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Valentin de Majipoor [Valentine Pontifex - fr]

Электронная книга - «Valentin de Majipoor [Valentine Pontifex - fr]». Краткое содержание книги:

Sur Majipoor, la planète géante, règne Lord Valentin le Coronal, qui, naguère jongleur, a retrouvé son trône, mais conservé un corps d’emprunt. Ces faits de haute chronique ont été relatés dans Le château de Lord Valentin.
Mais il n’est pas dit que le règne de Valentin restera serein. Tandis que le Coronal entreprend son Périple à travers les immensités de Majipoor, afin de se faire voir de ses peuples, accompagné de Carabella, son épouse bien aimée, de ses amis des jours d’infortune devenus grands seigneurs et d’une armée de courtisans, les nuages s’amoncellent, les maladies frappent les récoltes, s’étendent comme feu de forêt. Des monstres surgissent des forêts d’habitude paisibles de Majipoor. La famine survient, et la rébellion.
Faudra-t-il faire la guerre aux Changeformes ? Car ce sont eux, premiers occupants de la planète, jadis massacrés et refoulés par les humains venus de l’espace, qui tentent une nouvelle révolte. Valentin, qui est épris de paix et d’amour, ne parvient pas à s’y résoudre. Majipoor va-t-elle sombrer ?
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Quand le campement fut installé, il ceignit son front du bandeau d’argent de la Dame et une fois encore se laissa glisser dans l’état de transe, l’état de projection mentale, et lança son esprit au-delà de la jungle, à la recherche de Deliamber et de Tisana.

Il estimait probable de pouvoir atteindre leur esprit plus facilement que celui des autres, tant ils étaient sensibles à la magie des rêves. Mais il avait essayé toutes les nuits sans jamais percevoir le moindre contact. Était-ce une question de distance ? Valentin n’avait jamais tenté de projection mentale à longue portée sans l’aide de vin des rêves et il n’en disposait pas dans la jungle. À moins que les Métamorphes aient un moyen d’intercepter ou de brouiller ses transmissions. Ou que ses messages n’arrivent pas à destination parce que ceux à qui il les envoyait étaient morts. Ou que…

Tisana… Tisana…

Deliamber…

C’est Valentin qui vous appelle… Valentin… Valentin… Valentin…

Tisana…

Deliamber… Rien.

Il essaya d’atteindre Tunigorn. Lui était certainement encore vivant, même si les autres avaient été frappés par un désastre. Et bien qu’il eût un esprit impassible et bien défendu, l’espoir demeurait qu’il pût s’ouvrir à l’un des appels de Valentin. Le sien ou celui de Lisamon. Ou même de Zalzan Kavol. Atteindre l’un d’eux, percevoir la réponse familière d’un esprit familier…

Il persévéra pendant quelque temps, puis, tristement, il enleva le bandeau et le remit dans son coffret. Carabella lui lança un regard interrogateur. Valentin secoua la tête et haussa les épaules.

— C’est très calme ici, dit-il.

— À part la pluie.

— Oui. À part la pluie.

La pluie s’était remise à tambouriner sur la haute voûte de la forêt. Valentin regarda la jungle d’un air sombre mais il ne vit rien ; le faisceau lumineux du flotteur était allumé et le resterait toute la nuit, mais derrière la sphère de lumière dorée qu’il créait s’élevait un mur de ténèbres. Qui savait si un millier de Métamorphes n’étaient pas disposés en cercle autour du camp ? Il espérait qu’il en était ainsi. Tout, y compris une attaque-surprise, serait préférable à ces semaines passées à errer dans cette région sauvage, inconnue et inconnaissable.

Combien de temps vais-je continuer ainsi ? se demanda-t-il. Et comment allons-nous trouver le moyen de sortir d’ici quand j’aurai décidé que cette quête est absurde ?

Il écouta la pluie maussade au rythme changeant et finit par sombrer dans le sommeil.

Et presque aussitôt, il sentit l’approche d’un rêve.

Il comprit à son intensité et à quelque chose de vivant et de chaleureux qu’il ne s’agissait pas d’un rêve ordinaire mais d’un message de la Dame, le premier depuis qu’il avait quitté la côte de Gihorna. Mais en attendant un signe tangible de la présence de sa mère dans son esprit, il demeura en proie à l’incertitude, car elle ne s’était pas annoncée et les ondes pénétrant dans son âme semblaient provenir d’une autre source. Était-ce le Roi des Rêves ? Lui aussi, bien entendu, avait le pouvoir de pénétrer dans les esprits, mais même en une période aussi troublée, le Roi des Rêves ne se permettrait pas d’assaillir le Coronal. Alors qui était-ce ? Valentin, vigilant dans le sommeil, scrutait les confins de son rêve, cherchant sans trouver de réponse.

Le rêve était presque entièrement dépourvu de structure narrative, composé d’images informes et de bruits silencieux. La sensation de mouvement était créée par des moyens purement abstraits. Mais peu à peu le rêve lui présenta des groupes d’images mouvantes et des changements d’aspect qui prirent la forme d’une représentation tout à fait concrète : les tentacules d’un Vroon se tortillant et s’entrelaçant.

— Deliamber ?

— Je suis là, monseigneur.

— Où donc ?

Là. Près de vous. Je me dirige vers vous.

La communication avait lieu sans paroles, ni mentales ni autres mais entièrement par une structure de motifs changeants de lumière et d’états psychiques porteurs d’une signification sans équivoque. Au bout d’un certain temps, le rêve se dissipa et il demeura étendu, aux franges du sommeil et de la veille, réfléchissant à ce qu’il venait d’apprendre. Et pour la première fois depuis plusieurs semaines, l’espoir commença à renaître en lui.

Le lendemain matin, Valentin alla voir Sleet qui se préparait à lever le camp.

— Non, dit-il. Je compte encore rester ici quelques jours. Ou même plus.

Un air de doute et de perplexité immédiatement réprimé se peignit fugitivement sur le visage de Sleet. Il se contenta de hocher la tête et alla demander aux Skandars de laisser les tentes comme elles étaient.

— Tu as reçu des nouvelles cette nuit, dit Carabella. Je le vois sur ton visage.

— Deliamber est vivant. Il nous suit avec les autres et essaye de nous rattraper. Mais nous avons tellement erré en nous déplaçant si vite qu’ils ne parviennent pas à nous rejoindre. Dès qu’ils ont notre position, nous partons dans une autre direction. Si nous restons au même endroit, ils pourront nous retrouver.

— Alors tu as parlé avec le Vroon ?

— Avec son image, avec son ombre. Mais c’étaient bien sa véritable ombre et sa véritable image. Il sera bientôt avec nous.

Et Valentin n’avait pas le moindre doute à ce sujet. Mais une journée s’écoula, puis une deuxième et une autre encore. Tous les soirs, il ceignait son bandeau et envoyait un signal, mais il ne recevait pas de réponse. Les gardes Skandars se mirent à rôder dans la jungle comme des fauves inquiets ; Sleet devint tendu et agité et il disparaissait pendant des heures malgré la crainte des Métamorphes qu’il prétendait éprouver. Devant la tournure que prenaient les choses, Carabella proposa à Sleet et à Valentin de jongler un peu avec elle en souvenir du bon vieux temps et afin de leur procurer une distraction si astreignante qu’elle détournerait leur attention de leurs autres préoccupations. Mais Sleet affirma qu’il n’avait pas le cœur à cela et Valentin, quand il finit par accepter sur ses instances, se montra si maladroit à cause du manque de pratique qu’il aurait renoncé au bout de cinq minutes si Carabella n’avait insisté.

— Bien sûr que tu es rouillé ! dit-elle. Crois-tu que l’on conserve son adresse sans l’entretenir ? Mais si tu travailles un peu, elle va revenir. Allez, Valentin, attrape !

Et elle avait raison. Un petit effort et il commença à éprouver de nouveau la vieille sensation que l’union de la main et de l’œil pouvait le transporter en un lieu où le temps n’avait plus de signification et où la totalité de l’espace devenait un point unique et illimité. Les Skandars qui devaient certainement savoir que Valentin avait autrefois gagné sa vie en jonglant n’en étaient pas moins stupéfaits de voir un Coronal se livrer à ce genre d’activité et ils demeuraient bouche bée avec un mélange de curiosité non déguisée et d’admiration devant Valentin et Carabella qui se lançaient une collection hétéroclite d’objets. « Ohé ! » criait-elle en le poussant à exécuter des prouesses. Ce n’était certes rien par comparaison aux exercices qu’elle effectuait autrefois, car elle était vraiment très douée, et c’étaient des tours bien ordinaires, même au niveau de technique que Valentin avait atteint, lui qui n’avait pourtant jamais été l’égal de Carabella. Mais il estimait que pour quelqu’un qui n’avait pas jonglé sérieusement depuis près de dix ans, ce n’était pas si mal. Au bout d’une heure, trempé par la pluie et dégoulinant de sueur, il se sentait mieux qu’il ne l’avait été depuis plusieurs mois.

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