si elles allaient de soi – c’est rassérénant. »

Everard sentit sa tension se dissiper. « Bon. On a failli déraper pendant une minute, hein ? En fait, je ne devrais pas m’inquiéter autant à propos de Wanda. »

En dépit de son impassibilité apparente, Guion semblait lui aussi soulagé. « C’est précisément ce que j’étais venu vous dire. Votre conflit avec l’agent Corwin et ses collègues n’aura aucune conséquence. Vous pouvez l’oublier et vous remettre au travail.

— Merci. A votre santé. » Ils levèrent leurs verres.

Pour se détendre tout à fait, ils avaient encore besoin de bavarder quelques minutes – la pluie et le beau temps, les problèmes de boulot, voire une pincée de ragots. « Il paraît que vous préparez une nouvelle mission », fit remarquer Guion.

Everard haussa les épaules. « Rien de sensationnel. L’affaire Altamont. Ça ne vous intéresserait sûrement pas.

— Au contraire, je suis curieux d’en savoir davantage.

— Eh bien, pourquoi pas ? » Everard se carra dans son siège, tira sur sa pipe, savoura une nouvelle gorgée de bière. « Nous sommes en 1912. La Première Guerre mondiale se prépare. Les Allemands pensent avoir trouvé un espion capable de s’infiltrer chez l’ennemi, un Américain d’origine irlandaise du nom d’Altamont. Il s’agit en fait d’un agent britannique, qui va les prendre à leur propre piège avec beaucoup d’habileté[19]. L’ennui, de notre point de vue, c’est qu’il est bien trop malin et bien trop observateur. Il a remarqué certaines allées et venues des plus suspectes. Du coup, il risque de découvrir les spécialistes militaires que nous avons introduits dans ce milieu. L’un d’entre eux me connaît et m’a demandé d’imaginer un leurre pour détourner son attention. Rien de transcendant. L’essentiel est de lui présenter la chose afin qu’il ne voie pas qu’il a levé un gibier hors du commun. Ça devrait être amusant.

— Je vois. Vos missions ne relèvent pas toute de l’aventure échevelée.

— Il y a intérêt ! »

Ils devisèrent ainsi pendant une heure, puis Guion prit congé. Une fois seul, Everard se sentit soudain oppressé. La climatisation l’étouffait. Il alla ouvrir une fenêtre. La goulée d’air qu’il aspira avait un parfum d’orage. Le vent tonitruant lui fit l’effet d’un coup de poing.

De nouveau, ce sinistre pressentiment. De toute évidence, ce type est un haut gradé. La hiérarchie de l’avenir lui confierait-elle une mission aussi anodine que celle qu’il m’a exposée ? Et si elle redoutait ce qu’il m’a décrit à mots couverts, un chaos impossible à démêler et par conséquent à prévenir ? Serait-elle en train de prendre des précautions en cas de malheur ?

L’éclair qui envahit le ciel évoquait une oriflamme flottant au-dessus des tours environnantes. L’humeur d’Everard s’altéra. Arrête de gamberger comme ça. On vient de t’assurer que tout allait pour le mieux, qu’est-ce qu’il te faut de plus ? Il décida de se consacrer tout entier à sa prochaine mission, puis de profiter des plaisirs qui étaient à sa portée.

Sixième partie

Stupor mundi

1137α apr. J.C.

La porte s’ouvrit. Un pâle soleil éclaira avec netteté le magasin du marchand de soie. Une bouffée automnale s’en suivit, apportant avec elle la fraîcheur de l’air et les rumeurs de la rue. Puis l’apprenti entra en titubant. Vu depuis la boutique obscure, découpé en contre-jour, il ressemblait à une ombre. Mais ses sanglots étaient audibles. « Maître Geoffrey, oh ! Maître Geoffrey ! »

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18

Voir « L’Autre Univers », in La Patrouille du temps. (N.d.T.)

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19

Les lecteurs holmesiens auront reconnu l’intrigue de « Son dernier coup d’archet ». (N.d.T.)

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