À la fin de l'hiver [At Winter's End - fr]
- Автор: Силверберг Роберт
- Год: 1989
- Язык: французский
- Год: Robert Laffont
- ISBN: 2221056523
- Переводчик: Patrick Berthon
- Жанр: Научная фантастика
Электронная книга - «À la fin de l'hiver [At Winter's End - fr]». Краткое содержание книги:
Le Peuple survivait à l’abri de son cocon souterrain, génération après génération. Et voilà que le Printemps, annoncé par la Tradition, était revenu. Le Peuple devait sortir et aller recueillir son héritage dans la glorieuse cité de Vengiboneeza. Mais était-il encore humain ?
— Oui. Oui. Dawinno est le grand Transformateur !
— Soit, dit Torlyri qui commençait à se sentir tout à fait perdue.
— Mais la transformation n’est pas la création, poursuivit implacablement Hresh.
— Assurément…
— Alors, Torlyri, qu’y a-t-il donc au commencement ? interrogea Hresh, le regard brillant, presque fiévreux. Songe aux différents dieux que nous adorons. Nous rendons un culte au Pourvoyeur, au Guérisseur et à la Consolatrice. Nous vénérons le Protecteur et le Destructeur. Mais il n’y aucun dieu que nous appelons le Créateur. A qui devons-nous la vie, Torlyri ? Et qui a créé le monde ? Est-ce Yissou ?
Le trouble que Torlyri ressentait depuis le début de leur discussion ne faisait que s’aggraver.
— Yissou est le Protecteur, dit-elle d’une voix mal assurée.
— Exactement. Il n’est pas le Créateur. Nous ignorons qui a créé le monde. C’est même une chose que nous ne nous demandons jamais. T’es-tu déjà posé la question, Torlyri.
— J’accomplis les rites. Je sers les Cinq Déités.
— Mais les Cinq Déités doivent bien servir un sixième dieu ! Qui est-il ? Pourquoi n’avons-nous pas de nom pour lui ? Pourquoi n’existe-t-il pas de culte pour lui rendre hommage ? Il a créé le monde et tout ce qu’il contient. Dawinno ne fait que le refaçonner. C’est en constatant l’œuvre de Dawinno que j’ai commencé à m’interroger sur la forme première du monde. Il existe un dieu plus puissant que Dawinno et nous ignorons tout de lui. Comprends-tu ce que je veux dire, Torlyri ? Il se dérobe à notre regard, mais il est le plus puissant de tous. C’est une divinité créatrice qui a le pouvoir de tirer les choses du néant et celui de tout faire passer d’une forme à une autre. Ce dieu est capable de prendre des animaux aussi stupides et méchants que ces petits singes qui nous harcèlent et d’en faire des êtres presque humains. Il peut tout faire, Torlyri, car il est le Créateur ! Qui sait, il a peut-être même créé les Cinq Déités !
La femme-offrande lui lança un regard horrifié.
Torlyri était intelligente, mais il y avait certains domaines qu’elle préférait ne pas explorer. On ne s’interrogeait pas sur la nature des dieux, on se contentait d’accomplir leur volonté. Et c’est ce que Torlyri avait fait toute sa vie, avec un zèle irréprochable. Les Cinq Déités qui régnaient sur le monde lui suffisaient.
Les théories de Hresh la troublaient profondément. Un Créateur ? Il allait de soi qu’il y avait eu un commencement à toutes choses, mais c’était si lointain que cela ne pouvait plus guère avoir d’importance pour ceux qui vivaient dans le présent. C’était folie de se poser des questions de cet ordre. L’idée qu’il pût y avoir eu une époque où les Cinq Déités n’existaient pas et qu’elles puissent avoir été crées par un autre dieu donnait le vertige à Torlyri. Si les Cinq Déités avaient eu un Créateur, lui-même en avait sans doute eu un, qui avait également été créé par un autre dieu…
Ce processus sans fin lui faisait tourner la tête.
Et quelle idée extravagante de transformer des singes en humains ! Cela ne rimait à rien.
Hresh ! Hresh ! Hresh !
— Concentrons-nous sur le couplage, Hresh, dit-elle d’une voix calme mais ferme.
— Comme tu préfères, dit-il.
— Ce n’est pas que je préfère, mais nous sommes ici pour cela.
— D’accord. Aujourd’hui, nous allons nous unir par le couplage.
Il lui sourit tendrement et prit les mains de la femme-offrande dans les siennes. Torlyri eut l’impression déroutante d’être devenue d’un coup la novice et lui l’initiateur. Ce garçon ne cesserait jamais de l’étonner ! Elle dut faire un effort pour se rappeler qu’il n’était encore qu’un enfant de treize ans qui lui arrivait à peine à la poitrine et qu’ils étaient venus pour célébrer le premier couplage de Hresh et non le sien !
Ils continuèrent de descendre la rampe et arrivèrent dans la galerie basse et voûtée qui menait à la salle de couplage de Torlyri. Tandis qu’ils suivaient l’étroit passage, la femme-offrande, obligée de se courber pour ne pas toucher le plafond de la tête, perçut une modification de l’odeur de Hresh. Elle comprit que la situation était encore en train de changer. Depuis qu’ils avaient pénétré dans le temple, Hresh avait pris les choses en main, mais peut-être commençait-il à se rendre véritablement compte qu’il était sur le point de célébrer son premier couplage. L’événement était en train de prendre une certaine réalité. L’odeur nouvelle qu’elle avait perçue était celle de l’appréhension. Hresh le chroniqueur, Hresh le sage, n’était encore qu’un enfant et cela venait de lui revenir à l’esprit.
La salle de couplage avait douze côtés, séparés les uns des autres par des bandes de pierre bleue, qui se rejoignaient au plafond pour former une voûte d’arête à demi-noyée dans l’ombre. La pièce, assez exiguë, n’avait sans doute servi que de réserve aux yeux de saphir, car elle était manifestement trop basse de plafond pour leur haute taille. Mais elle était assez spacieuse pour l’usage auquel Torlyri la destinait. Elle en avait tapissé le sol de fourrures et disposé des objets sacrés dans les niches creusées dans les parois. Des torchères de phosphobaies dispensaient une lumière vert-jaune, faible mais suffisante.
— Allonge-toi et fais la paix en toi, dit Torlyri à Hresh. J’ai un rite à célébrer.
Elle alla de niche en niche et invoqua successivement les Cinq Déités. Les talismans et autres amulettes disposés dans les niches étaient d’anciens objets familiers, lisses et patinés, qu’elle avait apportés du cocon. Pour un premier couplage, il était essentiel de gagner la faveur des dieux, car le novice était ouvert à des forces de l’extérieur et, si les dieux n’entraient pas en lui, d’autres puissances pourraient le faire. Torlyri ignorait si ces puissances étaient maléfiques, mais elle avait le souci de ne rien laisser au hasard.
Elle fit le tour de la pièce en prononçant les paroles sacrées. Elle demanda à Yissou de protéger Hresh de tout danger quand son âme serait ouverte. Elle implora Mueri de le libérer de l’angoisse qui semblait remplir son esprit, Friit de panser les plaies que sa troublante expérience avait pu provoquer et Emakkis de lui donner la force et la résistance dont il aurait besoin. Elle demeura plus longtemps devant l’autel de Dawinno, car elle savait que le Destructeur était le dieu auquel Hresh s’était tout particulièrement consacré. Et si Dawinno était véritablement le Transformateur, comme Hresh l’avait suggéré, il convenait de solliciter sa grâce pour la transformation qui allait avoir lieu.
Les niches avaient été pratiquées dans un mur sur deux de la pièce dodécagonale. Il y en avait donc six et Torlyri, n’ayant jamais trouvé de destination à la sixième, l’avait laissée vide. En achevant son tour de la pièce, elle s’arrêta devant la niche vide et, à sa grande stupéfaction, elle commença d’invoquer un dieu qu’elle ne connaissait pas, le mystérieux Créateur dont Hresh lui avait laissé entrevoir l’existence.
— Qui que tu sois, murmura-t-elle, si jamais tu existes, écoute la voix de Torlyri. Je te demande de veiller sur cet étrange garçon, de le rendre fort et de le protéger, car il aura beaucoup à faire sur cette terre qui t’appartient. C’est ce que Torlyri te demande, au nom des Cinq Déités qui sont à ton service.
Ébahie par sa propre attitude, elle scruta longuement l’ombre de la sixième niche.
Puis elle se retourna et alla s’agenouiller auprès de Hresh, sur les fourrures. Il la regardait fixement, sans perdre un seul de ses mouvements.
— La paix est-elle descendue en toi ? demanda-t-elle.
— Oui, je crois.
— Tu n’en es pas sûr ?
— Si, si. J’ai trouvé la paix.